Festival de Cannes. "J'ai choisi l'exil" : le cinéaste iranien Mohammad Rasoulof appelle au secours

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À l'ouverture du Festival de Cannes 2024, l'Iranien Mohammad Rasoulof, implore le cinéma mondial d'apporter un "soutien fort" aux réalisateurs menacés. Le cinéaste a dû fuir son pays pour échapper à la prison. Son film est en compétition lors de 77e festival.

Le réalisateur Mohammad Rasoulof a fui l'Iran, son pays, ce lundi 13 mai. Les médias occidentaux relaient l'information publiée sur les réseaux sociaux et dans les médias iraniens. Le réalisateur dont le film Les Graines du figuier sauvage est en compétition au 77ᵉ Festival de Cannes a été obligé de quitter son pays, à pied, par les montagnes et sans papiers. 

Il a été condamné à plusieurs années de prison pour "collusion contre la sécurité nationale" et dit craindre pour sa vie.

"Je devais choisir entre la prison et quitter l'Iran. Le cœur lourd, j'ai choisi l'exil."

Dans son post, traduit par le réseau social, le réalisateur explique : "L'année dernière, avec mon avocat, nous sommes allés à plusieurs reprises dans différentes institutions, mais vous avez dit que je n'avais pas le droit d'avoir un passeport. Vous ne saviez pas que mon identité n'est pas dans mon passeport."

Si vous pensez que les frontières de l'Iran sont entre vos mains, vous dormez profondément. Si l'Iran géographique souffre sous les bottes de votre tyrannie religieuse, l'Iran culturel est vivant dans l'esprit commun de millions d'Iraniens qui ont été forcés de quitter l'Iran à cause de votre oppression et de votre barbarie et aucun pouvoir ne peut lui imposer sa volonté.

Mohammad Rasoulof

sur son compte Instagram

Il termine son message en disant : "Je suis reconnaissant et reconnaissant envers mes amis, parents et personnes qui m'ont aidé à sortir de la frontière et à atteindre un endroit sûr dans ce voyage difficile et long avec gentillesse, altruisme et parfois en risquant eux-mêmes... Je suis en vie pour vous dire..."

Un communiqué à l'Agence France Presse

Dans un communiqué envoyé à l'AFP, le cinéaste implore le cinéma mondial d'apporter un "soutien fort" aux réalisateurs menacés. Il ne sait pas encore s'il sera lui-même en mesure de se rendre au Festival de Cannes. 

Je suis arrivé en Europe il y a quelques jours après un voyage long et compliqué

l'Iranien Mohammad Rasoulof

AFP

Primé en 2017 pour son film Un homme intègre, puis en 2020 à Berlin pour Le diable n'existe pas. Selon l'AFP, le cinéaste de 51 ans, qui veut représenter un Iran "loin du récit dominé parla censure (et) plus proche de la réalité", explique avoir décidé de partir lorsqu'il a appris que sa peine, "injuste", de huit ans de prison dont cinq ans applicables, confirmés en appel, seraient mis à exécution "dans les plus brefs délais". Il craignait une condamnation supplémentaire suite à la présentation de son prochain film. "Je devais choisir entre la prison et quitter l'Iran. Le cœur lourd, j'ai choisi l'exil", relate-t-il.

La machine criminelle de la République islamique viole continuellement et systématiquement les droits de l'homme

Mohammad Rasoulof

à l'AFP

Le réalisateur a gardé secret "l'identité des acteurs et de l'équipe, ainsi que les détails de l'intrigue et du scénario". Des acteurs "ont réussi à quitter l'Iran" à temps, se réjouit Mohammad Rasoulof, mais de nombreux autres membres de l'équipe y sont toujours "et les services de renseignement font pression sur eux" notamment par "de longs interrogatoires". "La communauté cinématographique mondiale doit assurer un soutien fort aux réalisateurs", implore-t-il. "La liberté d'expression doit être défendue haut et fort." 

En 2019 déjà, le Festival de Cannes avait rendu hommage à l'engagement du cinéaste pour le septième art.