Bataille politique à Marseille autour de l’accueil des migrants mineurs isolés

Mardi 2 mars, 44 mineurs isolés étrangers se sont rendus à la mairie de Marseille. Ils ont été pris en charge et mis à l'abri dans un gymnase municipal. La municipalité pointe du doigt l'inaction du Département qui dénonce une "instrumentalisatoin de la détresse humaine". 

Mardi 2 mars, des mineurs isolés étrangers, accompagnés par le Collectif 59 Saint-Just se sont rassemblés devant la mairie de Marseille
Mardi 2 mars, des mineurs isolés étrangers, accompagnés par le Collectif 59 Saint-Just se sont rassemblés devant la mairie de Marseille © VALERIE VREL / MaxPPP

Ils ont planté les tentes devant la mairie de Marseille, en guise de protestation. Mardi 2 mars, plusieurs dizaines de mineurs isolés étrangers se sont rassemblés, accompagnés par le collectif 59 Saint-Just. Des tentes, comme unique toit, pour 44 jeunes, "dont certains vivant à la rue depuis plusieurs mois", relate un communiqué de la Ville de Marseille. 

"Toute la journée, la Ville de Marseille a sollicité la Présidente du Département qui a pourtant l’obligation de prendre en charge tous les enfants en danger du territoire", indique le communiqué. "Le Département a opposé un silence coupable à la détresse de ces enfants". 

En conséquence la ville de Marseille a hébergé ces 44 mineurs dans un gymnase municipal. Audrey Garino, adjointe au Maire de Marseille, en charge des affaires sociales, confirme que le gymnase sera fermé dès ce soir, "après la prise en charge de tous les jeunes par l'ADDAP 13". 

"Trois mois d'attente" pour un hébergement

Dans un communiqué, le collectif 59 Saint-Just, à l'origine du rassemblement de soutien aux Mineurs Non Accompagnés (MNA), explique que "150 jeunes sont sur liste d'attente".

Selon le collectif, "un adolescent doit attendre plus de trois mois avant d'être mis à l'abri pour évaluation par l'ADDAP 13", l'association en charge de l'accompagnement de ces mineurs isolés, pour le compte du Département des Bouches-du-Rhône. 

Des délais trop longs, pendant lesquels "des dizaines d'adolescents dorment dehors, et ce malgré l'hiver et la crise sanitaire", se désole le collectif. 

1014 places d'hébergement dans le Département

Contactée par téléphone, Brigitte Devésa, Vice-Présidente du Conseil Départemental, en charge de la Santé et de l'Aide Sociale à l'Enfance, regrette "l'instrumentalisation par l'équipe municipale de la misère humaine". 

L'élue précise que le département dispose de 1014 places d'hébergement consacrées aux MNA : "la situation ne cesse de se dégrader depuis 2015, malgré la création de 236 places en 2020 et déjà 19 places en 2021". Selon elle, l'attente entre le premier contact et la mise à l'abri des jeunes avoisinne les trois ou quatre semaines, le temps d'une évaluation de la situation. 

Un délai pendant lequel Brigitte Devésa admet que les MNA sont livrés à eux-mêmes, soit "hébergés par des amis, ou pris en charge par une association". "Les capacités d'accueil sont continuellement saturées mais le Département déploie tout l'appareil légal pour faire face à cette situation", ajoute-t-elle. 

"50 millions d'euros par an", mobilisés par le Département

Pointée du doigt par la mairie de Marseille, Martine Vassal, présidente du département des Bouches-du-Rhône a réagi hier sur son compte twitter. Elle accuse "certains" de "favoriser le trafic d’être humain et instrumentaliser la misère". 

 "L’irresponsabilité d’un tel comportement contraint le département des Bouches-du-Rhône, à mobiliser 50 millions d’euros par an, soit 4.000 euros par mois et par migrant", ajoute-t-elle. 

Une réaction qui a fait bondir Michèle Rubirola, 1ère adjointe à la mairie de Marseille. Dans un autre tweet, elle exhorte la Présidente du Département à mettre "ces considérations discriminatoires de côté". 

"La justice vous l’a déjà rappelé des centaines de fois: TOUS les enfants mineurs isolés doivent être mis à l’abris", s'indigne Michèle Rubirola. 

326 Mineurs Non Accompagnés mis à l'abri en 2019

La mise à l’abri des mineurs isolés étrangers est régie par la Loi n° 2016-297 du 14 mars 2016 relative à la protection de l’enfant : "Les mineurs privés temporairement ou définitivement de la protection de leur famille, relèvent de l’enfance en danger et doivent à ce titre être accueillis par les établissements et services de protection de l’enfance, sur décision du président du conseil départemental".

C'est l'association ADDAP 13 qui est en charge de cette compétence pour le compte du département des Bouches-du-Rhône. Dans son relevé d'activité 2019, l'association indique qu'elle a hébergé 326 jeunes cette année-là.

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