Etang-de-Berre : EDF jugé quatre ans après une catastrophe écologique sans précédent

Publié le Mis à jour le
Écrit par Margaïd Quioc et Nathalie Ramirez avec AFP

EDF comparaissait lundi au tribunal correctionnel de Marseille. La justice doit déterminer si l'entreprise est responsable de la catastrophe écologique de 2018 dans l'étang de Berre. Après un épisode de forte chaleur, la quasi-totalité de la faune et la flore ont été anéanties.

Peut-on être jugé coupable de pollution alors que l'on a respecté la réglementation ? C'est la question à laquelle devra répondre le tribunal correctionnel de Marseille.

Lundi 2 mai, EDF était citée à comparaître suite à la dévastation de l'étang de Berre en 2018.

Un épisode de forte chaleur lié à l'absence de vent provoque cet été-là un phénomène "d'anoxie", un manque d'oxygène indispensable à de nombreuses espèces animales et végétales de l'étang.

Des rejets massifs d'eau douce

Des milliers de poissons morts, des herbiers menacés, la population de palourdes totalement dévastée... Une catastrophe pour l'un des plus grand étangs d'eau salée méditerranéenne d'Europe.

Pour le Gipreb, le syndicat mixte de l'étang de Berre qui a porté l'affaire en justice, il n'y a aucun doute. La responsable de cette destruction sans précédent de l'écosystème est l'usine EDF de Saint-Chamas.

Selon le Gipreb, les déversements réguliers d'eau douce dans l'eau saumâtre de l'étang ont provoqué la catastrophe.

Pourtant, depuis la condamnation de l'Etat français en 2005 par la Cour de justice de l'Union européenne pour la dégradation de l'état écologique de l'étang de Berre, le producteur d'électricité avait limité ses déversements d'eau douce et de limons.

Entre 2006 et 2017, les scientifiques ont constaté une "résilience très lente" de l'écosystème de l'étang. Mais les progrès sont anéanti à l'été 2018.

Selon Patrick Astruch, ingénieur biologie marine appelé à témoigner à la barre, EDF a sa part de responsabilité. Selon lui, les déversements d'eau douce sont "clairement un des facteurs" de ce phénomène.

Pourtant EDF affirme avoir respecté les quotas maximum imposés par la réglementation. 

"On parle de pollution... mais on a rejeté de l'eau douce de la Durance et du limon naturel, argumente Alexandre Gaudin, avocat d'EDF. Cette eau n'a pas été altérée ni réchauffée. Ce n'est pas le résultat de notre exploitation."

"EDF a respecté ses quotas, mais ses quotas sont à la limite, et de temps en temps on a des catastrophes comme celle de 2018", a estimé l'océanologue David Nérini, appelé à témoigner par le Gipreb.

Une centrale adaptée plus adaptée aux aléas climatiques

Pour Corinne Lepage, avocate du Gipreb et ancienne ministre de l'environnement, "l'état du milieu devrait conduire EDF à moduler ses déversements". Et donc à s'auto-discipliner pour réduire les largages d'eau douce quand l'écosystème est fragilisé par les aléas climatiques.

"Cet équipement a été conçu il y a longtemps et n'est pas adapté aux épisodes de chaleur que l'on connaît aujourd'hui, estime Corinne Lepage. Nous devons tous nous adapter. EDF n'est pas au-dessus des lois de l'adaptation au réchauffement climatique."

Le Gipreb réclame la "remise en état durable" de l'écosystème, notamment par une nouvelle limitation de ses rejets d'eau douce. Le syndicat mixte demande également à EDF 14 millions d'euros au titre des préjudices économique et écologique. 

La décision a été mise en délibéré au 4 juillet.