"Ce serait une catastrophe" : la mouche orientale pourrait arriver en France, c'est un danger pour nos cultures

L'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l'Alimentation, de l'environnement et du Travail (ANSES) publie un avis de vigilance : la mouche orientale des fruits, "est l’un des ravageurs les plus dommageables pour de nombreuses filières de production de fruits et de légumes".

À l'issue d'un an de travail, les chercheurs de l'ANSES publient un rapport de vigilance. Alerté par de (trop) nombreuses captures de spécimens sur le sol français, l'ANSES a été chargée de mener une enquête sur la mouche orientale des fruits, la Bactrocera dorsalis.

La menace est réelle et doit être prise au sérieux

Christine Tayeh, coordinatrice de l'expertise de l'ANSES

à France 3 Côte d'Azur

Christine Tayeh du laboratoire de la santé des végétaux de l’Anses est coordinatrice de l’expertise scientifique sur le risque d’introduction en France de la mouche orientale du fruit.

Si l'insecte est présent en grand nombre en Asie et en Afrique, c'est aussi par l'Europe qu'il peut arriver en France, car il est présent en Italie. 

Une mouche qui menace de nombreux fruits et légumes

Le problème principal de cette mouche, c'est qu'elle est polyphage, et s'installe sur de nombreuses cultures. Ainsi, les fruits comme les mangues ou les tomates sont menacées, mais aussi les légumes comme les avocats ou les courgettes. Plus de 500 espèces sont répertoriées. La Bactrocera dorsalis est originaire du sud-est de l'Asie, elle s'est propagée depuis les années 2000.

La femelle pond des œufs dans le fruit (sous la peau) et lorsqu'ils éclosent, les larves se nourrissent de la pulpe du fruit ou du légume le détruisant ainsi. 

Cette mouche fait partie d'une liste de ravageurs extrêmement nuisibles et ainsi classés par l'UE (Union européenne) comme des "organismes de quarantaine réglementés". La liste n'est pas longue, une vingtaine d'organismes, seulement les plus dangereux et parmi eux se trouve celle que l'on connaît bien sur la Côte d'Azur : la Xylella fastidiosa. Cette bactérie, transmise par les cicadelles (petits insectes) a ravagé les oliviers italiens. 

La Bactrocera dorsalis ressemble d'ailleurs à sa cousine la Bactrocera oleae, bien connue des oléiculteurs. Cette dernière, présente en France, attaque les fruits de l'olivier et altère la qualité des récoltes. L'avis de l'ANSES a pu être rendu rapidement, car cette espèce est bien connue " Cette espèce est bien documentée dans les pays hôtes d'origines, on connaît donc bien les impacts de la mouche.

Il n'est pas possible de quantifier, pour l'instant, l'impact d'une implantation de cette mouche. Les dégâts pourraient aller de 20 % à 100% des récoltes en fonction des cultures. Nous ne sommes pas là pour faire des scenarios catastrophes, mais bien pour éviter son implantation.

Christine Tayeh, coordinatrice de l'expertise

à France 3 Côte d'Azur

Les recommandations

L'ANSES publie donc un rapport pour faire des recommandations : "il faut renforcer la vigilance au niveau des entrées sur le territoire, donc sur les marchandises importées et sur les zones de cultures autour de la Méditerranée. Ce sont ces zones qui sont susceptibles d'accueillir la mouche et d'être propice à son installation", explique la scientifique. 

L'espèce fait l'objet d'un Plan national d'intervention sanitaire d'urgence, selon l'ANSES, il est impératif de suivre scrupuleusement les consignes déjà existantes en matière d'import de fruits et légumes et de suivre le protocole à la lettre en cas de détection. Il s'agit dans un premier temps de déterminer la menace : est-ce une "simple interception" près des postes frontières via des pièges, est-ce une incursion plus éloignée du site où se trouvent des espèces provenant de l'étranger ou est-ce carrément un foyer.

Une fois le type de présence, il faut comprendre d'où elle provient et surtout la neutraliser au plus vite par différentes mesures allant du piégeage à l'insecticide en passant par la destruction des plants. 

Une menace à prendre au sérieux, surtout dans une zone comme la Côte d'Azur où les arbres fruitiers sont nombreux et où les échanges avec l'Italie aussi. En ce qui concerne le grand public, L'ANSES recommande d'éviter le transport des fruits et légumes par les particuliers lorsqu'ils voyagent. 

Tous les professionnels qui reçoivent ou travaillent en contact avec des fruits et légumes importés (transport, logistique, commerces...) doivent redoubler de vigilance pour ne pas laisser s'installer cette espèce.