La prime Covid de 1 500 euros est accordée aux soignants des hôpitaux de Grasse et Cannes

L'affaire avait fait grand bruit : les Alpes-Maritimes ne figuraient pas dans la liste des 40 départements les plus touchés, éligibles à la prime de 1500 euros pour les soignants. Comme les hôpitaux de Nice et Antibes, Grasse et Cannes bénéficient désormais d'un régime dérogatoire. 


 

Un lit de l'unité Covid de l'hôpital de Grasse.
Un lit de l'unité Covid de l'hôpital de Grasse. © FTV

Dans les Alpes-Maritimes, l'affaire avait fait grand bruit et avait déclenché l'ire de bon nombre d'élus et de syndicats de soignants.
En cette mi-mai, le président de la République annonce la publication d'un décret qui concerne les soignants et une prime très attendue, la prime Covid .

La prime sera de 500 euros pour tous les membres du personnel hospitalier. 
Les personnels hospitaliers de 40 départements recevront le montant maximal en récompense de leurs efforts durant l'épidémie de coronavirus, soit 1.500 euros net

 indique le ministère des solidarités et de la Santé.

1 500 euros pour les soignants, mais pas dans tous les hôpitaux

Sont concernés les soignants de départements du nord et de l'est du pays, où se situent les régions les plus durement frappées par le Covid-19. S'ajoutent les 8 départements d'Ile-de-France, 10 du  Grand Est (10), 8 de la Bourgogne-Franche-Comté, 5 des Hauts de France, 4 d'Auvergne-Rhône-Alpes (Drôme, Loire, Rhône, Haute-Savoie). Il y a enfin l'Eure-et-Loir, les Bouches-du-Rhône, les deux départements de Corse et Mayotte.

Le maire de Cannes David Lisnard constate alors que l'établissement hospitalier de sa commune est exclu. Idem pour le maire de Grasse Jérôme Viaud, puis celui de Menton, Jean-Claude Guibal.

L'unité Covid de l'hôpital de Grasse.
L'unité Covid de l'hôpital de Grasse. © FTV


L'incompréhension des trois élus est immense, car le CHU de Nice et l'hôpital d'Antibes bénéficient d'un système dérogatoire qui leur permet de bénéficier de la prime maximale, pas les hôpitaux de leur commune.

Le 30 mai,  Loïc Dombreval, député des Alpes-Maritimes en fait l'annonce : il a obtenu d'Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, que les deux hôpitaux de sa circonscription ( Grasse et Cannes) soient  intégrés à l’annexe 2 du décret prime. 

 

Les directeurs pourront donc donc décider du relèvement de la prime à 1500 euros dans leurs services, à concurrence de 40 % des effectifs

Loïc Dombreval, joint alors par téléphone, indique que le décret sera publié d'ici 7 à 10 jours. C'est chose faite. Les élus de Cannes et Grasse très actifs  pour défendre leurs soignants, se réjouissent que le gouvernement ait revu sa copie dans un communiqué commun :

Nous avons défendu ardemment auprès du Ministre des Solidarités et de la Santé, mais aussi du Président de la République et du Premier ministre, une révision de ce texte afin que nos hôpitaux soient inscrits sur la liste des établissements pouvant octroyer cette prime à leurs personnels méritants. Cette décision de l’Exécutif met fin à une profonde injustice à l’égard des femmes et des hommes de la communauté hospitalière mobilisés quotidiennement pour soigner les malades atteints du COVID-19 et sauver des vies. Ils méritent cette légitime reconnaissance.

A noter que le centre hospitalier La Palmosa de Menton reste exclu de ce dispositif.

Retour sur plusieurs élus très en colère

Le 15 mai, David Lisnard et Jérôme Viaud ne décolèrent pas. Pour leurs soignants, pas de prime de 1 500 euros, ils qualifient cette décision d'inadmissible, injustifiée au regard de l'engagement et la mobilisation sans faille des équipes pour affronter l'épidémie de Covid-19.

C'est un manque de respect à l'endroit  de tous les personnels hospitaliers qui se sont engagés en première ligne au service de tous -  Jérôme Viaud, maire de Grasse.

