Parc national des Calanques : découverte d'une nouvelle espèce, une petite crevette sans yeux

Dans les profondeurs de la calanque de Port-Miou, à Cassis, rien ne vit... ou presque. Les chercheurs du CNRS ont plongé plusieurs fois avant de remarquer cette minuscule crevette dépigmentée, sans yeux, vivant dans l'obscurité totale. Tethysbaena Ledoyeri existe officiellement sur notre planète.

Elle n'a ni couleur ni yeux, mais un bon odorat
Elle n'a ni couleur ni yeux, mais un bon odorat © L.Vanbostal
Elle vit en milieu hostile : pas de lumière, pas de végétaux, une eau douce saumâtre mélangée à l'eau de mer. Elle se nourrit de rares débris portés par le courant et de bactéries.  

Le monde de la petite crevette est peu hospitalier. Les plongeurs sont rares à se risquer dans les galeries immergées de la calanque de Port-Miou, dans le Parc National des Calanques. 

En 2003, le biologiste Pierre Chevaldonné explore ces galeries et tombe sur ces mystérieux organismes. Il en capture plusieurs spécimens. Son équipe comprend que cette espèce n'est pas connue. Etant donné que toutes les crevettes sont des femelles, une seconde capture a lieu en 2019.

​​​​« La vie trouve toujours des solutions, l'évolution permet des innovations, des adaptations même dans les milieux les plus extrêmes. »

Pierre Chevaldonné, directeur de recherche au CNRS 

Les parois des galeries sont nues, juste en calcaire. Rien ne vit dessus
Les parois des galeries sont nues, juste en calcaire. Rien ne vit dessus © F. Launette

La nouvelle espèce peut être officiellement décrite. Elle portera le nom de Tethysbaena Ledoyeri et appartient au groupe de crustacés des Thermosbaenacés, qui compte 37 espèces seulement dans le monde.   

Le crustacé a un corps allongé et blanc, dépigmenté, des pattes pour nager, des antennes, un odorat très fin mais pas d'yeux. De toute façon, il vit dans le noir.

« C'est la première fois en France qu'on décrit une espèce de ce groupe. C'est comme si je vous disais qu'on a découvert pour la première fois une chauve-souris en France. »

Pierre Chevaldonné, directeur de recherche au CNRS

 
En transparence, on peut voir les oeufs portés par cette femelle
En transparence, on peut voir les oeufs portés par cette femelle © L. Vanbostal
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