Dégazage au large de la Corse: 6 questions sur la traque du navire responsable

Alors que la pollution en mer au large de la Corse continuait dimanche à s'éloigner de la côte, la traque s'organise pour remonter le sillage du navire pollueur. Le point avec le patron de la gendarmerie maritime à Toulon (Var) chargée de l'enquête.

Un observateur à bord d'un avion Falcon 50 de la base aéronavale de Lann-Bihoué près de Lorient, lors d'une patrouille aérienne.
Un observateur à bord d'un avion Falcon 50 de la base aéronavale de Lann-Bihoué près de Lorient, lors d'une patrouille aérienne. © MARCEL MOCHET / AFP

Près de quatre tonnes d'hydrocarbures ont été récupérées a indiqué dimanche la préfecture maritime. Des hélicoptères et avions ont été dépêchés sur place dès vendredi, jour où la pollution a été repérée pour suivre l'évolution de la situation.

La présence d'hydrocarbures lourds, dont la dissolution est difficile, et l'étendue des différentes nappes d'hydrocarbures orientent l'enquête vers la piste d'un dégazage illégal d'un navire

L'enquête a été ouverte par le parquet de Marseille compétent pour les affaires de pollution maritime sur le littoral méditerranéen français.

Elle a été confiée à la gendarmerie maritime qui devra notamment tenter de retrouver le bateau à l'origine du dégazage sauvage.

"A ce stade, trois navires présents dans une zone élargie autour de la pollution devront faire l'objet de vérifications", indique le colonel Jean-Guillaume Remy, commandant du groupement Méditerranée de la gendarmerie maritime.

Les premières heures sont très importantes pour recueillir un maximum d'informations. Il faut "reconstituer le fil des évènements par des prélèvements, des images satellites", explique le colonel Jean-Guillaume Remy.

La brigade de recherche de la gendarmerie maritime est en charge du suivi de cette affaire. 11 gendarmes sont spécifiquement détachés sur cette enquête. Si la traque devait emmener les enquêteurs dans les eaux internationales ou vers celles d'un autre pays, la section de recherche pourra alors prendre le relais.

Des prélèvements d'hydrocarbures ont été effectués. Ils pourront être utilisés pour des comparaisons avec ceux des navires suspects, "même si ce n'est pas aussi fiable qu'une empreinte ADN, explique le colonel Jean-Guillaume Remy, mais cela peut cependant constituer un élément de preuve."

Météo-France et des organismes spécialisés dans la lutte contre la pollution ont également été sollicités pour effectuer des "études de dérives". Grâce à des modèles, ils vont essayer de définir l'espace-temps dans lequel le dégazage a eu lieu.

C'est ce qu'on appelle "l'état de surface", c'est-à-dire identifier quels étaient les navires qui étaient présents sur la zone dans l'espace-temps retenu.

La France dispose du système de surveillance Spationav qui regroupe les données recueillies par les avions de la Marine nationale, les sémaphores, les enregistrements de balises ou encore des données de satellites.

A cela s'ajoutent les moyens de surveillance de l'Agence de sauvegarde maritime européenne, basée à Lisbonne.

Une fois identifiés les navires qui étaient dans la zone, on sélectionne ceux qui pourraient, par leur capacité, être potentiellement à l'origine de la pollution, explique le colonel Jean-Guillaume Remy.

Commence alors une "enquête de voisinage". Dans un premier temps, les navires ciblés sont considérés comme des témoins ayant pu observer un dégazage. "Au fur et à mesure, on affine."

Si le navire identifié est français les auditions seront réalisées par la gendarmerie maritime. S'il s'agit de navires dans des ports étrangers, la juridiction spécialisée de Marseille sous l'autorité du procureur, pourra demander une entraide internationale.

C'est encore et toujours l'argent le nerf de la guerre. Normalement, le nettoyage des cuves d'un navire doit s'effectuer dans un port, avec une société spécialisée.

Cette procédure spécifique respecte des normes environnementales très strictes, ce qui représente un coût auquel les armateurs tentent d'échapper.

Si des infractions sont constatées des suites judiciaires sont systématiquement données, indique le colonel Jean-Guillaume Remy.

La pollution volontaire en milieu maritime est passible de peines d'emprisonnement et d'amendes allant de 50.000 à 10 millions d'euros, selon l'importance du navire.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
justice pollution environnement mer nature société méditerranée