Michèle Tabarot est députée des Alpes-Maritimes et future maire du Cannet (elle a été élue au premier tour mais elle n'a pas été officiellement installée). Elle vient d'envoyer un courrier à Olivier Veran, ministre des solidarités et de la santé.

Courrier de M.Tabarot au ministre des solidarités et de la santé.

Elle lui demande de modifier le décret.

 

Je tenais à vous faire part de ma totale désapprobation alors que les Centres Hospitaliers de Cannes et de Grasse n’y sont pas intégrés. Je peux d’ailleurs témoigner de l’action courageuse des médecins et personnels soignants de l’hôpital de Cannes dans la lutte contre le Covid-19 sur la commune du Cannet et dans notre bassin de vie. Je sais qu’il en va de même s’agissant de l’hôpital de Grasse pour son territoire. M.TABAROT.

Même incompréhension du côté de Menton. Le maire Jean-Claude Guibal, qui est par ailleurs président du conseil d’administration de l’hôpital La Palmosa, a lui aussi écrit au ministre des solidarités et de la Santé, pour lui demander  cette prime exceptionnelle à "ces oubliés, pourtant en première ligne" dans la lutte contre le Covid.

Pourquoi Grasse, Cannes et Menton sont exclus et pas les autres établissements hospitaliers du département

Dans un courrier adressé de son côté au ministre des Solidarités et de la santé, le sénateur  Jean-Pierre Leleux dénonce les inégalités de traitement entre les établissements du département des Alpes-Maritimes au détriment de ceux de Cannes et Grasse. Il pointe du doigt un article du décret : 

Un article dérogatoire du décret permet au directeur  de l’Etablissement situé en zone 2 de relever le montant de l’indemnité de 500 à 1500 euros dans la zone 2 et ceci dans les centres hospitaliers mentionnés dans une annexe au décret. Or, dans cette annexe, figurent les hôpitaux de Nice et d’Antibes et pas ceux de Grasse et de Cannes.

Il précise dans son courrier que ce texte ne peut qu'envoyer un message très négatif envers des agents dont la mobilisation est permanente et il demande au ministre de revoir sa position.

 

 

Les syndicats en colère

Au nom de l'union syndicale des hospitaliers de Nice, Stéphane Gauberti se dit "outré" que le département des Alpes-Maritimes n'ait pas été retenu. Il a écrit un courrier dans ce sens au maire de Nice, Christian Estrosi, qui est également président du conseil de surveillance du CHU de Nice. 

Courrier de Stéphane Gauberti à Christian Estrosi prime soignants

Il rappelle que  la mobilisation des agents hospitaliers (7.000 agents au total) pendant l'épidémie de Covid. Il indique aussi que les soignants ont pris en charge des malades en provenance d'autres régions, et il ne comprend pas pourquoi la prime de 1.500 euros n'est attribuée qu'à 40 départements.

 

L'hôpital est une famille

rappelle t-il. 

"Notre département qui comptabilise pourtant un triste bilan de 164 décès au 13 mai n’est pas dans les 40 départements les plus touchés (notre but n’étant pas de dire que les autres départements n’auraient pas droit à cette prime à sa plus haute valeur) alors que figure dans ce "classement " les 2 départements de la Corse où nous déplorons 54 morts et le département de l’Eure-et-Loir où se sont 108 personnes qui ont perdu la vie des suites de ce virus."

Nous avons su également participer à la solidarité nationale puisque notre établissement a accueilli des patients COVID 19 venant d’autres départements lorsque leurs réanimations étaient saturées.

Il demande l'attribution de cette prime exceptionnelle de 1 500 euros en signe de reconnaissance, mais aussi une revalorisation du point d'indice pour rendre la profession de soignant plus attractive.

Le maire de Nice Christian Estrosi, se dit solidaire des maires de Cannes et Grasse. Comme le syndicaliste Stéphane Gauberti, il préconise aussi une revalorisation des salaires du personnel hospitalier.

 

 

Une prime versée à la fin du mois

Pour les soignants des 40 départements retenus, cette "prime exceptionnelle", défiscalisée et exemptée de cotisations sociales, sera versée aux personnes ayant "exercé leurs fonctions de manière effective" dans les établissements publics de santé "entre le 1er mars et le 30 avril 2020", précise le décret.
 

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