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Jean Zay, à l'origine de la création du Festival de Cannes, au Panthéon

En 1939, ce jeune ministre de l'Education Nationale ancien du Front Populaire et passionné de cinéma veut créer un festival "démocratique" pour concurrencer la Mostra de Venise. Mais l'homme ne verra pas son projet aboutir, exécuté en 1944 sur ordre de Vichy.
Le Festival de Venise, créée en 1932, offre au monde son premier concours international dédié au cinéma. En 1937, Adolf Hitler apprend que les films allemands n'ont reçu aucune récompense importante et que le Prix du jury est attribué à La Grande illusion de Jean Renoir. Le succès remporté par ce film pacifiste déplaît au chef allemand qui décide, pour l'édition suivante, de s'entendre avec son homologue italien afin de dicter l'attribution des récompenses.

Propagande nazie à la Mostra

L'année suivante, Hitler parvient ainsi à faire modifier le palmarès quelques heures avant l'annonce des résultats. Le documentaire de propagande nazie, Les Dieux du stade (Olympia film) de Leni Riefenstahl et le film italien Luciano Serra, pilote (Luciano Serra, pilota) de Goffredo Alessandrini reçoivent la Coupe Mussolini, plus haute récompense de la manifestation. 

En opposition à la montée des totalitarismes

Le diplomate français, Philippe Erlanger, membre du jury, quitte la Mostra, bien décidés à ne plus y revenir. Il va proposer à Jean Zay, jeune ministre de l'Education Nationale ancien du Front Populaire et passionné de cinéma, la création d'un festival international de cinéma en France, véritable geste politique en opposition à la montée des totalitarismes. Il obtient le soutien des britanniques et des Américains. 

1er au 20 septembre 1939

Dirigés par Philippe Erlanger, les préparatifs avancent vite. Entre Biarritz et Cannes, c’est la Croisette qui est choisie, pour ses paysages, et surtout pour la douceur de son climat au mois de septembre. Une fois les dates fixées - du 1er au 20 septembre 1939-, l’artiste peintre Jean Gabriel Domergue est chargé de dessiner l’affiche, figurant la muse du cinéma. La présidence du festival est confiée à Louis Lumière en personne, et à la fin du mois d’août, les stars américaines commencent à arriver sur la Croisette, Gary Cooper en tête.

Des fêtes sont déjà données, un mois avant l'ouverture. Le festival, organisé dans les moindres détails, s'annonce grandiose ... 

1er septembre 1939, jour de l'ouverture officielle, l'Allemagne envahit la Pologne

C'est Louis Lumière, le créateur du cinématographe lui-même, qui accepte de devenir le premier président du festival. La sélection prévoit entre autre "L'enfer des Anges" de Chritian Jacques et "L'homme du Niger" de Jacques de Baroncelli, sans oublier "Le magicien d'Oz" de Victor Fleming côté américain. Les stars d'Hollywood sont toutes attendues mais le 1er septembre 1939, jour de l'ouverture officielle, l'Allemagne envahit la Pologne. Il faudra alors attendre 1946 pour que le premier Festival International du film (appellation jusqu'en 2002) voit le jour.

La barbarie du régime de Vichy


Jean Zay, ministre de l’éducation nationale et des Beaux-Arts sous Léon Blum, député du Loiret dans les années 30, a été le premier condamné politique du régime de Pétain. Incarcéré pendant quarante mois à la maison d’arrêt de Riom en 1940, il disparaît mystérieusement le 20 juin 1944, assassiné par les miliciens du régime de Vichy venus le chercher. 

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Jean Zay

Hommage à Cannes en 2013

En 2013, le Festival de Cannes a souhaité rendre hommage à un homme d'exception qui s'est battu pour ces convictions et a initié la création du plus grand festival de cinéma du monde. Les deux filles de Jean Zay ont monté les marches du Palais des Festivals, émues de retrouver ce lieu mythique chargé d'histoire.

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Rendez-vous mercredi au Panthéon, dès 17 heures

À 17 heures, cérémonie dans la cour d’honneur de la Sorbonne, en présence des familles, de personnalités, d’élèves et d’étudiants. Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale prononcera un discours et des lectures seront effectuées. Arrivées des cercueils, portés un par un par la Garde républicaine, puis déposés sur le parvis devant la chapelle. Hommage alternant lectures par des personnalités et des élèves, et interprétations musicales par des musiciens et chanteurs, élèves de l’académie de Paris.
Biographie de Jean Zay
Résistant, républicain et humaniste, ministre de l'Education du Front populaire, Jean Zay est une victime emblématique de Vichy, assassiné par la Milice. Ce laïc se lance en politique aux côtés de la gauche radicale, après avoir été journaliste et avocat. Initiateur de la démocratisation de l'enseignement et de la culture, on doit à ce jeune visionnaire franc-maçon, la scolarité obligatoire jusqu'à 14 ans, l'éducation physique à l'école, l'interdiction du port d'insignes politiques et religieux dans les établissements scolaires.

Plus jeune député de France
Père fondateur du Festival de Cannes (qui aurait dû être inauguré en septembre 1939), il démocratise les musées, a l'idée du Palais de la Découverte, du CNRS et de l'ENA.
Né à Orléans le 6 août 1904, il était devenu le plus jeune député de France à 27 ans puis ministre de Léon Blum à 31. Il démissionne dès le 1er septembre 1939, pour rejoindre son poste aux armées, et s'embarque avec 26 autres parlementaires pour Casablanca à bord du "Massilia".

"Vive la France"
Arrêté à Rabat, le 16 août 1940, renvoyé en métropole, cet homme de convictions est condamné pour "désertion" à la déportation perpétuelle et à la dégradation militaire. Il croupit près de quatre ans en prison à Marseille puis à Riom (Puy-de-Dôme).
Le 20 juin, il est tiré de sa cellule et abattu dans une carrière abandonnée. Arrêté ultérieurement, un de ses assassins témoigne qu'il est mort en s'écriant: "Vive la France".
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