La LGV PACA renvoyée après 2030... peut-être !

Philippe Duron a remis son rapport cet après-midi
Philippe Duron a remis son rapport cet après-midi

Le gouvernement tire un trait sur le tout TGV et les politiques de transports pharaoniques, avec la remise jeudi du rapport de la commission Mobilité 21. Il met l'accent sur une priorité : l'entretien du réseau existant. La LGV PACA est renvoyée après 2030. Les élus de la région sont en colère.

Par Olivier Le Creurer

Le rapport abandonne le tout TGV et les grands projets d'autoroutes auxquels la France s'était habituée (quatre lignes à grande vitesse sont actuellement en construction). Il met l'accent sur une priorité : l'entretien du réseau existant. Ce réseau (routes, rail et ports), jugé "de haute tenue" par la commission, se dégrade depuis plusieurs années. Le rapport propose de mettre 25 à 30 milliards d'euros sur la table d'ici à 2030, quoi qu'il arrive, pour assurer sa régénération.


Une philosophie, deux scenarii

Une fois cet entretien garanti, la commission esquisse deux scenarii. Le premier ne prévoit pas de financement nouveau pour l'Agence de financement des infrastructures de transports de France (AFITF) . Entre huit et 10 milliards d'euros seraient alors investis pour financer un nombre réduit de grands projets. Parmi eux, de nombreux chantiers "ingrats mais nécessaires", explique Philippe
Duron. La commission recommande d'investir dans de grands  noeuds ferroviaires", destinés à désengorger de nombreuses gares, comme celle de Lyon et celle de Saint-Lazare à Paris, la Part-Dieu à Lyon ou Saint-Charles à Marseille.
La route et le fluvial font également partie des priorités avec notamment un passage à deux fois deux voies de la route Centre Europe Atlantique entre la Saône-et-Loire et l'Allier, ou l'amélioration de la desserte entre certains grands ports et leur "hinterland", la zone alentour.

Un second scenario plus "ambitieux"

Le second scenario, "plus ambitieux", affecte entre 28 et 30 milliards d'euros aux grands projets à l'horizon 2030. Il implique un investissement supplémentaire de l'Etat dans le budget de l'AFITF, à hauteur de 400 millions d'euros par an.
D'autres grands projets supplémentaires pourraient alors être financés. La ligne à grande vitesse (LGV) Bordeaux-Toulouse serait lancée avant 2030. Les autres LGV sont renvoyées après 2030, sans être condamnées : la commission préconise une révision de ses priorités tous les cinq ans en fonction des marges budgétaires.

"Discours de vérité"

"Le problème, c'est qu'on a laissé croire que le TGV était l'horizon indépassable du transport ferroviaire. Ce n'est pas le projet de prestige qui est le plus utile pour la population. C'est plutôt le projet qui permet de se rendre plus rapidement au travail ou au lycée chaque jour", estime Philippe Duron.


Le rapport doit être présenté en juillet devant les commissions parlementaires de l'Assemblée nationale et du Sénat. Le sort qui lui est donné devrait être connu dès le 9 juillet. A cette date, Jean-Marc Ayrault doit préciser son plan en faveur des investissements d'avenir. Il doit concerner le numérique, la transition énergétique, la santé et les grandes infrastructures.

L'avenir de la LGV PACA:

La commission ne place pas au même niveau de priorité le noeud marseillais et le noeud niçois. Le premier est prioritaire quelque soit les scenarii. 
Elle admet quand même que les avis divergeaient entre les membres.

"Certains commissaires ont considéré qu’au regard des dysfonctionnements que subissent au quotidien les voyageurs, il importait que le nœud niçois soit traité dans les mêmes priorités que le nœud marseillais."


Finalement seul le scenario 2 (le plus cher) l'envisage.

