Pourquoi se sent-on parfois déprimé à Noël ? Et comment y remédier ?

La période des Fêtes, synonyme de joie et de réjouissances pour certains, rime avec tristesse et dépression pour d’autres. Beaucoup ont tendance à se sentir tristes voire angoissés à l’approche des fêtes de Noël et du Nouvel An. Le hiatus est trop grand entre les images de familles parfaites et heureuses et la « vraie vie » faite de solitude, de deuils, de maladies, de difficultés financières.

Quand les amis courent après les sapins de Noël, les bouteilles de champagne, le foie gras et les papillotes, il est difficile de briser ce qui semble être leur bonheur. Quand l’année a offert son lot de deuil, de divorces, de faillites, de guerres il est compliqué d’enfiler la tenue de Père ou Mère Noël et de faire semblant que le bonheur est là, palpable. Les mines épanouies autour de vous semblent si loin de votre propre personne que vous tentez de fuir…

Arrive alors, comme une vague de submersion, un sentiment de déprime, de nostalgie, des appréhensions, des moments de doutes, voire des angoisses incontrôlables. Chaque année c’est la même rengaine et cela porte un nom : la natalophobie.

Littéralement, c’est la phobie de Noël qui, en psychiatrie, appartient à la famille des troubles anxieux. C’est une phobie simple qui se cristallise sur un objet spécifique, comme la peur des araignées par exemple. Les Anglo-Saxons l'appellent "Holiday syndrome" ou syndrome des fêtes (le terme a été utilisé en 1955 pour la 1e fois par le psychanalyste James Cattel). Ce qui est rejeté c’est le bonheur obligé, la félicité sociale et familiale qu’il faut absolument afficher alors que la réalité peut être tout autre !

Cette forme de déprime dite "déprime de Noël" concerne une personne sur quatre dans les pays occidentaux.

Une sensation de malaise

À l’approche des fêtes, sapin de Noël, chants ou films de Noël, lumières et décorations provoquent chez certains ; difficultés à respirer, accélération du rythme cardiaque, troubles digestifs et déprime, bref une sensation de malaise…

Ce sentiment de mal-être, beaucoup de gens le perçoivent au fur et à mesure que les fêtes se rapprochent. Alors que se profilent les symboles de deux soirées heureuses et festives, tristesse et déprime s'en mêlent. Certains tressaillent de joie à la 1e guirlande alors que les autres redoutent l'arrivée des festivités. 

Dans son "Cantique de Noël", Charles Dickens évoque pour la 1e fois en 1843 l'existence de cet "esprit de Noël" qui collera bientôt à la peau et mettra la pression pour les siècles à venir. 

L'avis d'un psychologue

Damien Scolari est psychologue, spécialisé dans le psychotraumatisme et l’accompagnement aux victimes. Il est l’auteur de « Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » paru cette année chez La boite à livres. Il constate l’augmentation d’activité dans son cabinet niçois, depuis novembre, comme chaque année.

Selon lui, "la période des fêtes de Noël rassemble plusieurs choses. Il y a le syndrome crépusculaire qu’on retrouve dans les pays nordiques à cause du manque de lumière et qui agit sur le moral. Il y a le syndrome hivernal qui est plus physique, avec des pertes d’énergies, de vitamines, le froid etc."

Et se rajoute le syndrome de Noël qui lui ravive les absences. Les absences dans les relations amoureuses ou affectives, l’éloignement géographique, les deuils, les difficultés financières…

Damien Scolari, psychologue à Nice.

Les décorations, l’ambiance générale de tout ce qui fait Noël, loin de pallier la nostalgie, la mélancolie, renvoient à toutes les craintes intérieures. Pour les foyers en instance de séparation ou recomposés se posent des questions de rivalités, d’enfant à se partager. Beaucoup associent un Noël réussi à un grand nombre de convives pour un fastueux repas. Or dans ces repas familiaux, il y a aussi une vaste place faite aux jugements dans les cas de divergence de choix de vie, d’orientations politiques... Et je ne parle pas du climat anxiogène actuel !

