Prime Covid et don de congés pour les personnels hospitaliers: "Ce n’est pas ce dont nous avons besoin en priorité"

Le ministère de la Santé a annoncé mercredi le versement d'une prime de 1.500 euros pour les personnels hospitaliers de 40 départements, dont les Bouches-du-Rhône, pour récompenser leurs efforts pendant l'épidémie de coronavirus. Une prime qui ne calme pas la colère. 

Hôpital de La Timone, Marseille
Hôpital de La Timone, Marseille © Valérie VREL / MaxPPP
Ce vendredi est paru le décret est paru confirmant le montant de 500 euros pour tous les membres du personnel hospitalier et 1.500 pour ceux ayant travaillé dans les 40 départements les plus touchés par l'épidémie, dont les Bouches-du-Rhône.

Il s'agit de la prime maximale "nette de tout", sans cotisations ni impôts, prévue par le gouvernement pour les zones les plus touchées par le virus.

"Ce n'est pas ce dont nous avons besoin en priorité"

Pascale Jourdan, infirmière à l'hôpital Nord de Marseille et secrétaire générale CGT de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) attendait une autre réponse du gouvernement.

"Toute aide est bonne à prendre, convient-elle. Mais ce n'était pas une revendication de notre part, ce n’est pas ce dont nous avons besoin en priorité. Ce sont des bons salaires"

"Depuis plus d’un an, et même bien avant, on revendique une meilleure grille salariale, on conteste le gel du point d'indice", martèle l'infirmière.

Hôpital Nord, Marseille.
Hôpital Nord, Marseille. © Gilles BADER / MaxPPP

"Ça met toujours du beurre dans les épinards mais on veut quelque chose de pérenne, des salaires qui puissent attirer les futurs professionnels à travailler avec nous"

Une prime ne constitue pas une revalorisation de carrière.

Dans un communiqué publié le 14 mai, le collectif Inter-hôpitaux fait part de sa "consternation et colère" face aux annonces du gouvernement : "Une prime ne constitue pas une revalorisation de carrière".

"Depuis plus d'un an nos collectifs demandent des moyens adaptés aux besoins de l'hôpital public et des revalorisations salariales dont le seul objectif est de disposer de suffisamment de personnels et de lits pour prodiguer des soins de qualité et en toute sécurité aux patients".

"Pendant la crise du coronavirus, nous avons connu de multiples ruptures de stock qui ne peuvent pas avoir lieu en 2020... On se serait cru dans un pays du tiers monde, se désole l'infirmière marseillaise. On en est arrivé à relaver du matériel à usage unique comme des blouses de protection."

Retrouvez le communiqué complet ici : 

Mi-avril, Olivier Véran a affirmé que les primes seraient versées "dès le mois de mai".

"Ce texte "est sur le point d'être signé", a confirmé mercredi la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, évoquant un règlement "sur les paies de mai ou juin".

Une prime "inégale" et "morbide"

En dehors des zones les plus touchées par le coronavirus, "les agents ayant travaillé dans les services Covid+ des hôpitaux de référence percevront également la prime de 1.500 euros", annonce le ministère. Ceux des autres services recevront 500 euros.

Pascale Jourdan déplore une prime "inégale" et "morbide" en évoquant les différentes sommes versées selon les départements et les services hospitaliers "en fonction du nombre de morts".

Or selon cette infirmière de bloc, "dans les services de soins non-covid, il y a eu plus de personnels contaminés car certains patients étaient infectés mais pas encore diagnostiqués"

La médaille ne suffit pas pour calmer la colère.

Le gouvernement a également annoncé la remise d'"une médaille de l'engagement" à certains personnels qui ont lutté contre l'épidémie.

"C'est gentil, c'est mignon, rétorque non sans ironie Pascale Jourdan , qui se bat pour obtenir des moyens financiers. La médaille ne suffit pas pour calmer la colère, la fatigue accumulée".

Don de congés payés en chèques vacances

Dans une lettre adressée à la ministre du Travail Muriel Pénicaud, 100 députés proposent "que l'on puisse permettre aux salariés qui le désirent et qui le peuvent, dans le public comme dans le privé, de faire don d'une partie de leurs congés payés", à "ceux qui luttent directement contre le coronavirus".

La lettre datée du 22 avril évoque la "frustration" de certains Français qui, au-delà des applaudissements de soutien à 20 heures, "ne peuvent ou ne savent comment aider davantage" les soignants, plaidant qu'il ne faut pas faire "obstacle à la fraternité".

Si le gouvernement pense qu'il va calmer la colère avec des chèques vacances...

"Tout geste de solidarité est bon à prendre, répond Pascale Jourdan. Mais si le gouvernement pense qu’il va calmer la colère avec un don de chèques vacances..."

De son côté, Muriel Pénicaud a jugé la proposition "très intéressante" tout en ajoutant qu'il fallait "définir les modalités de conversion des jours de repos".

Une proposition "innovante" selon la députée Pascale Boyer

La députée LREM des Hautes-Alpes Pascale Boyer soutient cette "proposition innovante pour exprimer une nouvelle fois notre solidarité avec nos soignants", dans un communiqué daté du 12 mai.

"Ce dispositif n’est pas une charge supplémentaire pour l’État ni pour les entreprises, car ces congés sont déjà provisionnés", a-t-elle ajouté.

 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus santé société vacances sorties et loisirs solidarité
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter