Lutte contre le racisme : James Baldwin, figure de Saint-Paul-de-Vence et du combat pour l'égalité des droits

Il avait posé ses valises à Saint-Paul-de-Vence en 1970, où il a trouvé la mort dix-sept ans plus tard. Compagnon de lutte de Martin Luther King, le Noir-Américain James Baldwin s'est battu toute sa vie pour les droits des communautés noire et homosexuelle. Un combat plus que jamais d'actualité.

James Baldwin dans sa maison de Saint-Paul de Vence en 1979.
James Baldwin dans sa maison de Saint-Paul de Vence en 1979. © Ralph Gatti / AFP

Il a fait de la lutte pour les droits des minorités le combat de sa vie : le Noir-Américain James Baldwin est devenu l'un des symboles de sa génération et des suivantes. 

Le 25 mai dernier, la mort de George Floyd, interpellé par un policier blanc à Minneapolis, a ému le monde entier. Elle a aussi mis en lumière les injustices subies encore aujourd'hui par la communauté noire. Depuis, les rassemblements en hommage à ce père de 46 ans se multiplient aux quatre coins du globe : ses derniers mots, "I can't breathe" ("Je ne peux pas respirer" en français), sont repris en boucle dans les cortèges pour dénoncer l'oppression.

Lors de la manifestation du 6 juin à Nice. Fist-bumb entre manifestants et policiers.
Lors de la manifestation du 6 juin à Nice. Fist-bumb entre manifestants et policiers. © Alex Olijnyk

Cette oppression, James Baldwin la combattait à l'époque avec sa plume : il est l'auteur d'une trentaine d'essais, de romans, et de pièces de théâtre (dont "La Chambre de Giovanni", "La Conversion" ou encore "Face à l'homme blanc"). Certaines oeuvres ont d'ailleurs vu le jour dans sa maison de Saint-Paul-de-Vence dans les Alpes-Maritimes, où il s'était installé avec son compagnon en 1970.

C'est dans ce mas, alors situé Chemin du Pilon, qu'il s'est éteint dix-sept ans plus tard. Une association perpétue aujourd'hui la mémoire de l'auteur.

"Je ne suis pas un nègre, je suis un homme"

Né en 1924 à Harlem à New York, l'écrivain grandit dans un milieu ouvrier, où l'église noire-américaine a beaucoup d'importance. À l'âge de 10 ans, il est confronté pour la première fois aux violences policières : battu par des policiers blancs, il prend alors conscience de sa couleur de peau. 

À l'adolescence, James Baldwin découvre son homosexualité et vit de plus en plus mal les discriminations vis-à-vis des communautés noire et LGBT+. À 24 ans, il décide de s'installer à Paris, où il devient alors un auteur influent mais aussi l'une des figures du Mouvement des Droits Civiques, aux côtés d'un certain Martin Luther King. 

Loin de son pays d'origine, il parvient à coucher ses frustrations sur le papier : il écrit principalement sur l'identité sexuelle et la condition des Noirs. 

Ce que les Blancs doivent faire, c’est essayer de trouver au fond d’eux-mêmes pourquoi, tout d’abord, il leur a été nécessaire d’avoir un “nègre”, parce que je ne suis pas un “nègre”. Je ne suis pas un nègre, je suis un homme. Mais si vous pensez que je suis un nègre, ça veut dire qu’il vous en faut un.

James Baldwin

Saint-Paul-de-Vence, la renaissance

En 1970, cap au sud de la France : l'intellectuel s'installe avec son compagnon Bernard Hassell dans un vieux mas à Saint-Paul-de-Vence. La même année, il écrit une lettre ouverte poignante à sa "soeur" Angela Davis, qui bousculera l'Amérique.

La formidable révolution de la conscience noire qui a touché ta génération, ma chère sœur, signifie le commencement ou la fin de l’Amérique. Certains d’entre nous, Noirs et Blancs, savent quel prix a déjà été payé pour faire éclore une nouvelle conscience, un nouveau peuple, une nation sans précédent. Si nous savons et ne faisons rien, nous sommes pires que les mercenaires meurtriers (...) engagés en notre nom.

Extrait de "Lettre ouverte à ma soeur Angela Davis" par James Baldwin

Pendant cette période de sa vie, James Baldwin consacre beaucoup de temps à ses amis : parmi eux, on compte les artistes Joséphine Baker, Miles Davis et Nina Simone ou encore les acteurs Yves Montand et Simone Signoret. 

Il se prête également aux mondanités et foule quelques fois la Croisette pour le Festival de Cannes.

James Baldwin au Festival de Cannes en 1975.
James Baldwin au Festival de Cannes en 1975. © STAFF / AFP

Atteint par un cancer de l'estomac, James Baldwin s'éteint en décembre 1987. Ses mémoires ne seront pas publiées.

Un modèle pour les générations futures

En 2016, le cinéaste Raoul Peck adapte les textes de l'écrivain en long-métrage : "I Am Not Your Negro" ("Je ne suis pas votre nègre" en français) reçoit un accueil très positif et remporte l'Oscar du meilleur film documentaire en 2017.

Un film fédérateur pour le mouvement "Black Lives Matter", pour qui James Baldwin reste aujourd'hui, plus que jamais, un modèle.

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