"Nice, 18 degrés le 10 janvier" : quand le réchauffement climatique devient un argument publicitaire

Pas de neige ni de skieur sur les affiches de promotion de la Côte d'Azur, on y voit un couple en t-shirt et la température affichée, une campagne indécente pour les associations écologistes.

La douceur du climat de la Côte d'Azur est bien connue. Si la promenade des Anglais, à Nice, s'appelle ainsi, c'est bien parce que les Anglais venaient passer l'hiver, tels des oiseaux migrateurs, sur ce littoral accueillant. 

En revanche, en faire un argument marketing, l'année de la Cop 28, cela peut paraître maladroit. 

C'est pourtant l'objet de la campagne de promotion de l'office du Tourisme Métropolitain Nice Côte d'Azur qui s'affiche dans le métro parisien avec l'inscription : "Port de Nice 17°, 21 décembre" et un couple dégustant une salade verte, sur le port, habillés légèrement. Un autre, "Nice, 18 degrés le 10 janvier" et toujours une ambiance estivale :

Une campagne déplacée pour Greenpeace Nice

Si l'association admet que les températures sont douces à Nice, pour elle, ce n'est pas une raison pour vanter des températures au-dessus des normales de saison. 

Cette publicité sur les murs du métro parisien, nous semble très déplacée.

Philippe Spadotto Greenpeace Nice

à France 3 Côte d'Azur

Le représentant de Greenpeace Nice explique à la rédaction de France 3 Côte d'Azur : "le réchauffement climatique et les dérèglements associés nous place dans une situation de vulnérabilité accrue (désertification en particulier). La dernière année 2023 a enregistré un record de précipitations de - 49 % de la moyenne après une année 2022 elle-même très sèche. De plus, il est irresponsable d’inciter les Parisiens à se déplacer en masse en hiver, certainement par la voie des airs, en misant très cyniquement sur le slogan « Winter is the new Summer » quand on sait toute la responsabilité que l’avion peut avoir dans les émissions de gaz à effet de serre."

Le clip promotionnel à destination de la clientèle étrangère - Mis en ligne le 7 décembre 2023 :

Philippe Spadotto ajoute : "notre métropole est déjà soumise à un surtourisme l’été, l’encourager l’hiver, c’est aussi menacer nos ressources en eau et déclencher des conflits d’usage. Nous ne sommes malheureusement pas étonnés, car la métropole Nice Côte d'Azur ne respecte pas ses engagements du dernier plan climat-air-énergie territorial et encourage l’extension de l’aéroport, alors même que la cour administrative d’appel de Marseille a rendu un arrêt qui remet en cause cette extension."

Ce n'est pas la première fois que les associations épinglent des campagnes de promotions comme à propos des campagnes de publicité pour des voitures dites polluantes. 

Un climat plus chaud ? 

Selon une récente étude, 2023 a été l'année la plus chaude jamais enregistrée. Alors qu'en est-il concernant la Côte d'Azur ? Est-ce que le climat était aussi chaud du temps où la Riviera était une station d'hiver pour les riches étrangers ?

France 3 a demandé à Météo France de faire parler les statistiques. 

Pour bien comprendre, il faut connaître quelques termes météorologiques : les "normales de saison" par exemple, sont les températures auxquelles on peut s'attendre au vu des températures relevées les années précédentes sur une période de dix ans. Tous les dix ans, ces "normales" sont réévaluées et en l'occurrence à la hausse.

Elles sont tellement hautes à présent que tous les hivers entre 1942 et 1987 sont en dessous de ces normales de saison ! 

Les températures sont plus hautes. Ces derniers hivers, on observe qu'on a plus souvent des anomalies de températures positives (des pics de chaleur) que négatives. 

Pierre-Louis Quibel, prévisionniste conseil Météo France

explique à France 3 Côte d'Azur

Selon Pierre-Louis Quibel, prévisionniste à Météo France : "on a une station à Nice, à l'aéroport, qui est installé depuis 1942. Une station fiable et représentative du trait de côte." Il explique qu'en soit, ce n'est pas un record d'observer plus de 20 degrés en hiver sur la Côte d'Azur, c'est arrivé une cinquantaine de fois. Ça reste un évènement remarquable, par exemple : le 23 décembre 1952, il a fait 22 degrés.  

En revanche, on constate une augmentation des températures moyennes sur les trois mois d'hiver (décembre, janvier, février) depuis 1942 : "la moyenne des températures à l'hiver 1950 était de 9,3 degrés quand il était de 10,6 en 2023. On observe une hausse de plus d'un degré" explique le prévisionniste à France 3 Côte d'Azur.

Le record absolu date de l'hiver 2020, avec une moyenne de 11,9 degrés. 

Winter is the new summer ? 

L'Office du tourisme métropolitain Nice Côte d'Azur avait déjà lancé une campagne (en partenariat avec le Comité Régional du tourisme PACA) sur l'hiver. Le slogan était "Winter is the new summer" et l'objectif affiché était de lisser la fréquentation sur toute l'année pour ne pas se concentrer seulement sur la période estivale. 

Présentation de cette campagne en octobre 2023 :

durée de la vidéo : 00h01mn57s
Le CRT PACA a lancé sa campagne :"Winter is the summer". La ville de Nice affirme vouloir "désaisonnaliser", mieux répartir les touristes sur l'année. Dans le vieux Nice, les habitants sont divisés entre économie et ras le bol ©Manon Hamiot Coralie Chaillan

Interrogé sur cette affiche par la rédaction de France 3 Côte d'Azur, l'office du tourisme métropolitain nous renvoie au communiqué de presse diffusé lors du lancement en octobre 2023.

On peut y lire que

L’objectif principal de cette campagne est de (re)placer Nice et la Côte d’Azur dans l’imaginaire collectif comme une destination “soleil d’hiver”, telle qu’elle le fût à partir du 18ᵉ siècle et jusqu’au début du 20ᵉ siècle.

Office du tourisme métropolitain Nice Côte d'Azur.

Communiqué de presse.

Cette campagne globale a coûté 3 millions d'euros, investis pour moitié par des partenaires privés, 16 % par Atout France (un organisme chargé de la promotion de la France à l'étranger) et 36 % par les Offices du Tourisme Métropolitain et Mentonnais. 

L'objectif est de faire de la Côte d'Azur une destination pour les Citybreakeur (séjours courts) européens, toute l'année, même quand il neige en janvier sur la Promenade des Anglais... mais, ça, c'était avant le réchauffement climatique... En 1985 !