"Les usagers sont abandonnés, nous on se bat pour le service public" un conducteur de train explique son métier et la grève à la SNCF

Les jours de grève à la SNCF sont synonymes de galère pour les usagers qui ne savent pas forcément quels sont les enjeux de la mobilisation. Un conducteur de train a accepté de raconter son quotidien et son combat pour un service public de qualité.

On le sait, les mouvements sociaux chez les cheminots, sont souvent très suivis, très visibles et très impactants. Après tout, c'est l'objectif d'une grève d'être entendus, mais aussi d'être écoutés, et ça, ce n'est pas toujours le cas. 

Les salariés de la SNCF montent au créneau régulièrement pour défendre des acquis, des conditions de travail et un service public. 

Comme tous les services publics (police, hôpitaux) il y a de moins en moins d'humain et de moyen alors forcément, ça marche de moins en moins bien.

Yann Kolodziejczak, conducteur de TER à Nice

à France 3 Côte d'Azur

Yann Kolodziejczak est conducteur de train à Nice depuis 23 ans. Au départ, il a été séduit par ce métier pour les conditions de travail et la promesse d'une retraite à 50 ans. Entre-temps, les règles du jeu ont changé et les conditions de travail aussi. 

A l’époque, on s’occupait uniquement de la conduite, car il y avait des contrôleurs, des chefs de services, on n’était pas seul sur la ligne, en cas d’incident il y avait quelqu’un pour gérer la situation et faire le lien.

Yann Kolodziejczak

à France 3 Côte d'Azur

Au fil des années, ces postes ont été supprimés : "on est tout seul sur la ligne maintenant, il y a des brigades de contrôleurs, mais c’est de manière ponctuelle."

Les conducteurs de train font des journées continues, en service régulier simple (en journée), parfois le matin tôt ou la nuit (prise de service 3h ou fin de service 1h) et avec un certain nombre de découcher lorsque la fin de service se fait ailleurs qu'à la gare de prise de service.

On a 30% de journées facultatives, ce sont des jours où on est à disposition pour remplacer des collègues malades ou en congés, ça veut dire que l'on est prévenu du jour pour le lendemain, on ne sait pas où ni à quelle heure.

Yann Kolodziejczak, conducteur de train à Nice

à France 3 Côte d'Azur

Panne et violence

Il faut savoir qu'un conducteur est appelé le "mécanicien". Auparavant, du temps de la vapeur, le "chauffeur" n'était pas le conducteur, mais celui qui mettait le charbon et qui chauffait l'eau. Le mécanicien était celui qui conduisait. À présent, complètement seul à bord de son train, le conducteur doit faire face aux aléas :

Quand le train est en panne : si on est à quai, ça va, on peut ouvrir les portes, mais quand on est en pleine voie, c’est compliqué. On doit appeler la régulation, dépanner le train, gérer les voyageurs.

Yann Kolodziejczak conducteur de TER à Nice

à France 3 Côte d'Azur

Ça arrive plusieurs fois par mois, le conducteur peut être amené à régler un problème de frein, de suspension, de moteur : "il y a 4 moteurs, on peut être amené à en isoler un ou deux par exemple. La moitié des rames sont vieillissantes, l’autre a une dizaine d’années donc elles sont plus fiables, mais bourré d’électronique donc c’est d’autres pannes."

Côté sécurité, Yann Kolodziejczak, explique devoir faire face à des situations délicates : "quand ça frappe à notre porte, on conduit, on ne peut pas ouvrir, alors on ne sait pas ce qu'il se passe, on doit attendre le prochain arrêt, on prévient la SUGE (police du train) pour qu'ils interviennent, ça m'est arrivé, c'est angoissant."

Des anecdotes malheureuses, il en a plein : "Les usagers sont parfois tendus et s'emportent pour rien, un jour un collègue s'est fait agresser parce qu'il a demandé à un usager d'enlever son vélo de devant la porte de la cabine. La personne a sorti une arme blanche..."

Retards et désamour

Entre les commentaires sur les grévistes "toujours en grève ceux-là" et ceux sur les trains de la SNCF "toujours en retard". La cote de popularité de ce service n'est pas très bonne. 

"On comprend les usagers" explique Yann Kolodziejczak : "à Eze, par exemple, il y a souvent des rochers qui tombent, il y a un filet de protection qui se met en place, on est obligé de s’arrêter et donc ça met des retards, ça créé des tensions. C'est de pire en pire. En fonction de la cause du retard, ce n'est pas la même entité qui gère, chacun se renvoie la balle sur qui doit payer, qui doit dédommager. Il a des problèmes d'investissement financier, humains, ce sont des choix politiques, mais au final, c'est l'usager qui trinque."

La SNCF est une holding qui regroupe cinq sociétés. 

La région est l'autorité régulatrice concernant les TER (Train Express Régionaux) c'est elle qui fixe le cap à la SNCF, c'est une délégation de service public et à ce titre, elle finance la prestation. Les transports sont des sujets imminemment politiques et Renaud Muselier, président de la Région PACA n'y échappe pas. Selon le site de la SNCF, le réseau TER représente 40 millions d'usagers

Un métier qui n'attire plus

Selon, les calculs du syndicat (la CGT) Yann Kolodziejczak, en 2023 : "on a perdu 10% de l’effectif, à cause de démission, ou de demande de reclassement. Sur les 150 conducteurs de la Direction des Lignes Côte d'azur, on a 4 démissions et 11 reclassements faits ou en cours."

Les salariés se désintéressent du métier, à cause de la pénibilité, du manque de reconnaissance... Un conducteur de train débutant gagne environ 2200 euros net en comptant les primes (travail le dimanche, de nuit, découcher...), en fin de carrière le salaire peut atteindre 3000 euros. 

Yann Kolodziejczak, lui, continue le combat syndical : " on n'est pas utopiste, mais on veut continuer de négocier pour sauvegarder nos emplois et le service public. Quand il n'y aura plus que le privé, les gens se rendront compte, mais il sera trop tard". 

Les négociations avec la direction continuent, sans protocole de sortie de grève satisfaisant, la grève pourrait continuer.