Des "Architectes de l'Urgence" prêts à intervenir en cas de catastrophe naturelle en Provence Alpes-Côte d'Azur

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Le 3 décembre dernier, la fondation Architectes de l’Urgence et le Conseil Régional de l’Ordre des Architectes PACA ont bouclé la formation d’une trentaine de professionnels. Ils veulent constituer une force de réponse en cas de catastrophe naturelle dans la région. Une première en France.

Après trois jours de formation qui ont débuté à Nice pour s'achever à Saint-Martin-Vésubie, ce 3 décembre 2021, la première délégation des "Architectes de l'Urgence" est opérationnelle. 

Plus d'un an après le passage de la tempête Alex, au cours de laquelle la fondation et le Conseil Régional de l’Ordre des Architectes PACA ont joint leurs efforts pour intervenir sur place, les deux entités ont mis une première pierre à un projet commun. 

La tempête Alex est encore dans toutes les têtes. Parmi les initiatives qui ont germées depuis, celle des "Architectes de l’Urgence", qui célèbre cette année ses 20 ans, a permis avec le Conseil Régional de l'Ordre des Architectes PACA, de créer la première délégation régionale en France.

Pour Arnaud Réaux, architecte azuréen et vice-président de l'Ordre, tout a débuté "quand on a eu la tempête Alex en octobre 2020 se rappelle-t-il, j’ai proposé à l’Ordre que l’on lance un appel à volontaires. En parallèle, on a contacté la DDTM (la Direction départementale des territoires et de la mer, ndlr), qui nous a dit qu’elle serait intéressée par l’expertise des architectes dans le cadre d’une cellule qu’ils étaient en train de créer, appelée la Cellule Bâtimentaire". 

Formation accélérée

En moins de 3 jours, plus de 70 architectes répondent à cet appel : 23 reçoivent une formation accélérée de la Fondation des "Architectes de l’Urgence", 7 autres seront envoyés par l'Ordre pour compléter la Cellule Bâtimentaire sur place, dans les vallées sinistrées.

La fondation, qui déploie habituellement à l'étranger des professionnels suite à des catastrophes naturelles, tels que les séismes en Haïti, au Népal, est rompue à ce type de théâtre des opérations.

Il faut être préparé psychologiquement face à des sinistrés qui ont perdu beaucoup

Arnaud Réaux, vice-président de l'Ordre des architectes

Ainsi, suite au séisme en Haïti, l'école de Savanette (sur la photo), puis 3 écoles sur Port-au-Prince ont revu le jour :

Sur le plan logistique, cette trentaine d'experts, n’est alors pas préparée. Arnaud Réaux contacte la fondation qui dépêche sur place une équipe pour former ce groupe de volontaires.

"Nous avons pris 24 heures avec ces architectes qui avaient répondu à l’appel, nous avons fait une formation éclair sur les pathologies et l’approche psychologique. 

Le lendemain nous étions à la cellule de la DDTM pour embarquer à bord des véhicules de pompiers pour prendre la route sur les pistes qu’ils étaient en train de rouvrir et aller sur le terrain et faire les premières constatations

Arnaud Réaux.

Le point zéro

Arrivés d'abord à Saint-Martin-Vésubie, Arnaud Réaux et ces architectes découvrent l'ampleur de la tâche qui "consistait à réaliser le premier relevé d’expertise et l’état des lieux dans les 3 vallées qui ont été touchées."

Pendant plusieurs jours, ils logent dans un gymnase sans eau chaude ou chauffage. 

"Cela a permis de faire notre relevé bâtimentaire pendant quatre jours et d’avoir la totalité de l’état des lieux de ce qui s’était passé sur l’ensemble des trois vallées. Cette cartographie et ces relevés de données permettent d’identifier chaque bâtiment d’après un code couleur : noir, rouge, jaune et vert. L‘Ordre qui est une délégation de service public, a un rôle social et politique à jouer dans ce genre de thématique qui sont liées au dérèglement climatique."  explique le jeune architecte azuréen.

Sur place, il y a avait une sorte de convivialité et de solidarité qui était assez étonnante.

Arnaud Réaux

Quelque 2000 bâtiments vont ainsi être référencés.

En bon ordre

Après cette cartographie dans les vallées, l'idée de mettre en place un groupe d'experts capable d'intervenir rapidement dans la région se précise. 

"Mettre en place une organisation et faire monter en compétence les architectes sur les sujets, à la fois de la gestion de crise, mais aussi de la reconstruction résiliente" est un enjeu pour Arnaud Réault.

Surtout au vu du nombre de risques majeurs en PACA : tremblement de terre, incendie, vagues submersives ou inondations.

La fondation des Architectes de l’Urgence est à nouveau contactée pour mettre en place ces derniers mois, avec l'Ordre, un cycle de formation et relayer la démarche aux quelque 2850 architectes de la région. 

20 ans d’urgence

« Notre motivation est de venir en aide aux populations, en cas de catastrophe naturelle, sans limitation géographique » précise Patrick Coulombel, l'un des co-fondateurs des "Architectes de l'Urgence". 

Cette fondation dont il est le porte-parole est notamment intervenue en Haïti ou au Népal, suite à des séismes ou à des inondations. Comme à Madagascar, en Iran, en Indonésie...

La liste des opérations menées à l'étranger est longue pour les "Architectes de l'Urgence" qui sont aussi intervenus dans une trentaine de pays.

En France, c'est notamment l'année de leur création, en 2001, qu'ils se mobilisent à Toulouse suite aux destructions causées par l'usine AZF.

Ils interviendront la même année à Blendecques, commune inondée du Pas-de-Calais, ou l'année d'après dans le Gard après des pluies diluviennes.

Cette 20e année de la fondation mobilise Patrick Coulombel notamment autour de ces nouvelles délégations vouées au territoire national. "Nous commençons à créer des antennes dans des régions qui présentent des risques naturels. Il faut former des professionnels à une typologie de risques particuliers. des gens qui soient prêts à intervenir."

En janvier 2022, à Marseille, 30 nouveaux architectes de la région seront formés, un objectif à renouveler pour Arnaud Réaux, afin de permettre à la délégation d'effectuer des roulements pour d'éventuelles prochaines missions, voire des déploiements à l'étranger.