"Ils sont souvent très rapides et violents" : à Marseille, les agressions sur les étudiants en médecine se multiplient

Entre vols et violence gratuite, le secteur de la Timone est devenu la bête noire des étudiants marseillais. Ces derniers jours, des patrouilles de police plus fréquentes auraient abouti à quelques interpellations. Malgré tout, d’autres agressions se sont produites.

"C’était au bout de la rue Sainte-Cécile. Il était 20h30. Je sortais de la bibliothèque, je venais de finir de travailler quand j’ai été abordé par trois jeunes avec un couteau", témoigne Victor, d’une voix grave et affirmée, à la sortie du campus de la Timone.

"Quand ils ont commencé à m’appeler de loin, j'ai directement compris ce qui se passait car cela est déjà arrivé à des amis à moi de se faire racketter. J’ai pris la fuite mais ils m’ont suivi sur 150 mètres", 

Habillé d’un sweat noir et les cheveux bruns mi-long, Victor va mieux aujourd’hui "après plusieurs jours compliqués".  

Deux semaines plus tôt, une jeune fille de sa promotion en médecine s’est pris deux coups de couteau dans le ventre.

Ethan, lui, regrette son impuissance : "ce sont des actes auxquels on ne peut pas forcément réagir. Ils sont souvent très rapides et violents ; soit un vol, soit de la violence gratuite. Il y a des jeunes qui tournent en trottinette qui sont là, juste pour nous cracher dessus." 

Capuche en fourrure sur la tête et lunettes rondes sur le nez, il explique sortir tard le soir de ses écuries, après avoir assisté à des conférences. Mais le secteur mal fréquenté l’amène à revoir ses habitudes.  

Un énième témoignage vient allonger la liste des agressions, celui de Lucie. Coupe carrée et chemise à carreaux sur le dos, elle est étudiante en deuxième année de pharmacie.

"Un monsieur d’une soixantaine d’années a tenté d’embrasser en pleine rue une amie qui venait à la fac. Ce n’est pas forcément en rapport avec ce qui se passe en ce moment puisqu’ici ce sont surtout des rackets de téléphone. Mais ça rajoute de l’insécurité quoi." 

Contourner l'insécurité au sein même du campus

Face à ces actes d’incivilité qui prolifèrent aux alentours de la faculté de médecine, les étudiants se sont organisés pour répertorier toutes les plaintes via "Actu Timone", un groupe privé sur Facebook.

"Et c’est vrai qu’il y en a beaucoup" interrompt Camille. Sur la page, des alertes sont diffusées, commentées, partagées : la description ou la photo de suspects dangereux, le récit d’une attaque vécue ou encore la proposition de faire le trajet jusqu’à la fac à plusieurs.  

Des policiers, parfois parents d’étudiants en médecine, proposent alors leur renfort ou leur numéro personnel dans ce groupe qui compte désormais près de 3.000 membres.  

"C’est un climat délétère", assènent deux étudiantes en orthophonie. "Le fait de ne plus s’y sentir en sécurité, c’est un peu pénalisant pour notre cursus, car on a tendance à moins vouloir aller à la fac".

"Je fais désormais plus attention aux quartiers dans lesquels je me promène", nous confie encore Camille, cheveux longs, bruns, ondulés et lâchés sur le côté.  

"Moi personnellement, je ne préfère pas m’arrêter au métro de la Timone. Je vais plutôt essayer de rentrer par d’autres moyens comme le taxi", ajoute Léa, un large sac cabas sur l’épaule.  

Rencontre entre la police et les étudiants 

"On a reçu un mail de la fac nous disant de faire attention dès qu’on sort. C’est dramatique ce qui se passe aux alentours", regrette Julien, la moustache naissante.  

Cette insécurité est grandissante depuis des années, selon Sophie Panagias. La co-directrice de Sud Provence, une prépa de médecine, a eu vent de ces "vols à l’arracher" et autres délits.

"Il y a une petite bande qui traine ici depuis 15 jours à trois semaines. La police est venue et a fait des arrestations donc là, ça s’est calmé. Mais la dernière fois, une personne s’est introduite dans nos locaux, derrière un étudiant qui ne l’avait pas vu, pour voler un portable sur le bureau et repartir tranquillement", lance-t-elle.  

Si bien qu’ils sont obligés de fermer la prépa à 20h par mesure de sécurité. "Pour nous, c’est une énorme préoccupation. Ils doivent être rentrés chez eux avant la nuit", poursuit-t-elle.  

Suite à la multiplication des témoignages, une rencontre était prévue jeudi soir entre les étudiants et la police dans un amphithéâtre de la faculté des sciences.