Déconfinement : le coup de canon de midi à Nice revient, après deux mois de silence inédit

Le coup de canon sur la colline du Château à Nice : une tradition qui date de 1861, remplacée depuis par une bombe d'artificier. / © Archives municipales / Jean-Paul Potron
Le coup de canon sur la colline du Château à Nice : une tradition qui date de 1861, remplacée depuis par une bombe d'artificier. / © Archives municipales / Jean-Paul Potron

Il règle la vie des Niçois depuis 1863 : jamais le canon de midi n'avait été réduit au silence aussi longtemps. Ce lundi 11 mai, la fameuse explosion, qui fait sursauter les étrangers, revient avec fracas.

Par Daniel Gerner

Depuis deux mois, les SMS et les coups de fil pleuvent. Philippe Arnello a la pression : "ce n'est pas aujourd'hui qu'il faut que je me loupe !" sourit-il. Ce lundi 11 mai, c'est la reprise. Et pour Philippe Arnello, cela a une saveur toute particulière : c'est lui qui donne à nouveau le coup de canon de midi, tradition fameuse pour les Niçois.

Peu de risques, d'ailleurs, qu'il se "loupe", comme il le dit : depuis 1992, lui et ses collègues artificiers n'ont que rarement raté le rendez-vous du coup de canon. Midi tapante, c'est en fait une bombe qui explose en l'air. Les touristes, cherchant vainement un canon, en sont toujours pour leurs frais.

Moi, je n'étais pas content que ça s'arrête, je trouve que ça n'a rien à voir avec le confinement. - Philippe Arnello


"Mais c'est vrai que comme les parcs étaient fermés, on ne pouvait pas vraiment me laisser me balader tout seul, sur la colline du Château, pour allumer des pétards !" Ce qui est sûr, c'est que lui ça ne l'aurait pas dérangé de poursuivre le rituel, confinement ou pas !
 
Pour ce premier tir, qui a failli être noyé par la pluie, c'est Kelly, la fille de Philippe Arnello qui a eu l'honneur d'allumer la mèche. Et tout s'est passé à merveille, pour ce retour de la tradition.

Une tradition qui date, selon la légende, des années 1861 à 1866, période à laquelle un lord écossais excentrique, Sir Thomas Coventry-More, décida qu'il fallait absolument inculquer la ponctualité à son épouse. Celle-ci avait tendance à profiter un peu trop longtemps de sa promenade matinale et des bavardages du Cours Saleya. Avec le fameux coup de canon, même la plus distraite des épouses savait qu'il était temps de rentrer.
 


Le premier coup de canon remonterait au 21 décembre 1863. Par la suite, un arrêté municipal inscrivit définitivement cette tradition dans l'ADN niçois. C'était en 1885. Depuis il ne s'est jamais tu, à une exception près : la période de l'occupation, de 1943 à 1945. Et depuis quelques années les 14 juillet.

Ce jour-là reste désormais silencieux, par respect pour la mémoire des victimes de l'attentat de 2016 sur la Promenade des Anglais. Un silence aussi long du canon de midi avait donc quelque chose de hautement symbolique : il matérialisait la pause imposée à la ville. Deux mois de confinement et d'une vie comme arrêtée, mise sous cloche.

Avec le coup de canon de midi de ce lundi 11 mai, c'est le réveil de Nice tout entière qui sera sonné.
 

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