Grasse : le jasmin en fête et en fleur malgré son coup de chaud

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Grasse dans les Alpes-Maritimes célèbre le jasmin ce week-end. Emblème de la ville, avec la canicule et la sécheresse, cette fleur n'aura jamais autant mérité tous ces honneurs.

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Le jasmin, cultivé à Grasse depuis le 17e siècle, dégage une odeur unique et subtile. Adapté à la création des plus grandes compositions, des plus prestigieuses maisons de parfumerie, cette fleur qui fait la fierté des Grassois, est mise à l’honneur à partir de ce vendredi 5 août et tout le week-end.

Chaque année, depuis 1946, la ville célèbre le "jasmin emblématique" et rend un hommage populaire aux cultivateurs comme aux créateurs.

Au programme des festivités dans la cité du parfum : corsos fleuris, concerts, expositions et animations en tous genres.

Après deux ans, sous cloche à cause de la crise sanitaire, des milliers de touristes sont attendus pour ce week-end olfactif !

"Ce n'est pas une fleur, c'est La fleur"

Depuis quatre générations, Carole Biancalana et sa famille, cultivent le jasmin. 100 ans d'histoire au total. "C'est une odeur inimitable, un mélange de banane, de poire, de pêche et d'amande", énumère l'horticultrice. Un produit d'exception, très convoité.

Chaque année, ce domaine produit plusieurs tonnes de jasmin, exclusivement réservées à la maison Dior. Certaines de ses célèbres signatures, sont ainsi élaborées à partir de la fleur blanche de Grasse, comme Eau sauvage et J'adore !

Récolté d'août à octobre, le jasmin nécessite beaucoup d'attention. Le ramassage est effectué à l'aube, avant que le soleil ne soit trop ardent et ne brûle la matière. "C'est une vraie princesse ! Ce n'est pas une fleur, mais LA fleur", s'amuse à dire Carole. Cette belle enivrante ne peut pas être stockée, sinon elle s'oxyde. Durant la saison, c'est un véritable travail de fourmis, qui se met alors en place.

Dans le monde, il existe plus de 200 essences de jasmin différentes.

Sécheresse et jasmin : ça sent mauvais pour les années à venir

Entre mer et montagne, cette fleur s'épanouit dans le sol argileux du pays grassois. Le froid relatif de l'hiver, permet au pied de se reposer. Mais, elle nécessite aussi du soleil et beaucoup d'eau pour s'épanouir. Les vagues de chaleur et la sécheresse, représentent donc un véritable risque pour la suite. "On en est conscient, c'est vraiment un défi", reconnaît Carole.

Certains systèmes sont envisagés dans son domaine, comme stocker l'eau de pluie d'hiver pour irriguer durant l'été.

Paradoxalement, lorsqu'une fleur est en stress hydrique, elle devient alors très odorante.

Carole Biancalana, cultivatrice de jasmin

Ce moyen de lutter pour sa survie reste néanmoins éphémère. La floraison est une défense naturelle. Avec les températures, cette année, les fragrances qui se dégagent des plantations sont exceptionnelles.

Le jasmin à travers l'histoire

Comment ce jasmin, originaire des montagnes du nord-ouest de l’Inde, est-il parvenu jusqu’à chez nous ? Au cours de l’Antiquité, son aire d’acclimatation s’étend progressivement sur le pourtour oriental de la Méditerranée, notamment en Egypte qui devient le foyer d’approvisionnement privilégié des Grecs et des Romains. Ce n’est qu’à la Renaissance qu’il est implanté en France.

Avant même le succès du parfum, les bouquets de jasmin rencontraient un grand succès !

Laurent Pouppeville, guide conférencier pour la ville de Grasse et ses musées

À partir du XVI e siècle, le jasmin fait l’objet de toutes les attentions de la part des producteurs. Ses notes olfactives sont particulièrement appréciées des parfumeurs qui en incorporent l’essence dans un grand nombre de parfums.

Etant une fleur délicate, l'essence du jasmin été extraite à froid, grâce à de la graisse d'animale (ce qu'on appelle la technique d'enfleurage) :

"Dans certaines usines, on renouvelait entre 1000 et 1500 châssis chaque jour", ajoute Laurent Pouppeville. Quelques siècles plus tard, le jasmin devient, au même titre que la fleur d’oranger ou la rose, un des emblèmes de Grasse.

Bien que les plantations du bassin grassois aient progressivement diminué au cours de la seconde moitié du 20e, avec la mondialisation, la région produit toujours, à destination de maisons prestigieuses.

Et ne manque pas, chaque année de célébrer sa fleur !