Alerte tsunami en Méditerranée : quelles zones pourraient être frappées par des vagues géantes sur le littoral en Paca ?

Neuf départements du pourtour méditerranéen participent à un exercice d'alerte au tsunami ce vendredi 19 janvier 2024, un risque bien réel sur le littoral de Provence-Alpes Côte d'Azur.

Les habitants de Paca doivent se préparer au risque d'un tsunami. Même si les trois quarts sont observés dans l'océan Pacifique, ils peuvent survenir sur nos côtes méditerranéennes. Ils s'y sont déjà produits. Les spécialistes sont unanimes : là où a eu lieu un tsunami, il y en aura d'autres. D'où cette sensibilisation des populations aux bons comportements à tenir. Ce vendredi 19 janvier, lpréfecture de la zone de défense et de sécurité organise un exercice d'alerte tsunami, de 10 h et 10 h 30 sur neuf départements du pourtour méditerranéen, dont les Alpes-Maritimes, le Var, les Bouches-du-Rhône.

Un tsunami de plus d'un mètre d'ici à 30 ans

En juin 2022, l’Unesco a alerté : "la probabilité d'une vague de tsunami de plus de 1 mètre en Méditerranée dans les 30 prochaines années est proche de 100%". Ce risque concerne au premier chef la Grèce, la Turquie et l'Italie, mais les côtes de Paca sont exposées, elles aussi, aux tsunamis d'origine sismique.

"La région Paca est bien touchée par des séismes sous-marins, rarement, mais ça arrive", rappelle Hélène Hebert, géophysicienne, coordinatrice nationale du Centre d'alerte aux tsunamis (Cenalt), hébergé au Commissariat à l'énergie atomique (CEA). 

Tout le littoral de Provence-Alpes Côte d'Azur est exposé à ce risque, mais les spécialistes savent que selon la typologie des côtes, certaines zones vont amplifier plus que d'autres ce phénomène, comme les pentes sous-marines. "On sait qu'il y a des zones plus amplificatrices, comme la région de Cannes et d'Antibes, mais les études ne sont pas encore aujourd'hui réalisées de manière exhaustive". Dans les Bouches-du-Rhône, le risque existe aussi. Marseille est également exposée, même si la ville est "un peu plus protégée".

"On sait où, mais on ne sait pas quand"

En sismologie, on s'intéresse beaucoup aux historiques d'évènements, ce sont les seules données fiables pour prévenir les risques. 

On ne peut pas prédire les séismes aujourd'hui, on sait que là où ils se sont produits, ils se reproduiront.

Hélène Hébert, coordinatrice Centre d'alerte tsunami (Cenat).

France 3 Provence-Alpes

Ainsi, la zone sismique autour de Nice est bien identifiée. "Il y a des séismes forts au XIXe siècle, il y en a eu très peu depuis quelques dizaines d'années, mais ça va revenir, ça on le sait". "On sait où, mais on ne sait pas quand", ajoute-t-elle.

Le 23 février 1887, un séisme fort au large de Nice a provoqué un tsunami sur la Côte d'Azur, avec des vagues de un à deux mètres par endroit. Plus proche de nous, le 16 octobre 1979, un tsunami causé par un glissement de terrain a fait 11 morts à l'aéroport. 

Des tsunamis modérés, mais de gros dégâts 

Les tsunamis de Méditerranée sont moins fréquents et d'amplitude faible à modéré, mais ils peuvent être dévastateurs. "En 2003, dans le petit port de la Figueirette ou à Menton, on a des vagues de 1m à 1m50, des bateaux qui ont été coulés et il y a eu pas mal de dégâts matériels", note Hélène Hébert.

C'est un séisme de magnitude 6 au large de l'Algérie qui a provoqué ce tsunami d'environ deux mètres dans les Baléares et qui en France a impacté plusieurs ports de Paca. "Il faut bien imaginer qu'un tsunami d'un mètre, mais ce sont des vagues qui arrivent à 30 ou 40 km/heure et elles vont remonter les plages, les inonder et arriver sur le rivage assez rapidement", explique la géophysicienne, et dans les zones, où la population est très concentrée, comme les zones touristiques, l'impact peut être assez fort". 

Une heure pour se mettre à l'abri

La problématique sur des phénomènes un peu fort, c'est d'évacuer au plus vite les plages. "En Méditerranée, les délais sont assez courts", précise Hélène Hébert. S'il y a un séisme en Algérie, il touche les côtes françaises, une heure à une heure et demie après. Le Cenalt qui surveille les séismes et les tsunamis est capable d'émettre un message d'alerte en 15 minutes. "L'idée, c'est vraiment d'aller très vite après le séisme pour que les autorités nationales, et la sécurité civile, soient prévenues le plus tôt possible jour et nuit, à H/24, pour qu'ils renvoient le message d'alerte vers les populations".

Pour nous, l'enjeu, c'est d'être très rapide et, en 10 minutes de savoir, si un séisme s'est passé sous l'eau ou s'il a des caractéristiques suffisantes pour déclencher un tsunami.

Hélène Hébert, coordinatrice Centre d'alerte tsunamis

France 3 Provence-Alpes

Apprendre à connaître la mer

C'est tout l'enjeu de l'exercice tsunami mené ce vendredi, pour tester la chaîne d'alerte.

Pour Hélène Hébert, il est impératif d'axer la prévention sur les réflexes de la population et de l'éduquer à reconnaître la survenue d'un tsunami. "La difficulté est de reconnaître les signes avant-coureurs et de pouvoir agir dans les minutes qui suivent". Il faut donc, selon elle, apprendre à connaître la mer, son apparence, et être capable de noter quand son aspect devient anormal, et surtout si on a senti une secousse sismique avant.

"Quand on surveille l'apparence de la mer, si elle change de couleur, qu'elle se retire à un niveau bizarre de marée basse, surtout en Méditerranée, c'est un peu atypique, il faut se mettre en veille et se dire qu'il se passe quelque chose'". 

Cela doit devenir la culture des populations qui peuplent le littoral et qui ont un risque accru de vivre un jour un tsunami sur nos côtes. "Les exercices comme celui d'aujourd'hui, c'est l'occasion de rappeler le phénomène, les réactions à avoir, les réponses qui sont apportées, et l'éducation des populations". 

En termes de prévention, le Japon, très exposé, a lui opté pour des mesures plus drastiques comme l'interdiction de construire près de la côte. "En France, on n'en est pas là", conclut Hélène Hébert.