Il est vrai que le satirique "Le Père Noël est une ordure" met en scène plusieurs personnages accablés de solitude exprimant leurs envies suicidaires le soir de Noël...

La confrontation fantasme - réalité

Deux causes principales ressortent de la tendance à se sentir déprimé vers Noël :

  • Réseaux sociaux, cinéma et télévision véhiculent une image fantasmée des fêtes de Noël ou les familles pleines de joie sont unies et croulent sous les cadeaux et la nourriture à foison.

Problème : dans la vie ces fêtes sont rarement parfaites entre tensions familiales, soucis financiers, solitude réelle ou ressentie. Le décalage entre ce que Noël « devrait être » et « ce qu’il est vraiment » peut générer une vraie souffrance psychologique.

  • Les fêtes de fin d’année sont propices aux bilans. C’est le moment où l’on se demande, où l’on nous demande où l’on en est, quels sont les projets, qu’est-ce qu’on fait ? En cas de faible estime de soi, cette remise en question peut s’avérer difficile.  

"Une dictature du bonheur pour certains"

Aude Fabre est chanteuse lyrique et directrice artistique de la Compagnie Madame Croche. Elle met en scène des concerts de Noël depuis plusieurs années.

Sa vision de la période et de son travail-passion est très aiguisée : "Noël, ça peut être une dictature du bonheur pour certains. C’est une injonction à être heureux en voyant les vitrines, les films, les lumières. Ce qu’on fantasme, ce qu’on imagine peut-être une balle en plein cœur car ça nous renvoie que pour nous, il n’y a pas de magie de Noël. Mais que se passe-t-il derrière les rideaux ? C’est l’illusion que le bonheur est fait pour les autres. Que tout le monde est heureux sauf moi.

Ça draine des émotions douloureuses et même si on est très entourée, on peut se sentir très seul dans ce moment-là. La solitude existe quelle que soit la situation familiale dans laquelle on se trouve !

Aude Fabre, chanteuse lyrique.

Et d'ajouter : "chaque fois que je crée un spectacle de Noël, j’y inclus aussi des morceaux très mélancoliques qui emmènent à l’introspection. Pas seulement des chants de Noël joyeux et lumineux. Noël c’est un moment où les émotions, pas nécessairement positives, remontent."

"En tant que metteur en scène, il y a quelques années, j’avais créé un spectacle de Noël avec un chant ou j’avais demandé aux choristes de ne pas sourire, d’être statique, comme des âmes errantes, représentant ce qu’on peut ressentir derrière le repas de noël quand il y a des tensions familiales. Ça a parlé à tout le monde. Il y avait des chanteurs en larmes. Dans le public aussi."

Comment lutter contre cette déprime de Noël  ? 

Aller voir un psychiatre ou un psychologue permet d'apprendre à gérer les crises d'angoisse en développant des "boîtes à outils" avec des exercices de respirations, de visualisations positives. L’objectif est de travailler contre la culpabilité de ne pas aimer les fêtes de fin d’année et contre la honte de ne pas vivre un Noël,« parfait ». C’est une bonne période pour s’accepter tel que l’on est et respecter ses propres limites en ne se forçant pas à faire des choses que l’on n’aime pas. 

Le psychologue Damien Scolari préconise des méthodes simples : "Je conseille de revenir à des fondamentaux, de mettre l’ego de côté, de garder des conversations légères et de poser les questions : à quoi sert cette fête ? Pourquoi se réunir ? À la base, Noël, c’est la naissance d’un prophète qui parlait d’Amour. Tout le contraire de l’exclusion. Quand on est triste, il ne faut pas nourrir sa tristesse, mais faire un petit effort : sortir, prendre un café au soleil, se balader, faire du sport, se tourner vers ce qu’on aime pour être un peu mieux. Il ne faut pas se laisser aspirer par la déprime en s’enfermant, ne pas se laisser avoir par le cafard qu’on porte sur le cœur dès novembre.

Il ne faut pas rajouter à la tristesse, mais essayer de la contrecarrer, se tourner vers sa famille de cœur, préserver les contacts au maximum, même par téléphone, facetime, zoom… Il y a des activités, des livres, des films qui sont thérapeutiques, comme autant d’objets de résilience.

Damien Scolari, psychologue.

À chacun de trouver ce qui lui convient le mieux.

Selon lui, l'un des remèdes se trouve dans le don, dans l’action d’agir pour les autres, d’oublier sa propre dure réalité en devenant un maillon de la chaine de la joie de l’autre : "l’essentiel est de privilégier l’attention et l’intention."

Partir quelques jours ou même un seul, prendre le large pour se changer les idées, prendre la lumière au maximum, ne pas avoir trop d’attentes pour éviter d’être déçu, se reposer, car la fatigue est un des facteurs de déprime, éviter l’isolement, se faire plaisir, se fabriquer de nouveaux souvenirs… Autant de conseils pour lutter contre la déprime de Noël.  

Ainsi, Alexa vit seule depuis son divorce et la mort de son chat. Pour cette Niçoise installée à Londres loin de ses proches. "Pour les fêtes, je travaille alors pour que la solitude ne pèse pas trop sur mes épaules, je me suis inventée des traditions de Noël."

Sa solution ? Les amis. "En Angleterre, on fête Noël le 25 mais pas le réveillon du 24 au soir. La veille de Noël, on se retrouve à Londres, entre quatre amies et on visite une exposition de maisons en pain d’épices... C’est devenu une habitude année après année. Ensuite, on partage un brunch et on fait le tour des illuminations. Le 26, on réserve une comédie musicale qu’on va voir ensemble. Cette année, on s’est décidé pour Mamma mia," raconte Alexa.

La thérapie par la voix

L’artiste, Aude Fabre, elle est clairvoyante : « Qu’est-ce qui se joue à Noël ? Il ne faut pas rater le virage du bonheur, or la guirlande ne suffit pas. Il faut une étincelle dans le cœur et c’est la chose la plus difficile.

Si on ne se connecte pas à notre propre amour et à celui qu’on a pour les autres, la connexion ne  peut pas se faire En tant qu’artiste, il est évident qu’on a besoin de se sentir en lien avec les autres.  Pour moi ça passe par le chant, par les répétitions qui sont un laboratoire émotionnel pour l’acceptation du fonctionnement de l’autre, de sa différence.

Aude Fabre, artiste lyrique

"Les chœurs que j’ai fondés adorent faire des concerts de Noël, car ils se sentent fort du groupe. Un chœur, c’est une thérapie pour ça. Il montre aux autres comme ils sont heureux. Mon cheval de bataille, c'est la thérapie par la voix. J’appelle ça le chant des possibles car c’est notre cœur qui se met à vibrer. Si on remplace la déprime de Noël, par une chorale de quartier avec différentes voix, différentes tessitures, on se reconnecte à ce besoin de partager, au lien avec les autres." 

Cette année, Aude Fabre a eu envie de créer quelque chose de plus intime, de plus féminin, de plus doux. C’est ainsi qu’est né le quatuor vocal « Les 4 Elles » qu’elle voit comme des baroudeuses de la musique.

Pour elle, "ce qui m’importe, c'est de transmettre au public cette foi profonde de joie à l’intérieur de nous, quel que soit ce qu’on a à traverser. Il faut multiplier les occasions d’être en lien et de se sentir vivant. Le bénévolat ou les activités associatives sont bénéfiques pour ça."

Et c'est dans ce sens, qu'elle organise un concert de Noël qui "se veut être un réceptacle de tout cet amour et on va le donner."

Des techniques comme la méditation pourraient aussi vous aider à affronter cette période qui vous est pénible. La période des fêtes, c’est peut-être le bon moment pour (enfin) s’accepter tel que l’on est.