Festival de Cannes 2024 : ce sera un festival "sans polémique", promet Thierry Frémaux

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Il est le directeur général du Festival du film depuis 2007. C'est lui qui prend les grandes décisions et qui est chargé de l'organisation et des annonces. À la veille de l'ouverture de la 77e édition, entretien avec Thierry Frémaux.

Thierry Frémaux était l'invité d'ICI 19/20 de France 3 Côte d'Azur, ce lundi 13 mai 2024.

Ce festival sera "pacifié, joyeux, généreux", c'est la promesse que vous avez faites. Sacré défi au vu du contexte national et international. Il fallait au moins le talent et l'humour de Quentin Dupieux pour nous dérider un peu ?

"L'humour, le talent et la qualité du film de Quentin Dupieux, j'en suis quasiment sûr. C'est un film parfait - une comédie - pour ouvrir le festival de Cannes. Je pense que ça va mettre tout le monde dans l'état d'esprit que l'on recherche : un festival pacifié, pacifique et généreux."

Des géants américains sont attendus : Kevin Costner, Francis Ford Coppola est en lice pour sa troisième palme d'or - ce serait inédit. On dit tous les ans 'c'est le retour des Américains'. Pourquoi (re)viennent-ils sur la Croisette ?

"Ce sont des artistes qui viennent montrer leur travail. Coppola a 85 ans, il est comme un jeune artiste. Il veut être en compétition. Il a eu deux palmes d'or et il ne dit pas 'je suis au-delà de ça'. Il veut s'affronter à ses jeunes collègues et être dans cette compétition."

"Les Américains viennent à Cannes parce que le festival a le plus grand marché des films du monde, mais aussi parce que l'acclamation cannoise, la rumeur cannoise, la réception dans la grande salle Lumière du palais des Festivals est inégalable et inégalé."

"L'an dernier, en 2023, la sélection a été adorée, j'espère que ça sera pareil cette année et que les films seront aimés."

Il y a aussi plusieurs sujets qui fâchent : le #MeToo du cinéma, un collectif de travailleurs qui appelle à la grève, le conflit israélo-palestinien qui pourrait s'inviter...

"Ce n'est pas le festival de Cannes qui est à l'origine de cela. On s'en sert pour donnner de l'écho à un certain nombre de sujets."

"Sur des questions politiques lourdes, par le biais de la montée des marches, le festival de Cannes s'est toujours impliqué. Les premiers films récompensés étaient 'Rome ville ouverte' et 'La bataille du rail', on était en 1946, juste après la guerre. Roberto Rossellini et René Clément sont dans cette implication de comment va le monde. Le monde va mal donc, forcément, le festival de Cannes s'en fera l'écho. Ensuite, les révélations de la presse seront les révélations de la presse."

Vous dîtes que la présomption d'innocence est tout aussi importante que l'écoute de la parole des victimes. Est-ce que vous avez déjà réfléchi à un code de conduite en cas de condamnations ou de poursuites ?

"À moins qu'en plein festival, on apprenne des choses, ce ne sera pas pour cette année. Je suis convaincu qu'il faut qu'on réflécisse aux choses collectivement."

"Très souvent, une injonction est dirigée vers le festival de Cannes, mais on a l'habitude de ça. Un certain nombre de sujets, on n'en parle pas en janvier, ni en octobre, on en parle au mois de mai parce que c'est le festival de Cannes. Et nous sommes d'accord pour que le festival se fasse l'écho de ces questions importantes."

"On a décidé de faire un festival sans polémique, et il n'y a pas de polémique."

...ça n'existe pas un festival sans polémique !

"Je vous dis que nous, festival de Cannes, il n'y a pas de polémique. Les polémiques viennent de l'extérieur."

Un collectif de travailleurs demande à intégrer le régime des intermittents. Un pot d'accueil s'est transformé un peu en tribune : ils ont pris la parole avec votre accord. Ils ne sont pas contre le festival mais ils menacent de le perturber. Vous jouez les médiateurs ?

"Absolument. Mais ça ne s'est pas transformé en tribune, c'est au contraire des collègues à nous qui ont demandé à prendre la parole, parole qu'on leur a donné. Au sein des équipes, il y a des gens qui vivent toute l'année avec des contrats précaires. Ils demandent à avoir un statut et nous et le CNC, nous travaillons avec eux. Ils ont raison de profiter de la chambre d'écho qu'est le festival pour voir leurs conditions de travail améliorées."

L'an passé, 'Anatomie d'une chute' a connu un destin incroyable. Quel moment attendez-vous aujourd'hui avec impatience ?

"La compétition s'ouvre mercredi après-midi avec un premier film fait par une réalisatrice [Astrid Tonnellier, NDLR] et qui est une première oeuvre : "Diamant brut". Le festival de Cannes, c'est la découverte, c'est mettre des noms de jeunes cinéastes sur la table."

"L'an dernier, je n'aurai pas été capable de vous dire, la veille de l'ouverture, que ce serait Anatomie d'une chute. On ne donne jamais le sentiment de préférer tel ou tel film. Il y a 65 films en sélection officielle, ce sont tous nos chouchous. Et je n'aurai pas été capable de promettre à 'Anatomie d'une chute' un tel destin."