Procès du Mediator : “L'Agence du médicament savait très bien que c'était un médicament dangereux”.

Le scandale du Mediator : 2100 décès, 4000 plaintes déposées. / © Joel Le Gall/MAXPPP
Le scandale du Mediator : 2100 décès, 4000 plaintes déposées. / © Joel Le Gall/MAXPPP

Le procès du Mediator s'ouvre ce lundi 23 septembre à Paris. Jacques Parienti, médecin expert auprès de 30 victimes azuréennes de cet anti-diabétique prescrit comme coupe-faim, pointe la responsabilité du laboratoire mais aussi de l'Agence du médicament.

Par Jacqueline Pozzi

2700 victimes parties civiles, une centaine de témoins, le procès du Mediator qui s'ouvre le lundi devant le Tribunal correctionnel de Paris est prévu pour durer 6 mois. Parmi les 23 prévenus, les laboratoires Servier devront répondre de "tromperie aggravée" et d' "homicides et blessures involontaires".

Le Mediator, médicament anti-diabétique, a été prescrit comme coupe-faim par de nombreux médecins jusqu'à son retrait du marché en 2009. On lui attribue aujourd'hui plus de 2000 décès en France, et de graves pathologies cardiaques et pulmonaires pour des milliers de patients.
 

L'Agence nationale du médicament (ANSM) siège elle-aussi sur le banc des prévenus. Cette agence que Jacques Parienti, médecin expert auprès de 30 victimes azuréennes du Médiator pointe du doigt :

"L'Agence du médicament savait très bien que c'était un médicament dangereux et n'a rien dit. Elle est responsable. Elle n'a pas fait son travail."

Interrogé par le journaliste Fabien Fourel ce lundi matin sur France Bleu Azur, Jacques Parienti estime que les médecins ont été trompés. "Un médecin n'est pas pharmacologue. Un médecin a déjà un énorme travail en médecine générale ou dans sa spécialité, il n'est pas au courant de ce qui se passe pour l'AMM (Autorisation de Mise sur le Marché). Pour mettre un produit sur le marché, c'est l'Agence du médicament qui décide".

"Au départ, ce médicament est le frère jumeau de deux médicaments qui ont été interdits en 1997, le Pondéral et l'Isoméride. Déjà ces médicaments avaient été arrêtés parce qu'ils étaient dangereux pour les poumons et le coeur. C'était en 1997, déjà !".... "Je ne vois pas pourquoi le médecin est coupable dans cette affaire. On a été trompés !" poursuit Jacques Parienti.

"On a acheté le silence de victimes"

En 10 ans, les laboratoires Servier ont déjà indemnisé près de 4000 patients, à hauteur de près de 132 millions d'euros.

"C'est un problème qui va être soulevé lors de ce procès. Beaucoup de victimes ont été indemnisées et ont renoncé à toute action civile et pénale. On a acheté un peu, quelque fois, leur silence", estime Jacques Parienti.

On attribue au Mediator deux pathologies gravissimes : hypertension artérielle pulmonaire, et valvulopathies cardiaques. "On a estimé que l'espérance de vie de ces personnes qui ont pris le Mediator est diminuée de moitié."

Qu'attendent les victimes de ce procès ?

A cette question, Jacques Parienti répond par le souvenir d'une phrase prononcée par un patient dans une interviewe au lendemain du retrait du Mediator en 2009. "Cette personne n'a pas parlé d'indemnisation. La seule chose qu'elle a dite, c'est "Je veux que le laboratoire Servier, qui est coupable, soit condamné. Je veux qu'on reconnaisse que je suis victime".

Réécoutez l'interview de Jacques Parienti ce lundi matin sur France Bleu Azur :
 

Le procès du Mediator doit se prolonger jusqu'au mois de mars 2020 à Paris.
 


 

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