Coronavirus : une enquête scientifique menée par un niçois recommande des tests olfactifs pour détecter le Covid-19

Près de 600 scientifiques du monde entier ont lancé mi-avril une enquête sur la perte du goût et de l’odorat chez les malades du Covid-19. Après plus de 36 000 réponses, ils recommandent au gouvernement d’exploiter la perte de l'odorat dans la détection du Covid-19.

Facile à utiliser et peu couteux, le test olfactif pourrait aider au triage des cas positifs au Covid-19, préalablement à un test virologique (prélèvement par voie nasale).
Facile à utiliser et peu couteux, le test olfactif pourrait aider au triage des cas positifs au Covid-19, préalablement à un test virologique (prélèvement par voie nasale). © Jérôme Golebiowski

Pourquoi certains patients atteints par le Covid-19 perdent-ils le goût et l’odorat ? Est-ce un signe avant-coureur de la maladie ? Cette perte des sens se manifeste-t-elle de la même façon chez un patient français, allemand, américain ou chinois ? C’est pour répondre à ce questionnement qu’un consortium mondial de près de 600 chercheuses et chercheurs, originaires d’une cinquantaine de pays, a lancé une vaste enquête mondiale. 

L’étude est fondée sur un questionnaire à destination des malades ou anciens malades du Covid-19, qui ont connu une perte du goût et/ou de l'odorat. Si vous êtes concernés, vous pouvez toujours répondre à ce questionnaire en une quinzaine de minutes.

Extrait du questionnaire en ligne.
Extrait du questionnaire en ligne. © Consortium mondial pour la recherche chémosensorielle.

Perte d'odorat = Covid

Avec près de 36 000 réponses au questionnaire à travers le monde, les scientifiques ont pu notamment déterminer que la perte du goût et de l’odorat était un des signes précurseurs du Covid-19.

Nous suggérons donc au gouvernement de s’intéresser à ces nouveaux marqueurs dans la détection des cas de Covid-19, notamment à la perte de l’odorat, qui est très facile à détecter - Jérôme Golebiowski, professeur à l'Institut de chimie de Nice qui coordonne l’enquête. 

Les scientifiques estiment qu’en cas de forme modérée du Covid, jusqu’à 60% des individus perdent le goût et l’odorat. Il n’y a pas d’estimation concernant les formes graves de Covid, l’attention étant portée ailleurs dans ces cas-là.

 

Non invasif, pas cher et facile à mettre en place

Jérôme Golebiowski a monté un consortium de recherche pour mettre au point un test de diagnostic rapide de la perte de l’olfaction, en collaboration avec l’entreprise Carestia, spécialisée dans l’impression de papier odorisé. « L’idée c’est d’avoir une bande de papier, du même type que celle pour tester un parfum, pré-imprimée avec une odeur, que le médecin pourra faire sentir à ses patients pour savoir s’ils ont perdu l’odorat », détaille le professeur niçois. 

Ce petit test très rapide, pas cher et jetable pourrait être utilisé pour un triage rapide si le virus revenait. Il ne se substituait en aucun cas au test virologique, mais pourrait être un préalable.

Le consortium scientifique travaille avec une école de commerce afin de diffuser ces tests dans des pays d’Afrique à faible PIB, qui n’auraient pas les moyens de pratiquer des tests sanguins. « Nous avons déjà reçu un financement de 15 000 € de la part de l’Université Côte-d’Azur, et nous avons fait une demande de 150 000 € à l’agence nationale de recherche », explique Jérôme Golebiowski.

Selon les estimations, près de 60 % des malades atteints par une forme mineur de Covid-19 auraient perdu le goût et l'odorat.
Selon les estimations, près de 60 % des malades atteints par une forme mineur de Covid-19 auraient perdu le goût et l'odorat. © Pixabay

Les conséquences de l’agueusie et de l’anosmie 


Les scientifiques savent que certaines infections virales comme la grippe ou le rhume peuvent causer une agueusie, c’est-à-dire la perte du goût, ou une anosmie, c’est-à-dire la perte d’odorat.

Cela peut entraîner différents risques qu’il ne faut pas négliger, alerte Jérôme Golebiowski.

« La perte du goût peut entraîner une difficulté à s’alimenter. La perte de l’odorat pose des questions de sécurité au quotidien, dans la détection de dangers comme une fuite de gaz ou une poêle qui brûle. L’incapacité d’évaluer sa propre odeur peut également être anxiogène. »

Dans 20 % des cas, les personnes anosmiques sur le long terme développent des syndromes de dépression. « On ne s’en rend pas toujours compte, mais la perception des odeurs apporte beaucoup à notre quotidien », détaille le chercheur à l'université Côte-d'Azur, qui travaille sur les mécanismes de l’olfaction depuis plus de dix ans.

Dans le cas du Covid-19, la perte du goût et de l’odorat ne dure généralement pas plus de 15 jours après la rémission. Dans de rares cas cependant, elle peut durer plusieurs mois. 

« Au bout du deuxième jour, j’ai commencé à avoir une perte de goût et de l’odorat, qui sont arrivées simultanément », témoigne ce jeune soignant de l'hôpital Foch de Suresnes le 3 avril sur FranceInfo.

Les objectifs de l’enquête 


Grâce aux réponses du questionnaire, les scientifiques ont pu comparer la fréquence et la nature de la perte du goût et de l’odorat chez les malades selon leur pays. L’enquête a également pour but de comparer l’agueusie et l’anosmie liées au Covid-19, avec les cas liés à la grippe et au rhume.  

Dans un autre projet, Jérôme Golebiowski s’intéresse aux répercussions psychologiques de l’agueusie et de l’anosmie, et de leurs conséquences sur la vie quotidienne. Les réponses au questionnaire l'aident dans ses recherches

Le questionnaire nous permet de répertorier, pour celles qui donnent leur accord, les personnes qui présentent ces symptômes. On pourrait par la suite leur proposer des kits de stimulation olfactive, pour les aider à retrouver l’odorat plus rapidement. 


>> Pour comprendre le mécanisme physiologique de l’olfaction, regardez les explications détaillées de Jérôme Golebiowski, sur la base de son travail à l'Université Côte-d'Azur : 

Au lancement de l'enquête mi-avril, le consortium de chercheuses et chercheurs estimait qu’il lui faudrait récolter quelques centaines de réponses par pays pour pouvoir établir des statistiques solides.

« C’est la force d’une enquête mondiale.  Par pays, ça ne fait pas beaucoup, mais déployé à l’échelle de 50 pays ça permet une analyse robuste », commente Jérôme Golebiowski. 

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus santé société recherche sciences alimentation
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter