Villeneuve-Loubet : les résidents d'Ehpad participent à la création d'une fresque de street art

Vendredi 15 octobre, le graffeur Ecloz a terminé une fresque de street art de 160 mètres carrés réalisée avec des résidents d'Ehpad. 

Grand ciel bleu ce vendredi 15 octobre, à l'Ehpad Les Figuiers de Villeneuve-Loubet, où quelque 150 personnes sont venues découvrir une oeuvre murale de street art. Les résidents de plusieurs Ehpad azuréens ont contribué à ce trompe-l'oeil végétal. 

15 heures, l'affluence des grands jours. Ce vendredi 15 octobre, à l'Ehpad Les Figuiers, familles et amis viennent entourer leurs proches. Des personnes âgées, qui durant quelques jours, ont pris un sacré coup de jeune. Cinq jours d'affilée, le graffeur rouennais a migré sous le soleil du sud pour travailler avec plus de cinquante résidents d'Ehpad afin de créer une fresque végétale qui court sur des dizaines de mètres linéaires. "Des conditions parfaites" pour Guillaume Vincent, l'artiste de 39 ans, coutumier de ce type de recouvrements démesurés. 

Arrivé lundi 11 octobre, Ecloz a effectué les premiers tracés de ce trompe-l'oeil végétal voué à habiller un mur minéral, en trois sections, avec des hauteurs dépassant les 2 mètres de haut par endroits. Ce type de défi ne l'effraie guère, lui qui a commencé sa passion adolescent, en 1997, avant d'en faire son métier dès 2005. 

"C’est le printemps qui est venu"

Pendant deux jours et demi, le graffeur a oeuvré seul avant d'avoir le renfort de dizaines d'apprentis street artistes - des résidents des Ehpad Senectis du département des Alpes-Maritimes. Plus de 50 personnes âgées l'ont aidé à vider au delà d’une centaine de bombes de peinture aérosol. Sur cette fresque, en réalisant des pochoirs, mais aussi sur des tableaux d'un mètre carré, et sur un mur éphémère d'expression libre. Un public qu'il a fallu aider, guider, mais qui a largement contribué à cet atelier grandeur nature, en extérieur, par petits groupes de 6 à 8 personnes. 

Marie-Annette Mauceli, 93 ans, n'a pas boudé son plaisir. Pour la nonagénaire, sourire aux lèvres, "c’était magnifique, tous les dessins que nous avons faits. On sort de ce Covid avec plaisir, avec les visites derrière les vitres, pendant tout ce temps, c’était très dur. Là c’est le printemps qui est venu."

Marie-Annette avait déjà expérimenté cette pratique en 2018 - Ecloz étant déjà venu dans l'Ehpad antibois des Jardins de Saint-Paul dispenser des ateliers de street art. A l'époque, elle avait peint une toile "qui représente des fleurs, des branches, la nature". Elle est toujours accrochée dans la résidence des Figuiers. Une fierté. 

 

C'était très important pour le moral, ça nous change d’abord de la vie que nous avons eu avec le Covid.

Marie-Annette, 93 ans

Défi logistique

Paul Bensadoun est le créateur des établissements Senectis. Il a orchestré cet événement en extérieur avec plus d'une cinquantaine de ses employés. "Cette célébration post Covid" , comme il la nomme, a mobilisé leurs véhicules pour déplacer les personnes à mobilité réduite, ''et les voitures des uns et des autres'' pour faire venir les résidents de ses Ehpad, qu'ils soient à Cagnes-sur-Mer, Antibes, ou bien encore à la Gaude.

C'est une communion générale. Entre 50 et 60 employés ont participé, le personnel de santé, la cuisine, les chefs. On a fait découvrir l'art de la rue à des personnes âgées, c'est magnifique.

Paul Bensadoun

Ecloz, lui aussi, n'a pas épargné ses efforts. Des journées de 10 heures de travail, sur ce mur minéral, ont permis de compléter la fresque à temps, qu'il a sobrement signé en lettrage noir sur un coin du mur. "Je suis venu en véhicule avec tout le matériel car il y a une pénurie de bombes de peinture en ce moment. Je n'ai jamais vécu ça dans mon domaine. Mon fournisseur a toujours eu tous les coloris, mais là depuis le Covid, c'est compliqué." explique t-il. Il lui était "impossible de venir en avion à Nice et d'acheter tout le matériel ici, il a fallu que je m'y prenne à l'avance".

Certaines bombes aérosols ont même été achetées par l'artiste il y a plus de 3 mois pour s'assurer de ne manquer de rien. En tout, cela représente une enveloppe de 1000 euros de matériel, y compris pour les bâches de protection, les rouleaux de scotch ou les pochoirs.

Echange de bons procédés

Cette pratique artistique nécessite "un travail précis, gestuel, et visuel. Cela change des ateliers systématiques que l'on fait. Il y a déjà des ateliers de peintures, dans tous nos établissements, qui ont été mis en place par les psychologues et les ergothérapeutes, mais là c'est à une échelle beaucoup plus importante." détaille Paul Bensadoun.

Ecloz, quant à lui, n’en n’est pas à son coup d’essai avec les personnes âgées. C’est sa troisième expérience en Ehpad, sa plus importante aussi. Une nouvelle palette de sentiments qui s’est enrichie auprès des résidents : "Je laisse la nature et le feeling faire les choses. De temps en temps, on a arrêté de peindre pour parler de leur vie passée. Il y a un échange nostalgique qui se met en place, je profite de cet échange de sagesse qui se met en place entre eux et moi".

L’artiste rouennais reste toujours surpris par l’accueil qui lui est réservé par ce public âgé. "Quand on leur met l'outil dans les mains, il y a quelque chose de tellement ludique. Le jet part et certains ont du mal à s'arrêter."

C’est une semaine bien chargée en émotions et en couleurs que Guillaume Vincent s’apprête à quitter, direction l’Occitanie pour une nouvelle aventure colorée.

Depuis qu’il s’est mis à son compte, voilà plus de 15 ans, il enchaine les projets. Il était encore en Allemagne il y a quelques semaines, a découvert Cuba grâce au street art. "Je viens de faire une fresque collaborative de 600 mètres carrés avec tous les habitants d'une commune dans ma région, de 7 à 77 ans."  conclut-il. Ou quand l’expression artistique s’exerce sans frontières, et au-delà des âges. 

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