Dry January : "La France a toujours eu une position ambiguë avec l’alcool..." Le coup de gueule de la Ligue contre le cancer

Faire une "une pause avec l'alcool" durant tout le mois de janvier, un défi encouragé par la Ligue contre le cancer. Mais selon l'association, le Dry January permet "une prise de conscience" qui doit déboucher sur un Plan national de lutte, à l'instar du tabagisme. Et propose des mesures concrètes.

Ils étaient 16 000 inscrits pour l'édition 2023 du "défi de janvier", bien décidés à faire "une pause avec l'alcool". Selon un sondage Ifop, 33 % des Français se sont montrés séduits par l'expérience, prêts à ne pas boire une seule goutte d'alcool durant le mois de janvier. Parmi les 18-24 ans, 40% avaient l'intention d'y participer. Un chiffre encore insuffisant selon La Ligue contre le cancer, pour laquelle "débanaliser la consommation d’alcool est un défi toute l’année".

Soutenue par une cinquantaine d'addictologues, signataires d'une lettre ouverte au gouvernement, la Ligue veut faire du Dry January un levier pour basculer dans un grand Plan national de lutte contre l'alcool. Elle propose des mesures concrètes, qui pour certaines "ont prouvé leur efficacité chez nos voisins européens".

"L'État doit envoyer des signaux clairs"

Ce challenge, imaginé en 2013 par l'organisation britannique Alcohol Change UK, "peut avoir des bénéfices sur la santé et permettre de réévaluer sa consommation d'alcool", explique Yana Dimitrova, chargée de prévention à la Ligue contre le cancer, "mais il faut aller plus loin, l'État doit envoyer des signaux forts et clairs et cesser d'être dans la contradiction".

Daniel Nizri, président de l'association, insiste, "notre pays a toujours eu une position ambiguë vis-à-vis de l’alcool", soulignant les "paradoxes des messages" de prévention des pouvoirs publics, trop axés sur la prévention des excès et non sur la consommation d'alcool tout court. La Ligue contre le cancer met clairement en cause "l'influence des alcooliers" à laquelle l'État se soumet. Daniel Nizri ne mâche pas ses mots : "l’alcool rend malade, l’alcool tue, nous devons tous agir à notre échelle" pour endiguer la seconde cause de cancer dans le pays, avec 41 000 décès au compteur chaque année.

La vente d'alcool aux mineurs dans le collimateur

Parmi les propositions phares de la Ligue, un plan national de lutte contre l’alcool permettrait au gouvernement de fixer un cap, au travers d'une "politique gouvernementale volontariste, coordonnée et pérenne" qui parlerait à tous les Français.

Yana Dimitrova revient sur des dysfonctionnements tels que la vente d'alcool aux mineurs, interdite depuis 2011 en vertu de la loi Bachelot. "En France, nous sommes extrêmement laxistes, l'interdiction n'est pas respectée et aucune sanction n'est appliquée".

La Ligue réclame un renforcement des contrôles auprès des débits de boissons et de la grande distribution, s'appuyant sur l’étude de "clients mystères mineurs" de l’Association Addictions France qui met un carton rouge aux cafés, bars et fastfoods peu regardants sur l'âge des consommateurs de boissons alcoolisées.

Un point de vue partagé par l'addictologue Pierre Cano, "c'est un chantier phénoménal, la carte d’identité n'est exigée nulle part, mais l'âge d’un gamin entre 16 et 19 ans n'est pas écrit sur son front ! " Pour le porte-parole d'Addictions France 13, il est urgent d'appliquer avec sévérité la législation en vigueur.

Moins de pub et des prix planchers

Autre texte législatif dont l’esprit semble s'être évaporé : la loi Evin visant à encadrer la publicité des boissons alcoolisées. "Dénormaliser la consommation de l’alcool, passe un rétropédalage en matière d'affichage". Yana Dimitrova rappelle qu'il y a "beaucoup trop de publicité, partout dans les lieux publics, dans le métro, l'alcool continue d'occuper le terrain et ça banalise" et sur ce point aussi, la Ligue demande à l'État de revoir sa copie.

Enfin, autre proposition, l’instauration d'un prix minimum pour l'alcool, en se calquant sur l’Écosse, premier pays de l’Union européenne en 2018 à introduire cette mesure, afin d’empêcher les ventes d’alcool à prix cassé. Depuis, la consommation d’alcool dans ce pays a baissé de 3%, indique la Ligue, atteignant son niveau le plus bas depuis 25 ans. Une mesure par ailleurs jugée efficace par l'OMS.

Autant de "gestes forts" réclamés par des addictologues dans leur lettre ouverte adressée au ministre de la Santé le 12 décembre 2023, tandis qu'au printemps dernier, le ministère de la Santé avait retoqué deux campagnes de prévention sur les risques liés à la consommation d’alcool.