Alpes-Maritimes : un nouvel épisode méditerranéen est-il possible ?

Trois ans après le passage de la tempête Alex, les températures anormalement élevées en ce début du mois d'octobre peuvent susciter de l'inquiétude. Un nouvel épisode violent est-il possible ? Les prévisionnistes de Météo-France nous répondent.

Selon Météo-France, trois à six fois par an en moyenne, des épisodes méditerannéens provoquent des précipitations intenses sur les régions du Sud de la France. En seulement quelques heures ou quelques jours, il tombe l'équivalent de plusieurs mois de pluie. Ces phénomènes ont tendance à se produire entre le mois de septembre et la mi-décembre.

Un épisode méditerranéen, qu'est-ce-que c'est ? 

Un épisode méditerranéen, aussi appelé "cévenol", définit un phénomène météorologique qui produit des "systèmes orageux" d'une intensité exceptionnelle. Le terme " cévenol "  est également utilisé pour définir ces très fortes précipitations en raison de la réputation du massif des Cévennes (Occitanie) d'être le théâtre de ces phénomènes météorologiques, car il bloque les pluies et les orages remontant de Méditerranée.

Le 2 octobre 2020, un épisode méditerranéen et le passage de la tempête Alex ont provoqué des pluies exceptionnelles, qui ont atteint localement 500 litres par mètre carré, et généré des crues dévastatrices. En 24 heures, il est tombé près de 500 millimètres de pluie à Saint-Martin-Vésubie, soit un nouveau record tous mois confondus en 24, 48 ou 72 heures à l'échelle départementale. La catastrophe avait fait 10 morts et 8 disparus. Trois ans plus tôt, 20 personnes ont trouvé la mort lors des inondations qui ont touché Cannes, Biot et Mandelieu. Les Alpes-Maritimes intégrent douloureuement la culture du risque.

Doit-on craindre un épisode méditerranéen ces prochains jours ? 

Prévisionniste à Météo-France, au centre d'Aix-en-Provence, Jean Imbert explique que trois facteurs sont nécessaires pour favoriser la naissance d'un épisode méditerranéen

  •  la température au sol (terre et mer)
  •  l'humidité au sol 
  • la dynamique d'altitude autrement dit l'air frais en altitude (500m)
Lorsqu'on lui pose la question : peut-il y en avoir un dans les jours à venir ? Sa réponse est claire : pas du tout !

Les conditions nécessaires à un épisode méditerranéen ne sont pas réunies pour les prochains jours. Les prévisions sont moins précises pour la semaine prochaine où il est possible que quelques pluies surviennent.

Jean Imbert, prévisionniste à Météo-France

Si on reprend les ingrédients nécessaires à un épisode cévenol, il faut d'abord regarder les températures au sol. Le sol pour les scientifiques qui scrutent l'atmosphère, cela comprend la terre et la mer. Côté terre, la température peut varier assez rapidement. En revanche, la température de la mer possède beaucoup d'inertie. C'est pour cette raison que les épisodes méditerranéens se déroulent à partir de la fin de l'été, au moment où la mer est la plus chaude dans l'année. En ce moment, sur la Côte d'Azur, la mer est à une température de 23 et 24 degrés, soit seulement 1 à 2 degrés de plus que les moyennes habituelles. Lors de la catastrophe de la tempête Alex, l'écart était de 3 à 5 degrés de plus. Vu par un météorologue, l'écart est très important. 

Il faut ensuite se pencher sur le taux d'humidité. Comme tout le Sud du pays, les Alpes-Maritimes bénéficie d'un anticyclone qui s'est installé jusqu'à la fin de la semaine. C'est une zone de haute pression où aucune perturbation ne peut survenir. Pas d'orages, donc un taux d'humidité très faible.
 
Le troisième facteur est "la dynamique d'altitude", l'interaction entre les masses d'air chaud présentes dans les premières couches de l'atmosphère (jusqu'à 500m) et les masses d'air froid en altitude (au-delà de 500m). Lorsqu'il y a des déséquilibres, c'est-à-dire des excès des unes ou des autres, des précipitations souvent très intenses et très violentes se produisent afin de recréer l'équilibre naturel. C'est un phénomène qui a été modélisé et intégré dans les projections des prévisionnistes, rappelle Jean Imbert. 
Avec le réchauffement climatique, les scientifiques estiment que les épisodes méditerranéens risquent de s'intensifier. Voici la liste des épisodes les plus violents et les plus marquants qui se sont produits en France depuis le début du 21e siècle :

  • Le 8 septembre 2002 dans le Gard : 687 mm à Anduze en moins de 36 heures (les 2/3 d'une année habituelle de pluie).
  • 15 juin 2010 dans le Var : 461 mm à Lorgues, près de Draguignan en moins de 12 heures (soit l'équivalent de la moitié de ce qui tombe habituellement en une année). 20 personnes sont mortes ou disparues.
  • 1-5 novembre 2011 en Ardèche : en cinq jours, les cumuls ont atteint les 1 000 mm sur l'Ardèche.
  • L'automne 2014 s'est distingué par la persistance remarquable de situations fortement perturbées sur les départements méditerranéens des Cévennes et de la Côte d'Azur, conduisant à  un nombre record d'épisodes (depuis 1958) entre le 16 septembre et le 30 novembre (9 épisodes).
  • Le 3 octobre 2015, l'Ouest des Alpes-Maritimes est touché : 195 mm à Cannes dont 175 en 2 heures et 178 mm à Mandelieu dont 156 mm en 2 heures.
  • Les 14 et 15 octobre 2018, dans le département de l'Aude, 14 personnes  ont péri. Les cumuls en 12 heures ont été particulièrement remarquables : 295 mm à Trèbes (dont 244 mm en 6 heures et 111 mm en 2 heures), 212 mm à Arquettes-en-Val. 
  • Les 19 et 20 septembre 2020 dans le Gard. Des précipitations extrêmement importantes se sont abattues sur les Cévennes gardoises au nord-ouest du département, sur les secteurs du Viganais, de l’Aigoual et de Saint-Jean-du-Gard. Cumuls de plus de 500 mm localement.
  • Les 2 et 3 octobre 2020 dans les Alpes-MaritimesLa tempête Alex a déclenché un épisode méditerranéen sans précédent. 
  • Fin octobre 2021, l’Ardèche, à Vallon-Pont-d’Arc, passait ainsi de quelques centimètres à près de 7 m en l’espace de 6 heures, soit un augmentation de plus d’un mètre par heure.