Les réactions: 

Patrick Allemand, 1er Vice-président de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur et conseil municipal Nice: "Je ne peux que faire part de ma déception et de ma colère en apprenant que la commission mobilité 21, n’a pu retenir parmi les priorités nationales l’intégralité du projet de nouvelle ligne ferroviaire entre le désenclavement de Nice par la grande vitesse, après avoir été sacrifié dans les années 90 par une droite incapable de mettre d’accord sur un tracé se trouve une génération plus tard, retardé à nouveau par la crise des finances publiques, héritée d’une droite sarkozyste qui a creusé le déficit de 600 milliards supplémentaires. Néanmoins s’agissant uniquement du rapport d’une commission, la décision finale relevant de l’arbitrage du Premier Ministre, je vais écrire à Jean-Marc AYRAULT en insistant sur certains arguments, plaidant en faveur de ce projet important pour Nice."

Eric Ciotti, président du Conseil général et 
Christian Estrosi, député-maire de Nice:  
"Nous constatons que Marseille et les Bouches-du-Rhône sont à nouveau servis dans les priorités d’infrastructure de transport au détriment de Nice et des Alpes Maritimes.  A ce jour, le Conseil général des Alpes-Maritimes et la Métropole ont engagé plusieurs millions d’euros pour les frais d’études de faisabilités. Bien sûr, nous ne contribuerons pas à la suite des études préalables et d’enquête publique et demandons le remboursement intégral des sommes engagées. Nous n’accepterons pas que l’argent du contribuable azuréen profite au seul aménagement de la gare Saint-Charles à Marseille au lieu de bâtir la section Nice – Le Muy.

 


Le rapport  complet de la commission Mobilité 21:


DMCloud:82263
Report LGV PACA
Reportage : Hélène Maman, Didier Beaumont, Johann Gross



Ce que dit le rapport sur la LGV PACA

"La réalisation d’une ligne nouvelle entre Marseille, Toulon et Nice doit permettre de constituer un système ferroviaire performant pour la région PACA, en reliant ces trois principales métropoles (3ème, 10ème  et 5ème agglomérations françaises). Elle facilitera les déplacements à l’intérieur de la région en haussant la qualité de l’offre de services ferroviaires. 

Elle  contribuera à ouvrir la région Provence – Alpes – Côte d’Azur sur les autres régions françaises, et à désenclaver l’est de la région en le reliant au réseau français à grande vitesse et plus généralement à l’arc méditerranéen Barcelone – Marseille – Gênes. D’un linéaire total de 200 km de ligne nouvelle entre Marseille et Nice, et de 30 km entre Nice et la frontière italienne, le projet intègre le traitement des nœuds ferroviaires marseillais et niçois, dont la situation entrave d’ores et déjà le bon fonctionnement de nombreux services ferroviaires quotidiens et nationaux.
Au regard des éléments qu’elle a eus à disposition, la commission a constaté une évolution du projet dit de la LGV PACA vers un projet dit de ligne nouvelle, qui peut être séquencé.

Elle identifie deux niveaux de priorités, dont le premier porte sur le traitement des nœuds marseillais et niçois. Ces deux derniers n’ont toutefois pas la même portée pour le fonctionnement du réseau ferré national. Le nœud marseillais est l’un des trois grands secteurs ferroviaires dont les contraintes pèsent sur la bonne structuration des circulations de niveau national. La restructuration de son faisceau d’accès est une priorité au même titre que celle du nœud lyonnais. Le secteur niçois subit aussi de fortes contraintes qui pénalisent les services ferroviaires, mais sans peser autant sur la capacité du réseau national.

Au sein de la commission des avis divergents se sont exprimés sur l’urgence du traitement du nœud niçois. Certains commissaires ont considéré qu’au regard des dysfonctionnements que subissent au quotidien les voyageurs, il importait que le nœud niçois soit traité dans les mêmes priorités que le nœud marseillais.

Après en avoir longuement débattu, la commission estime majoritairement qu’il convient de distinguer le traitement des nœuds selon les scénarios financiers envisagés et leur niveau d’influence nationale. Dans le cadre du scénario n°1, la  commission classe la résorption du nœud marseillais dans les premières priorités et celle du nœud niçois dans les secondes priorités avec le reste du projet. Dans le scénario n°2, elle classe les deux nœuds de Marseille et Nice en premières priorités, le reste du projet devant intervenir postérieurement"

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