Vallée de la Vésubie : le combat d'un champion de dressage qualifié pour les JO de Tokyo, sinistré de la tempête Alex

Alexandre Ayache, champion de dressage, est installé à Lantosque dans les Alpes-Maritimes. Depuis les intempéries d'octobre dernier, il se bat pour garantir sa participation aux JO de Tokyo cet été et surtout pour sauver son élevage de chevaux. Ce samedi, des bénévoles vont venir le soutenir.

Monté sur Vertigo, un jeune phénomène comme il aime le dire, Alexandre Ayache nous réponds sans hésiter. Qu'il soit à cheval comme c'est encore quelques heures par jour ou les mains dans le ciment, il a la rage. Celle de gagner des titres et des compétitions de dressage s'est éloignée en octobre dernier.

Celle de sauver "20 ans de travail, de passion, mon entreprise, ma passion", est elle plus forte que jamais.

A 39 ans, ce champion de dressage, se bat à Lantosque dans les Alpes-Maritimes pour reconstruire son élevage de chevaux et participer aux Jeux olympiques de Tokyo.

Réserviste aux JO 2016 de Rio, qualifié pour ceux de Tokyo qui doivent se tenir du 23 juillet au 8 août prochain. Une participation à cette heure hypothéquée car depuis 4 mois, il est plus maçon que dresseur.

Lors des intempéries, les installations de son écurie ont été en partie détruites. 

J'ai perdu 10 box ce jour là et depuis 12 autres sont en train de s'effondrer... Le sol s'écroule sous les installations... Heureusement, nos chevaux sont sains et saufs mais ils sont effrayés par le bruit, le chantier, le bazar des travaux actuels !

Vingt ans d'investissement envolés

Alexandre et sa femme Grete Püvi, multiple championne estonienne, sont installés depuis 17 ans dans la vallée. Leurs écuries comptent 30 box, en partie ravagés par le vent et le déluge d'eau de la tempête Alex, dont le passage a fait 10 morts et 8 disparus le 2 octobre. "Nous ne pouvons pas nous plaindre, nous n'avons pas perdu de vie dans nos proches..."

Le soir des intempéries, une de ses écuries, bâtie au croisement de deux vallons normalement totalement à sec, a basculé dans un ravin. Le vent a emporté la toiture,
l'eau failli noyer un employé. 

Je suis à 80% de mon temps sur le chantier de reconstruction en ce moment, je n'ai le temps de rien... Ma fille de 5 ans me demandait encore hier de passer du temps avec elle... Je prends une leçon de vie comme jamais...

A Lantosque , le couple vit de la vente de chevaux.  Les tarifs s'envolent quand leurs protégés sont victorieux. Avec le Covid-19, le confinement et l'absence de concours, leur chiffre d'affaires a baissé de 25 à 30%. La tempête a été un coup de massue supplémentaire. "C'est 95 % de mon chiffre d'affaires qui s'est envolé", avoue Alexandre. Quatre employés sont aussi touchés.

La facture des dégâts, déjà 630.000 euros, ne cesse de s'allonger. Concrètement, il faut raser, terrasser et reconstruire les écuries.  Dans son village de 1.400 habitants, une vingtaine de foyers ont été évacués, deux maisons englouties, deux stations d'épuration détruites.

"Nous ne sommes pas les plus à plaindre dans la Vésubie... . Une ancienne cliente, qui avait ouvert une petite écurie à cinq kilomètres, a tout perdu, par exemple. Nous ne faisons pas partie des plus à plaindre, mais nous nous en serions honnêtement bien passé. "

Ne pas lui parler des assurances

Le plus dur 4 mois après les intempéries, c'est selon lui de se faire "prendre pour un idiot par les assurances". "L'argent de l'assurance est parti dans la reconstruction, mais ils n'ont pas tout remboursé", calcule Alexandre. Les dossiers trainent, il manque toujours un élément "et moi je suis censé monter pour mon premier concours de la saison la semaine prochaine au Mans".

Sur une saison normale, hors crise sanitaire, il l'avoue, il aurait décalé sa reprise. Mais avec "Zo What", son cheval de tête, vice-champion de France, Alexandre Ayache ne s'est "jamais senti aussi légitime" pour concourir. Comme cette année "on ne sait pas où on va, c'est difficile décaler... Les JO c'est demain !"

A 39 ans, il a encore le temps: le dressage équestre voit s'affronter les sportifs les plus âgés de l'olympisme, avec le tir. Ils sont jugés sur l'allure et la stabilité du couple cheval-cavalier. Mais les JO " ce n'est pas pour la gloire et les strass, c'est mon métier".

Reportage en janvier 2020, lors de sa préparation aux JO initialement prévus du 24 juillet au 9 août dernier :

Le maire de sa commune, 75 ans, qui salue sa réussite, croise les doigts pour Tokyo : 

C'est le travail d'une vie qui a basculé mais je suis persuadé que tout va s'arranger. C'est une vraie leçon de courage,

Jean Thaon, maire de Lantosque.

"Comment je vais leur dire merci ?"

"C'est dur, super dur que des bénévoles vont venir, alors que certains sont eux mêmes aussi en galère..." Alexandre en est déjà gêné. Ce samedi, Wilfried et d'autres bénévoles, habités aux chantiers de reconstruction vont venir l'aider dans le cadre des "week-ends solidaires". 

Nous interviendrons avec des conducteurs d'engins et une équipe pour tronçonner. Ses écuries sont fortement touchées et il a besoin d'un gros soutien,

Wilfrid Bricourt, bénévole

Ils seront 50 à venir remettre en état un chemin d’accès et des paddocks. Alexandre a du mal à en parler; " les mots me manquent... Les assurances trainent, les officiels aussi et là, des bénévoles, des anomymes vont venir chez nous ? "L'association Hervé Gourdel" nous a aussi beaucoup aidé.

Pour Aline Viguier-Le Griel présidente de "l'association Hervé Gourdel" les actions et la solidarité sont aujourd'hui primordiales : "depuis la création de notre association on tend la main aux autres. On se demande comment aurait réagi Hervé, qu’aurait-il fait ? Alors nos actions se nourrissent des valeurs qu’il défendait et que nous partageons… La tolérance, la communication, l’entraide, la solidarité et l’éducation."

Alexandre l'avoue, lui qui est un compétiteur, un cavalier habitué à confronter sa confiance en lui à celle des autres, s'interroge : "j'ai pris des coups, mais quand je vois ces personnes, je me demande si moi je serai capable de le faire ?"

Cet élan de solidarité sera peut-être pour le cavalier l'élan qui lui manquait pour se lancer dans l'aventure olympique.