Veille de rentrée angoissante pour les professeurs : "le but c’est d’essayer de créer le débat avec les enfants"

Jamais une rentrée n'aura été si difficile pour les enseignants : assassinat d'un de leurs collègues, débat avec les élèves, mesures sanitaires renforcées. Témoignage d'un professeur d'histoire-géographie du collège de Roquebillière. 
Les professeurs ont un mois pour parler de la liberté de la presse à leurs élèves et ouvrir le débat.
Les professeurs ont un mois pour parler de la liberté de la presse à leurs élèves et ouvrir le débat. © Alexandre Marchi - MAXPPP
Il fera cours lundi. Même si tous les syndicats d'enseignants ont appelé à la grève à partir du 2 novembre. La veille de cette rentrée si particulière, Eric Gili, professeur d’histoire-géographie au collège de Roquebillière, se prépare comme d’habitude. Il relit ses documents et voit comment il va les articuler. 

Un temps d'échange a été annulé

Mais, depuis l’assassinat du professeur Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, le jour de la sortie des élèves, le vendredi 16 octobre, quelque chose a changé. Comme tous ses collègues, il a reçu les consignes du ministre de l’éducation. Des consignes qui ont encore évolué à cause de ce nouvel attentat survenu à Nice, quatre jours avant la reprise. Les enseignants devaient reprendre leurs cours à 10h pour avoir un temps d'échange. Un temps qui a été annulé. A 11h0, il y aura la lecture de la lettre de Jean Jaurès, puis une minute de silence.Avant les vacances, Eric Gili, travaillait sur les Lumières, le mouvement des intellectuels qui précèdent la Révolution : « on a travaillé sur l’affaire Callas, Voltaire lutte contre l’intolérance. Je vais repartir de là », explique-t-il. Les consignes du ministère « c’est de faire quelque chose dans le mois ». Il n’est plus question de prendre le temps de se concerter entre professeurs pour débattre de l’hommage à rendre à leur collègue. Ce que regrette Eric Gili, comme beaucoup de professeurs.

Les syndicats ont lancé un appel à la grève justement à cause de cette absence de temps de concertation. D’autant que ces événements dramatiques se sont déroulés pendant les vacances.

"Il n’y a pas de pensée unique, on a une certaine liberté pédagogique"

Mais avec les intempéries qui ont ravagé la vallée de la Vésubie, impossible de faire grève pour ce professeur qui habite à Saint Martin-Vésubie : « mon choix est de faire cours demain car la situation est déjà difficile à Roquebillière. Le but c’est d’essayer de créer le débat avec les enfants. On essaye de leurs donner des références pour faire émerger le débat. Il n’y a pas de pensée unique, on a une certaine liberté pédagogique. »

Il a prévu de parler de l’assassinat. « Habituellement, je travaille à partir de caricatures, surtout une caricature de Cabu. C’est l’un des instruments de cette liberté, ce n’est pas le seul », précise-t-il.

"ça vient des Lumières, de la Révolution, avec la 3ème République et l’affaire Dreyfus "

Comme chaque année, il tente d'apprendre à ses élèves à construire leur esprit critique, il leur explique la liberté de la presse, l'idée de laïcité : « C’est aussi rappeler que ça vient des Lumières, de la Révolution, avec la 3ème République et l’affaire Dreyfus ». Enseigner le fait religieux fait aussi partie du programme.

En 30 ans, il n’a pas eu de problème particulier mais il est conscient que les réactions des élèves sont différentes suivant les lieux d’enseignement. L’assassinat de ce collègue en région parisienne s’inscrit également dans une chronologie particulièrement difficile et angoissante, après les intempéries et avant l’attentat de Notre-Dame à Nice.

« On va reprendre parce qu’il faut reprendre on est dans le besoin de redémarrer. On est tous touchés. On en a besoin. ». Lundi, il fera donc cours à ses élèves, presque comme d’habitude.
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