Fos-sur-Mer : les révoltés de la pollution

 Vue sur le complexe pétrochimique du golfe de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) . / © CLEMENT MAHOUDEAU/IP3 PRESS/MAXPPP
Vue sur le complexe pétrochimique du golfe de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) . / © CLEMENT MAHOUDEAU/IP3 PRESS/MAXPPP

Ce mardi soir sur France 2, dans l'émission Infrarouge à 23h50, un documentaire revient sur l'histoire industrielle de Fos-Sur-Mer et donne la parole aux habitants. Cette zone compte 15 sites classés SEVESO. Le taux de mortalité par cancer y est deux fois plus élevé que dans le reste du pays.
 

Par Sidonie Canetto

Antoine Dreyfus et Yann Rineau sont les réalisateurs de ce film documentaire intitulé "Les révoltés de la pollution". "Ce n'est pas un film sur les industriels mais sur les gens qui sont malades qui veulent qu'on les écoute et c'est un combat citoyen universel" confie d'emblé Antoine Dreyfus l'un des deux réalisateurs de ce documentaire.
 

Pourquoi ce thème?

"Il y a plusieurs raisons, d'abord parce que Yann a perdu sa maman d'un cancer à l'âge de 15 ans, de ce fait il est très sensible et sensibilisé aux questions de santé, explique Antoine Dreyfus avant d'ajouter :" Et moi de mon coté mon père était ingénieur en siderurgie, nous habitions Metz en 1970 à l'ouverture de Fos-sur-Mer, on lui a proposé un poste et il a refusé car c'était démesuré et déjà dépassé selon lui, mais j'aurai pu être un enfant Fos
comme tous les gens qui sont venu de l'Est de la France sur cette zone".

Leur rencontre remonte à un tournage pour France 3 Provence-Alpes, où ils se sont bien entendu et ont décidé de travailler ensemble dans un projet commun.

Recueillir les témoignages, un travail compliqué?

"Il faut savoir que traiter de ce sujet est compliqué entre les gens qui sont encore en poste, et qui craignent les représailles, ceux qui ont peur de témoigner, au final ce sont avec les femmes que ça été le plus facile d'échanger." précise Antoine Dreyfus.

Ils ont passé près d'un an sur ce territoire, en 2018, à recueillir les témoignages des habitants, du maire et des salariés de ces usines installées sur le pourtour de l'étang de Berre.

Des témoignages édifiants sur les méthodes peu scrupuleuses utilisées pour cacher certaines fuites, minimiser l'impact sur l'écosystème et sur la santé des citoyens.

" Les habitants, les lanceurs d'alerte réclament de la transparence et surtout d'être écoutés, depuis des années ils se battent dans leur coin, sont malades, ou meurent du cancer. Leur arme à présent c'est l'arme judiciaire". explique Antoine Dreyfus .

" On veut bien vivre de l'industrie mais pas en mourir" .

Près de 200 usines sont situées sur cette zone. Certaines sont respectueuses d'autres beaucoup moins. 
On apprend également que ces usines s'auto-contrôlent niveau pollution.

Une citation résume bien la pensée des riverains, elle émane de l'ancien maire de Fos-sur-Mer, René Raimondi: " On veut bien vivre de l'industrie mais pas en mourir" .


230 personnes ont déposé plainte au pénal le 9 novembre 2018. C'est une plainte contre X pour mise en danger délibérée de la vie d'autrui. C'est une première en France.

Avec ce documentaire, les malades et les familles des personnes disparues se sentent soutenus, écoutés.

" Nous, on appréhendait un peu qu'ils ne se reconnaissent pas, et en fait ils étaient très contents, ce ne sont plus des chiffres mais maintenant il y a des visages. Dénoncer la pollution c'est aussi prévenir les risques d'accident majeur en seveso 2. " conclut Antoine Dreyfus.

Le documentaire est diffusé ce mardi soir sur France 2, dans l'émission Infrarouge à 23h50 et disponible dès maintenant sur le replay de France Télévision .









 

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