"C'est un premier pas". Allocation pour les victimes d'abus sexuels dans l'Église : une victime niçoise présumée réagit

Les évêques de France réunis à Lourdes se sont prononcés en faveur du versement d'une somme forfaitaire pour les victimes de prêtres pédophiles. Sébastien Liautaud, une victime présumée d'un prélat niçois, salue un "premier pas", mais dénonce une forme d'indifférence de la part du diocèse de Nice.
Le montant précis des allocations versées aux victimes et les modalités de financements restent à déterminer.
Le montant précis des allocations versées aux victimes et les modalités de financements restent à déterminer. © LAURENT DARD / MAXPPP
Les évêques de France ont voté, samedi 9 novembre, à Lourdes (Hautes-Pyrénées) l'allocation d'une somme forfaitaire à chaque victime d'actes pédophiles au sein de l'Eglise. 

"Par ce dispositif, les évêques souhaitent manifester clairement et concrètement aux personnes qui leur ont révélé des actes de certains prêtres ou diacres qu'ils reconnaissent comme victimes non seulement de l'atteinte ou de l'agression subie, mais aussi du silence, de la négligence, de l'indifférence, de l'absence de relation ou de mauvaise décision ou de dysfonctionnement au sein de l'Eglise", a expliqué Monseigneur Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France, lors d'une conférence de presse.

Un "premier pas", selon Sébastien Liautaud. Ce Niçois a porté plainte contre l'ancien aumônier de jeunesse de Nice, Jean-Marc Schoepff, visé par dix procédures en justice. Le prêtre est mis en examen pour agression sexuelle sur mineurs de moins de 15 ans.

Une "prise de conscience"... inaboutie

"Jusqu'à présent, le dialogue entre l'Eglise et les victimes était compliqué", témoigne le trentenaire. "Les évêques priaient pour nous quand ils savaient qu'on avait été victime... Mais, dans le même temps, ils déplaçaient les prêtres", rappelle-t-il, faisant référence à un système destiné à éviter de remettre les agresseurs présumés entre les mains de la justice.

Pour autant, Sébastien Liautaud regrette le terme d'"allocation", employé par la conférence des évêques : "Une indemnisaiton aurait l'expression adéquate. On parle de réparation, de victimes. Cela fait très bureaucratique, estime-t-il. Ils avouent avoir commis des fautes mais n'assument pas jusqu'au bout."

Le jeune homme remarque en outre que cette "prise de conscience" n'est pas partagée par tous au sein de l'Eglise, tout particulièrement à Nice : "Il faut que le diocèse considère notre souffrance à nous, les victimes de Jean-Marc Schoeffs."

Le diocèse de Nice se défend

L'évêque de Nice n'aurait pas tenu ses engagements, selon Sébastien Liautaud. Mgr André Marceau lui aurait notamment assuré que le diocèse se constiturait partie civile, façon de s'engager eux côtés des victimes pour demander la condamnation de l'agresseur présumé. Une promesse laissée lettre morte.

Le prélat a réagi à ces accusations par voie de communiqué : "Seule la recherche de la vérité m'anime." Jean-Marc Schoepff avait été immédiatement suspendu de ses fonctions de curé, après sa mise en examen en mai 2018, a tenu à souligner l'évêque. 

Mais s'agissant de la constitution du diocèse comme partie civile, Mgr André Marceau a botté en touche : "À ce stade de la procédure, elle relève plus de questions juridiques que factuelles", a-t-il expliqué... Sans promettre de se tenir aux côtés des victimes en cas de procès.
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