Coronavirus : L'école à la maison, le calvaire des parents d'élèves mal équipés en matériel informatique

Certains n'ont qu'un téléphone pour toute la famille afin d'accéder à internet selon une enseignante de Grasse - Illustration / © Laurent Theillet / MAXPPP
Certains n'ont qu'un téléphone pour toute la famille afin d'accéder à internet selon une enseignante de Grasse - Illustration / © Laurent Theillet / MAXPPP

Depuis le 16 mars, pour endiguer la propagation du coronavirus, tous les établissements scolaires sont fermés. Pour les élèves et leurs parents, il s'agit désormais de faire l'école à la maison. Mais en l'absence du matériel informatique nécessaire, le défi devient vite insurmontable. 

Par Sophie Marechal

Mercredi 1er avril, une ligne téléphonique dédiée aux familles des collégiens qui rencontrent des problèmes informatiques ou qui ont des problèmes d'utilisation de l'espace numérique de travail (ENT) a été ouverte par le département des Alpes-Maritimes.

Une initiative prise dans le souci de permettre à chacun d'assurer la continuité pédagogique souhaitée par le gouvernement, dans la circulaire du 13 mars du ministère de l'Education nationale.
 
Mais dans les faits, les parents sous équipés en matériel informatique se sentent dépassés. Nadia, une Niçoise élevant seule ses trois enfants, est à deux doigts de jeter l'éponge.

Je ne sais pas à quoi cette ligne téléphonique pourrait m'être utile. Le collège de mon fils lui a prêté une tablette. Mais je n'ai pas d'imprimante, soupire la mère de famille.


"Au début, je recopiais les cours à la main, car il ne peut pas les apprendre sur un écran. Mais je n'en peux plus, ça me rend dingue ! Donc malheureusement, les trois quarts des cours, on n'arrive pas à les suivre."

"Je suis au bord de la dépression"

Car Nadia, au chômage technique, doit jongler entre les courses, la cuisine, et assurer la classe de ses trois enfants, lycéen, collégien, et élève en école primaire habituellement aidé d'une auxiliaire de vie scolaire.

Je suis au bord de la dépression, confie-t-elle. Avec les problèmes de connexion, je dois attendre minuit pour pouvoir accéder aux devoirs et les prendre en photo pour le lendemain.


Ces problèmes techniques récurrents donnent lieu à des situations ubuesques pour la mère de famille. "La maîtresse de mon fils, qui est en CE2, nous a envoyé des exercices l'autre jour. Il fallait entourer ou barrer les réponses. Comment suis-je supposé le faire sans imprimante ? J'ai essayé de la joindre pour lui expliquer, mais nous avons beaucoup de mal à communiquer."
 


Un système D soumis aux bonnes volontés

Ces casses-têtes, Isabelle Rami, enseignante et directrice d'une école primaire à Grasse, fait son possible pour les éviter. 

"Une dizaine de familles sur 170 a des problèmes d'accès à internet et n'est pas, ou mal, équipée, explique-t-elle. Alors pour ne pas les laisser tomber, une fois par semaine, je vais à l'école pour imprimer tous les documents des enseignants et je les accroche au portail de l'école. Les parents viennent ensuite les chercher." Mais cette organisation tient toute à sa bonne volonté.

Car elle aussi subit les aléas techniques. "L'Education nationale ne nous fournit aucun équipement professionnel. Nous travaillons avec nos équipements personnels. Une de nos collègues ne pouvait plus travailler car son ordinateur était hors-d'usage. Une autre a dû lui en prêter un qui ne lui servait plus. C'est vraiment la débrouille", soupire la directrice.


Des inégalités accentuées

Au-delà de ces situations parfois intenables pour les parents, ce sont les enfants qui risquent de pâtir de cette continuité pédagogique à géométrie variable.

J'ai peur que mes enfants décrochent. Ils n'ont plus envie de travailler, déplore Nadia. Un exercice qui, en temps normal prendrait 10 minutes, prend parfois une heure maintenant.


La mère de famille a déjà dû laisser de côté l'enseignement des langues et de la musique pour se concentrer en grande partie sur les mathématiques. "Certains professeurs ne s'adaptent pas et nous submergent complètement", assure-t-elle.

Pour Isabelle Rami, cette situation accroît des inégalités déjà existantes en temps normal.

J'ai quelques élèves qui sont en grosses difficultés. Certains n'ont qu'un téléphone pour toute la famille afin d'accéder à internet, reprend-elle.


"Et les parents n'ont parfois pas les compétences pour les aider. Ils ne vont pas décrocher à cause du confinement, mais celui-ci va accélérer ce décrochage."

Cette vidéo d'une maman qui "craque" fait actuellement le tour des réseaux sociaux :

Mardi 31 mars, le ministre de l'éducation Jean-Michel Blanquer estimait que 5 à 8% des élèves étaient déjà "perdus". Le baccalauréat 2020 sera “aménagé” à cause du Covid19 a confirmé Edouard Philippe ce mercredi 1er avril.


 

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