Coronavirus : les plongeurs offrent leur oxygène aux Ehpad

Face à la gravité des cas de coronavirus dans les Ehpad, les clubs de plongée sous-marine offrent leur oxygène. Ces kits d'oxygénothérapies seraient une solution transitoire en attendant une prise en charge par l'hôpital. En moins de 15 jours, 90 kits ont été distribués en Paca.
Face au risque de pénurie de matériel, les plongeurs offrent leurs kits d'urgence d'oxygénothérapie aux EHPAD.
Face au risque de pénurie de matériel, les plongeurs offrent leurs kits d'urgence d'oxygénothérapie aux EHPAD. © Florian Launette / MaxPPP
Il y a 14 jours, "un directeur d'Ehpad m'a contacté, il est lui-même plongeur, il m'a expliqué que dans son établissement, le problème c'est l'oxygénothérapie", raconte Frédéric Di Meglio, président du comité régional Paca de la Fédération française d'étude des sports sous-marin (FFESSM).

Frédéric Di Meglio est aussi médecin ORL et spécialiste de la médecine hyperbare. Sensible à cet appel, il a aussitôt mis en place une chaîne de solidarité et contacté les 340 clubs de plongées de la région. Tous les clubs possèdent au moins un kit d'oxygénothérapie.

Il ne s'agit pas des bouteilles d'air comprimé utilisées pour pratiquer la plongée, mais de kits d'oxygénothérapies. C'est un matériel de sécurité à bord des bateaux, mis en œuvre lors d'un accident de plongée (accident de décompression). Ces kits comprennent une bouteille d'oxygène médical sous pression et un masque qui recouvre tout le visage et ne peuvent être utilisés que par du personnel formé.

"Ce matériel peut être utilisé pendant 4 à 12 heures, en fonction de la capacité de la bouteille d'oxygène et de son mode d'utilisation", précise le médecin hyperbariste.

90 kits d'oxygénothérapie distribués

Les clubs de plongées sont actuellement à l'arrêt pour cause de confinement. En quelques jours, 90 clubs de la région Paca ont proposé leurs kits d'oxygénothérapies pour subvenir aux besoins des Ehpad et chaque jour, de nouvelles offres arrivent.

La liste des clubs a été remise au Syndicat national des établissements et résidences privés pour personnes âgées (Synerpa) qui comprend 380 adhérents, dont 302 Ehpad dans la région.

Pour agir dans les règles et garantir une traçabilité, une convention est signée entre le club prêteur et l'Ehpad qui récupère le matériel.

"Nous sommes très heureux de cet élan de générosité", déclare Christophe Amarantinis, délégué régional du Synerpa. Il précise néanmoins que ce matériel n'est pas destiné à se substituer au matériel médical, ce sont des kits d'urgence.

"Lorsqu'on a vu la vague arrivée, notamment dans l'est de la France et en région parisienne, on a vite compris que les personnes âgées ne seraient pas prioritaires et qu'on risquait de manquer de matériel", explique Christophe Amarantinis.

"J'espère que ces kits ne seront jamais utilisés, mais si nous sommes submergés, ils seront nécessaires en attendant que les malades soient pris en charge par l'hôpital".

Un parcours administratif à respecter

Le président de la FFESSM, Jean-Louis Blanchard, se dit solidaire des clubs de plongée qui souhaitent prêter des kits d'oxygénothérapies, mais rappelle qu'il y a des règles à respecter.

"Je soutiens toutes les initiatives de solidarité envers les malades et les soignants", indique Jean-Louis Blanchard, "mais ces kits ne nous appartiennent pas et il faut l'accord du propriétaire".

Pour appuyer son propos, le président de la FFESSM se réfère à un courrier de la société Air Liquide Santé France (ALSF). Dans ce courrier, publié sur le site internet de la fédération, Françoise Decuyper, pharmacien qualité et relation clients ALSF, rappelle que "les bouteilles d'oxygène médicinal restent la propriété d'ALSF", mais ne s'oppose pas à l'élan de solidarité.

"Pour faire face aux demandes et aux besoins croissants des établissements de santé en cette période de crise sanitaire liée au Covid-19, les clubs de plongée qui souhaitent mettre leur bouteilles d'oxygène médicinal à disposition peuvent contacter notre logistique, pour que nous récupérions ces bouteilles, dans le respect des Bonnes Pratiques de Distribution qui s'appliquent à ces médicaments", indique-t-elle dans son courrier.

Elle précise que "la mise à disposition en dehors de ce cadre est dangereux et proscrit".

Françoise Decuyper conclut, "il n'est donc pas possible que des clubs de plongée prêtent leur bouteilles à des Ehpad, sans respecter la réglementation pharmaceutique qui s'applique à ces médicaments".

Une sécurité administrative dont les plongeurs se seraient bien passés, à l'heure où Emmanuel Macron a appelé à "inventer de nouvelles formes de solidarité" pour faire face à l'épidémie de coronavirus.
 
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