Alpes-Maritimes : des passionnés d'astronomie du club d'Antibes découvrent une nouvelle comète en analysant le ciel

Leur découverte a été validée par la NASA. Des chercheurs amateurs basés à Antibes dans les Alpes-Maritimes et au Chili ont pu donner leur nom à une nouvelle comète. Une grande fierté pour le club amateurs qui a réalisé des millions de calculs en expérimentant une nouvelle méthode.

Les observateurs amateurs ont réussi à identifier l'orbite de la comète grâce à des calculs mathématiques qui simulent les déplacements de la comète (trajectoire en couleur bleu ciel).
Les observateurs amateurs ont réussi à identifier l'orbite de la comète grâce à des calculs mathématiques qui simulent les déplacements de la comète (trajectoire en couleur bleu ciel). © GAPRA

Quelque part dans l'immensité de l'univers, un petit point avec un halo flou... et une grande découverte. Mais un point qui avance différemment car il a une orbite. C'est donc une comète. 

Deux membres du Club d'astronomie d'Antibes ont fait cette belle découverte le 9 mai. Une découverte qui n'arrive qu'une fois dans sa vie. Si on passe ses nuits à regarder le ciel étoilé. Mais pas vraiment comme des poètes. 

Celle-ci n'a pas de beau panache, elle ressemble à un petit caillou qui se déplace dans le ciel, au centre de la croix rouge sur cette photo : 

Alain Maury, Georges Attard et Daniel Parrott ont découvert cette comète le 9 mai 2021 grâce à une nouvelle ingénierie.
Alain Maury, Georges Attard et Daniel Parrott ont découvert cette comète le 9 mai 2021 grâce à une nouvelle ingénierie. © GAPRA

Des trainées lumineuses

Denis Huber, administrateur du club le GAPRA (Groupement d'Astronomie Populaire de la Région d'Antibes) qui compte une centaine de membres, explique le principe du tracking synthétique :

Cela consiste à additionner les images entre elles avec plusieurs hypothèses de décalages dans toutes les directions. Les étoiles présentes sur cette image dessinent des trainées lumineuses et au milieu de tout ça s'il y a un point qui ne bouge pas : c'est qu'il y a un astéroide, une comète ou un satellite. On récolte les données la nuit et on les analyse le lendemain matin, heure française. Mais cela nous laisse le temps de la fin de nuit au Chili pour faire ces vérifications avec un télescope de confirmation.

Denis Huber.

Ensuite, il faut vérifier dans la base de données de la NASA toutes les trajectoires connues. "Si ce petit point n’est pas référencé dans cette base c'est que l'on tient quelque chose ! Alors, on lance de nouvelles acquisitions afin d'affiner son orbite", ajoute Denis Huber.

Des dizaines de millions de calculs

Ce qui est innovant, c’est la méthode de détection : "on prend plein d’images de certaines portions du ciel, en posant suffisamment longtemps afin de pouvoir voir des objets qui restent peu lumineux, car trop lointains et/ou très petits. Ensuite, les ordinateurs font des dizaines de millions de calculs pour créer ces décalages d'images et vérifier s'il existe un ou des points fixes parmi tout ça. C’est de cette manière que l'on fait ressortir le signal d'un objet aussi peu lumineux dans notre système solaire",  affirme Denis Huber.

Pour ces observateurs amateurs, c'est surtout une grande fierté partagée sur les réseaux sociaux : 

Une fois que l’orbite a été déterminée, le Minor Planete Center identifie et certifie.

Précision importante, ces passionnés donnent tout à la NASA. Les chercheurs du "Jet Propulsion Laboratory" basé en Californie ont validé leurs données et la découverte de la comète. Une grande fierté pour ces observateurs amateurs et bénévoles. "La recherche amateur avance ! On contribue comme ça au travail des chercheurs", ajoute Denis Huber. 

Un trio de passionnés d'astronomie

C’est une belle aventure lancée il y a 3 ans par un trio de passionnés d'astronomie : Alain Maury, Georges Attard et Daniel Parrott. C'est le projet MAP, qui reprend les initiales de leurs trois noms.

Alain Maury, scientifique à la retraite, a élu domicile dans un petit village du Chili en 2000 pour pouvoir observer à loisir les corps célestes dans le ciel étoilé d'Amérique du Sud. Il a quitté le CNRS pour monter un observatoire public dans le désert d’Atacama, dans le but de faire découvrir le ciel austral au public.

Autodidacte, il est membre de l’Union Astronomique Internationale. Il a découvert plusieurs astéroïdes et deux comètes entre 1985 et 1988 alors qu’il travaillait à l’observatoire du Mont Palomar en Californie.

Au Chili, la ferme d'Alain Maury, scientifique à la retraite, qui continue à observer les étoiles.
Au Chili, la ferme d'Alain Maury, scientifique à la retraite, qui continue à observer les étoiles. © GAPRA

C'est au Chili que se trouve également le plus grand télescope du monde

Daniel Parrott aime les calculs : c'est lui qui a créé le logiciel qui permet de calculer les déplacements de ces points lumineux. 

Georges Attard pilote à distance, depuis Mougins, le télescope installé au Chili. Il recueille ensuite les données et les analyse. 

Cela fait 6 mois que le système de modélisation pour calculer les déplacements de ces mystérieux petits points est en place. 

Cette comète était déjà passée devant le centre des grands télescopes internationaux… sans avoir été repérée. Oups ! Alors qu'au Chili, les télescopes font 8 mètres de diamètre.

Certificat de naissance de la NASA

Autre fierté : la comète porte les noms de ses découvreurs. Elle est officiellement nommée C/2021 J1 Maury-Attard. La NASA a même envoyé le "certificat de naissance" de cette nouvelle comète. 

La recherche de ces amateurs ne s'arrête pas là ! L'objectif du club est de découvrir des objets insolites, des astéroïdes qui se baladent dans l'espace et frôlent notre planète. 

Ce n'est pas la première fois que ces amateurs prennent des comètes ou des astéroïdes dans les filets de leurs télescopes grâce à un tycho-tracker. "On est les amateurs les plus actifs au monde pour trouver des comètes !", lance Denis Huber.

Ils cherchent aussi des 'Near Earth Orbit' (NEO). Comme leur nom l'indique, ce sont des astéroïdes qui risquent d'impacter la terre à plus ou moins long terme. Le scénario catastrophe à l'américaine est donc tout à fait plausible pour ces observateurs du ciel. 

Quant à la comète, il faudra être patient pour la revoir dans le ciel : ce ne sera pas avant 147 ans ! 

Mais ces passionnés ne comptent pas en rester là ! "Quand on découvre un truc, on veut en découvrir d’autres", affirme Denis Huber. La chasse aux comètes et astéroïdes en tous genres est donc ouverte. 

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