Fraude dans les trains : pas de cadeau en région Provence Alpes-Côte d'Azur

Le train a de plus en plus de succès, rarement les TER n’ont autant fait le plein en particulier cet été. Mais parce que la fraude est devenu un peu le sport national dans en région Provence Alpes-Côte d'Azur, les contrôleurs ne sont pas tendres quitte même à être un peu zélés au goût de certains. Et ce sont les voyageurs de bonne foi qui en feraient les frais. Explications.

Ce vendredi-là dans le train Nice-Vintimille, bon nombre de touristes parmi les passagers. Et quelques locaux. La vue depuis les fenêtres est sûrement l’une des plus belles de la Côte d’Azur. L’ambiance est joyeuse.

Mais en gare de Menton-Carnolès, une dizaine de personnes envahissent le train. Certains portent une chasuble violette. Voici les contrôleurs "new look" de la SNCF, des EMI comme les nomme la SNCF, Equipe mobile d’intervention.

Apparues avant le COVID, ces nouvelles unités sont là pour contrôler les billets. Et les amendes vont très vite pleuvoir, 50  pour le passager qui n’est pas en possession d’un titre sans distinction.

"Sans discernement", raconte cette voyageuse encore tout émue. Elle n’a pas pris de billet pour sa petite fille de 5 ans, de bonne foi, car elle vient juste de franchir le cap à partir duquel sa progéniture doit s’acquitter d’un titre.

100 € par jour

Un peu plus loin, ce sont deux touristes étrangers qui n’ont pas réussi à acheter leur billet sur les machines en gare de Cap d’Ail. Résultat 100 €. L’amende est salée.

Pourtant, une pancarte à bord du train rappelle que si le passager se présente spontanément aux agents en charge du contrôle, il devra payer 10 €, en dessous de 50 km. Une pancarte aux couleurs de la SNCF. Sauf que dans le cas présent, le dispositif n’est pas respecté, on ne laisse aucune chance au client. Un cas qui serait loin d’être isolé.

Ce que confirme ce contrôleur de la SNCF qui préfère rester discret : "ils profitent des touristes étrangers pour faire du chiffre, c’est choquant !"

Une chose que notre rédaction a pu constater de visu.

"On demande aux gens d’acheter des titres aux machines, ajoute ce cheminot, mais bien souvent elles ne fonctionnent pas, la plupart n’acceptent pas d’autres moyens de paiement que l'argent liquide, pas les billets ni les cartes bancaires".

Il faut dire que la fraude est le fléau majeur dans la région PACA. Selon nos estimations 20 % des passagers ne seraient pas régulièrement en possession d’un billet à bord des trains, un chiffre qui grimpe parfois à 50 % à certaines heures selon des sources syndicales de la SNCF.

Reste que le système visant à lutter contre la fraude est pernicieux.

Plus à bord

Pour bien comprendre les choses, il faut intégrer le fait que désormais il n’existe plus de contrôleurs à bord des trains. Seul un cheminot est à bord, le conducteur. D’où le recours à des équipes mobiles pour contrôler les billets de façon aléatoire, appuyées le plus souvent par la police ferroviaire pour éviter toute agression face à des usagers récalcitrants ou faisant montre d’agressivité.

Là où le système est pernicieux c’est que les équipages des EMI touchent selon nos informations, 10% du prix des procès-verbaux dressés.

Selon une source de la SNCF qui préfère garder l’anonymat, c’est jusqu’à 100 € dans la poche du verbalisateur chaque jour. D’où un certain zèle dont les touristes en particulier font les frais.

Une situation confirmée quand on appelle le service client de la SNCF Paca :

On a beaucoup de témoignages à ce propos, des voyageurs souvent de toute bonne foi qui n’ont pas réussi à acheter un billet et qui parlent de ces brigades. C’est vrai qu’elles ne sont pas toujours très compréhensives reconnaît ce chargé de clientèle. On incite les clients à faire une réclamation !

selon la SNCF.

La chose est donc connue. Mais qu’en dit la région Paca qui est en charge des trains et de la politique de verbalisation ?

Personne n’a eu le temps de répondre à ces interrogations malgré nos sollicitations. Peut-être le sujet dérange-t-il ?

Reste que la politique menée à la fois par les régions et la SNCF en matière de sanctions n'est pas du tout du goût du défenseur des droits saisi par la question. Dans son rapport 2021, le défenseur demande à l’entreprise ferroviaire "de porter clairement à la connaissance des voyageurs les barèmes de régularisation lors de la montée dans un train au départ."

Et d’insister sur la nécessité de "modifier les modalités de régularisation des voyageurs empruntant des trains au départ d’un PANG, points d'accès non gérés (là où il n'y pas de guichets), les modalités actuelles apparaissant constitutives d’une inégalité de traitement des usagers."

Et de façon plus générale, il est demandé à la SNCF 

d’abandonner l’application du barème contrôle dans les trains sans accompagnement commercial systématique.

le défenseur des droits.

Le défenseur des droits martèle "que la verbalisation ne doit intervenir qu’à raison d’un défaut de présentation spontanée du voyageur, ou en cas de fraude avérée".

Selon nos informations, les saisines du défenseur des droits notamment sur la difficulté d'acheter un billet seraient en hausse sensible.

Ce à quoi la SNCF a dit qu’elle allait revoir sa copie. L'entreprise ferroviaire qui, sollicitée, n'a pas répondu à nos demandes d'interviews.

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