Montée des eaux en Méditerranée : trois fois plus rapide que prévu selon une nouvelle étude scientifique

C'est une étude qui vient bousculer toutes les données actuelles. Selon trois chercheurs européens, la montée des eaux en Méditerrannée pourrait être bien pire que prévu. Et la France ferait partie des pays les plus exposés.

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Ils ne sont ni climatologues, ni glaciologues. Leur spécialité, c'est plutôt l'étude des volcans et la géophysique, au sein de l'institut national de géophysique et de volcanologie d'Italie et de l'université néerlandaise de Radboud. Et c'est en prenant en compte une donnée jusqu'ici inexploitée que les trois chercheurs (A.Vecchio, M. Anzidei, E. Serpelloni) ont livré leurs conclusions dans un article scientifique paru dans la revue Environmental research letters le 18 décembre 2023 intitulé "projections de la montée des eaux d'ici à 2150 sur les côtes du nord de la Méditerranée". Selon eux, la fonte des glaces et la dilatation de l'eau dues au réchauffement climatique ne sont pas les seuls facteurs de la montée des eaux. Ils se sont intéressés au phénomène d'affaissement des sols, aussi appelé "subsidence". Un phénomène géologique naturel, mais qui peut être amplifié par l'activité humaine, notamment dans les zones où les nappes phréatiques sont mises à rude épreuve à cause de pompages d'eau. 

Pour mesurer ce phénomène, les universitaires ont utilisé des données satellitaires collectées entre 1996 et 2003. Et leurs conclusions sont inquiétantes. 

Les résultats montrent que les projections du GIEC [le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, NDLR] sous-estiment le futur niveau de la mer le long des côtes méditerranéennes, compte tenu du fait que les effets de la tectonique et d'autres facteurs locaux n'ont pas été correctement pris en compte.

Extrait de l'étude scientifique parue dans la revue Environmental research letters

En clair : non seulement l'eau monte, en raison du réchauffement climatique, mais les sols s'affaissent. Il s'agit de mouvements de terre verticaux, qui "jouent un rôle crucial dans l'état du niveau de la mer le long des côtes. Ils doivent être évalués et inclus dans les analyses pour les projections".

La France : l'un des pays les plus exposés

Selon ces chercheurs, plus de 38 500 km2 de côte méditerranéenne sont menacés par une montée des eaux bien plus importante qu'annoncée, soit 163 plaines côtières réparties dans 15 pays, sur un rivage long de 7600 km. Ce sont des sites vulnérables, car sans barrière naturelle (comme des dunes par exemple), victimes d'érosion et d'une pression humaine accrue. Et parmi ces zones à risques, la France est l'un des pays les plus exposés, après l'Égypte et l'Italie, avec 3681 kmpotentiellement concernés par cette montée des eaux.

Ces scientifiques estiment qu'en prenant en compte ce critère d'affaissement des sols, on peut atteindre "des écarts significatifs, jusqu'à 62%" par rapport aux projections des experts du GIEC. 

La population insuffisamment informée

L'un des auteurs de cette étude va même plus loin :

Nos analyses montrent que, précisément à cause de la subsidence, dans certaines zones de la Méditerranée, le niveau de la mer augmente à une vitesse quasiment trois fois plus élevée que dans les zones stables.

Antonio Vecchio, co-auteur de l'étude, interviewé dans le journal italien La Republica

Mais les auteurs de l'étude alertent : la population n'est pas suffisamment consciente, selon eux, du risque d'inondations et de montée des eaux, dont les effets pourraient se faire sentir dès 2050. Ils préconisent la mise en place d'actions concrètes pour aider les populations vulnérables à s'adapter à cet inévitable grignotage de nos terres par la mer.