Explosions à Beyrouth : des Libanais installés à Nice se sentent "perdus"

Mardi 4 août, deux explosions sont survenues sur le port de Beyrouth, détruisant une partie de la ville et provoquant la mort d'au moins 137 personnes. Sur la Côte d'Azur, institutions publiques et associations se mobilisent pour venir en aide aux Libanais.

Géraldine Ghostine, présidente de l'association Mon Liban d'Azur, a lancé une campagne de collecte de dons pour les hôpitaux.
Géraldine Ghostine, présidente de l'association Mon Liban d'Azur, a lancé une campagne de collecte de dons pour les hôpitaux. © Daniel Gerner / FTV
Mardi 4 août, en fin d'après-midi, deux puissantes explosions ont secoué la ville de Beyrouth, au Liban. Les déflagrations, dues à l'explosion de 2750 tonnes de nitrates d'ammonium stockées sur le port, ont détruit une partie de la ville. Au moins 137 personnes sont mortes et le dernier bilan dénombre 5000 blessés. Pour les membres de l'association Mon Liban d'Azur, la situation est insoutenable. Entre culpabilité de ne pas être sur place et incertitude quant à la sécurité de leurs proches, chaque instant depuis les deux explosions sont très difficiles à vivre.

Géraldine Ghostine est présidente de cette association créée en 2019 qui vise à renforcer les liens d'amitié entre la Côte d'Azur et le Liban dans différents domaines (touristique, gastronomique, culturel, éducatif et économique). Cette Franco-libanaise fait habituellement des allers-retours entre son domicile dans le centre-ville de Beyrouth et la Côte d'Azur. "J'ai découvert les dégâts [à son domicile libanais] mais ce ne sont que des dégâts matériels. On a perdu beaucoup, on ne réalise pas. Je ne suis pas la seule à avoir perdu une partie de ma vie mais on est en vie. Il faut savoir faire la part des choses", modère-t-elle.

"Je me sens coupable parce que j'ai quitté mon pays"

Yara Abouzeid, une femme libanaise habitant sur la Côte d'Azur et membre de l'association, a elle aussi eu de gros dégâts dans sa maison : "Les vitres sont brisées, mais ce n'est pas grave parce que d'autres gens ont beaucoup de problèmes." Accrochée à son téléphone depuis la catastrophe, Yara Abouzeid admet se sentir "coupable d'avoir quitté le pays" par moments.

Même si on est pas présents, avec ce qu'on est en train de mettrre en place avec Mon Liban d'Azur, on sent qu'on est en train de participer. J'aimerais qu'on puisse faire quelque chose pour que les Libanais puissent vivre et non pas survivre. 

Yara Abouzeid, membre de Mon Liban d'Azur

Pour Layal Baalbaki, une pharmacienne franco-libanaise habitant à Nice, les explosions sont une nouvelle épreuve difficile dans sa vie. Après avoir vécu la guerre à 5 ans, puis s'être expatriée à 18 ans, la maman d'une petite de 2 ans et demi "n'a plus de force", dit-elle. Cette semaine, elle aurait dû être au Liban. Elle a annulé ses vacances au dernier moment parce qu'elle avait trop de charge au travail. Sans nouvelle d'un de ses amis depuis les explosions, Layal Baalbaki se sent déboussolée. "Je me sens perdue parce que je ne sais pas comment aider. Je me sens coupable parce que j'ai quitté mon pays", déclare-t-elle.

Depuis deux jours, Géraldine Ghostine ne sait pas si elle devrait retourner à Beyrouth : "C'est difficile de savoir si on doit retourner là-bas ou si on doit rester là parce qu'ici au moins on est en sécurité. C'est encore trop tôt pour savoir. Comme on est loin, on se sent peut-être un peu coupable de ne pas être là-bas et c'est pour ça qu'on est aussi actif sur le terrain." 

En effet, l'association Mon Liban d'Azur n'a pas perdu une minute pour se mobiliser. Depuis mardi, "on est sur tous les fronts, on essaye de répondre à toutes les demandes qui nous sont adressées", explique la présidente. L'association organise une cérémonie d'hommage aux victimes vendredi 7 août à 18 heures sur le quai de l'Amiral Infernet à Nice. Une campagne de collecte de dons pour venir en aide aux victimes a également été lancé.

"Nous devions fêter le premier anniversaire de l'association dimanche 9 août mais suite à tout ce qui se passe, on privilégie les actions humanitaires, détaille Géraldine Ghostine. D'abord, on aimerait venir en aide aux hôpitaux qui sont saturés. Il y a une pénurie de médicaments donc on travaille sur une collecte de dons pour envoyer des médicaments et du matériel médical de première nécessité." L'autre objectif de cette collecte : "Reconstruire des écoles qui ont été détruites et reloger des personnes parce que plus de 300 000 personnes sont sans logement à présent."

D'autres initiatives émanent de la Côte d'Azur

Sur la Côte d'Azur, les marques de soutien sont nombreuses pour venir en aide aux victimes.

Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, a annoncé que la région "prendra sa part à l'effort de soutien au peuple de Beyrouth".

Au moment où le Liban, ce pays frère et ami de la France, compte, pleure ses morts et évalue des dégâts forcément considérables, je tiens à assurer personnellement du soutien, de la solidarité et de la fraternité de toutes les régions de France.

Renaud Muselier

Du côté des Alpes-Maritimes, le président du département Charles Ange Ginésy annoncé qu'une "subvention exceptionnelle de 50 000€ aux associations caritatives et humanitaires qui œuvrent actuellement sur place" sera soumise au vote de la prochaine séance plénière.

Drapeaux en berne

A Cannes, un appel au don a été lancé en ligne sur le site de la ville et des urnes ont été installés à l'Hôtel de ville et dans les mairies annexes. Un drapeau du Liban a été hissé devant l'Hôtel de ville et mis en berne, tout comme le drapeau français, comme l'indique le maire David Lisnard dans un tweet.
Christian Estrosi a assuré qu'il avait la "volonté d'apporter un soutien actif et effectif dans cette catastrophe qui frappe la capitale libanaise". Il a chargé la direction et les équipes du Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de Nice "de rassembler en urgence des moyens matériels et financiers, dans le plein respect des dispositions en vigueur".

 
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