Aix-en-Provence : elles dansent dans l’eau pour oublier la maladie ou la douleur

À Aix-en-Provence, une professeure propose des cours de danse classique aquatique à destination de personnes malades ou abîmées par la vie. Une manière de soigner le corps et l’esprit.

Dans l'eau, le corps est dix fois plus léger qu'à la surface.
Dans l'eau, le corps est dix fois plus léger qu'à la surface. © Pauline Guigou / FTV

Elles ont trouvé dans l’eau un refuge, une bulle. Et dans la danse classique, un exutoire, une échappatoire à la maladie ou aux épreuves de la vie.

Huit danseuses enchaînent les pointes et les pas chassés. Nul besoin de chaussons inconfortables, ou de tutu disgracieux. Non, maillots et bonnets de bain suffisent.

Car c’est dans l’eau chlorée de la piscine Yves Leblanc d’Aix-en-Provence, qu’elles dansent. Et elles le font avec leur cœur, avec leur âme.

Toutes ont été à un moment donné, meurtries par la vie : maladies, traumatismes, accidents… Leur corps a souffert ou souffre encore. La tête aussi…

"Un véritable retour à la vie"

"Danser dans l’eau a été pour moi un véritable retour à la vie", s’émeut Sophie Muret. Cette quadragénaire a guéri d’un cancer du rein il y a quelques années.

Elle a découvert la danse aquatique, en fréquentant le Centre Ressource d’Aix-en-Provence, un centre thérapeutique d’accompagnement de personnes malades du cancer.

Aujourd’hui, elle n’hésite pas à le dire, elle vit une véritable "résurrection""Je me sentais éteinte à la guérison. Si vous me croisiez dans la rue, vous pouviez ne rien savoir", explique Sophie.

Sophie Muret a découvert la danse aquatique, après avoir guéri d'un cancer du rein. Elle parle de "résurrection".
Sophie Muret a découvert la danse aquatique, après avoir guéri d'un cancer du rein. Elle parle de "résurrection". © Virginie Danger / FTV

"Mais j’ai pris conscience que si je voulais vivre vraiment, sentir mon être vibrer, j’avais besoin de soigner mon esprit. Je suis passée entre autres par la danse".

Et pas seulement la danse classique, mais la force de l’eau l’a aidée aussi. "C’est comme si la force de l’eau nous renvoyait à nous-même, elle nous permet de puiser une force intérieure".

Cette expérience, c’est Domitille Ledouble qui leur offre. Un large sourire accroché aux lèvres, sur le bord du bassin, elle choisit les notes de piano, montre les mouvements à ses élèves.

Cette professeur de danse classique a commencé à délivrer ses cours à des personnes malades, lorsqu’une élève lui a annoncé son cancer il y a huit ans.

"Elle m’a dit, 'quand je danse, j’ai la sensation de guérir', explique-t-elle, alors je me suis rapprochée du Centre Ressource pour leur proposer cette activité".

La professeur ne prétend pas soigner les corps. Elle propose simplement un moment de bien-être et de joie. "Danser dans l’eau apporte un moment magique qui aide à surmonter les épreuves de la maladie".

"Ce qui est sûr c’est que la danse améliore les comportements de santé, en diminuant les conduites à risque. Elle bonifie l’humeur, en magnifiant la relation à l’autre. Et surtout, elle participe à la réduction du stress, qui est souvent lié à la maladie".

Dans l’eau, les mouvements sont plus doux. Le corps est plus léger aussi, dix fois plus qu’à la surface. "En créant mon école Aqu'atittude, je voulais permettre à n’importe qui de faire de la danse classique. Quel que soit son âge, sa corpulence, ses soucis de santé", raconte Domitille Ledouble. "Et l’eau permet cela".

"C'est nous permettre d'être comme on était avant"

Alors que résonnent les notes de piano, au rythme du clapotis de l’eau, on entendrait presque le sourire de Frédérique Lepetit. Cette quinquagénaire est polytraumatisée. À l’âge de 26 ans, un accident de voiture brise de nombreuses parties de son corps. Plus tard, elle combattra un cancer du sein.

"J’accumule !", ironise-t-elle.

Avant ces drames, Frédérique était elle aussi professeur de danse. Aujourd’hui, elle renoue avec sa passion : "J’ai essayé de reprendre la barre à terre, mais le sol est trop dur, c’est trop difficile".

Frédérique Lepetit était professeur de danse, avant son accident de voiture.
Frédérique Lepetit était professeur de danse, avant son accident de voiture. © Virginie Danger / FTV

"L’eau c’est magique, même si on n'est pas souple sur terre, on est souple dans l’eau. L’eau étire les articulations. Ce qui n’est pas possible sur un sol ferme est tout à fait possible dans l’eau", raconte la danseuse.

Et justement rien ne semble impossible pour Frédérique. Une force qui vient du fond, qui vient de l’eau, une force qui vient de ses blessures.

"La vie nous est tombée dessus, on l’a pas voulu. On a été meurtrie dans notre tête comme dans notre corps, et pendant longtemps on a pas eu droit ni à rire, ni à danser, ni à écouter de la musique. Et en venant là on retrouve tout, le rire, la musique, le mouvement plus facile aussi".

"C’est la meilleure des permissions, c’est nous permettre d’être comme on était avant", conclut Frédérique.

Tout comme Frédérique, Nathalie Cerqueira arbore un large sourire, surtout lorsque les lignes des danseuses se croisent dans le bassin. Cette mère de famille souffre de sarcoïdose, une maladie rare qui touche son coeur, ses poumons, ses os. Elle est polypathologique. 

Nathalie Cerqueira oublie tout pendant 45 minutes.
Nathalie Cerqueira oublie tout pendant 45 minutes. © Virginie Danger / FTV

À la sortie du bassin, Nathalie est émue, lorsqu'elle nous raconte son quotidien, ses difficultés de maman malade. 

"Quand on est atteint physiquement, ce qui est difficile c'est que la tête a envie et le corps ne suit pas. Dans l'eau c'est un peu plus facile, on a beaucoup moins de douleur, même si cela me demande quand même un réel effort" raconte Nathalie. 

"L'eau plus la musique, fait que pendant 45 minutes on est ailleurs. On oublie la charge mentale d'une maman, la vie de maman malade, les obligations du travail. Vous vous laissez porter simplement".

L'émotion est d'autant plus forte, que pendant toute la crise sanitaire, Nathalie n'a pas pu sortir de son confinement. Considérée comme personne à risque, elle revit seulement depuis sa vaccination contre la covid-19. 

"Quand on arrête le sport, on repart d'un peu plus bas. Et faire du sport c'est lutter contre la maladie qui s'installe. Pendant 45 minutes ici, vous êtes ailleurs. Et cet ailleurs-là, vous ne le retrouvez pas dans votre quotidien". 

S'évader du quotidien, oublier la douleur, l'inquiétude, le temps d'une danse, abrité dans une bulle d'eau, c'est simplement vivre comme tout le monde. 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
danse culture cancer santé société