Marseille : il y a 40 ans, la dernière exécution d'un condamné à mort en France

Hamida Djandoubi le jour du début de son procès à Aix-en-Provence le 24 février 1977 / © Photo AFP Gérard Fouet
Hamida Djandoubi le jour du début de son procès à Aix-en-Provence le 24 février 1977 / © Photo AFP Gérard Fouet

le 10 septembre 1977, Hamida Djandoubi, 27 ans, est guillotiné à Marseille à la prsion des Baumettes, c'est la dernière exécution d'un condamné à mort en France.

Par Marc Civallero avec AFP

En France, Les deux dernières exécution capitales ont eu lieu en 1977:  il s'agissait de Jérôme Carrein exécuté le 23 juin pour viol et meurtre d'une enfant et du Tunisien Hamida Djandoubi exécuté le 10 septembre pour l'assassinat d'une jeune femme et viols avec sévices sur une adolescente. Hamida Djandoubi est guillotiné à Marseille c'est la dernière exécution d'un condamné à mort.

Monique Mabelly, doyenne des juges d'instruction de la ville, a été désignée pour faire partie des témoins de la scène. En rentrant chez elle, elle consigne par écrit ses impressions. Le document est rendu public dans Le Monde en 2013 par l'ancien garde des Sceaux Robert Badinter, qui a fait abolir la peine de mort en 1981. Voilà ce qu'elle écrit : "J'entends un bruit sourd. Je me retourne, du sang, beaucoup de sang, du sang très rouge, le corps a basculé dans le panier"

La magistrate décrit toute la scène, du moment où le condamné est réveillé jusqu'à cette effusion de sang, rincée par un gardien avec un tuyau d'arrosage pour "vite effacer les traces du crime". Elle s'attarde aussi sur le physique de Djandoubi, un Tunisien condamné pour avoir torturé et tué son ex-compagne: "Il est jeune. Les cheveux très noirs, bien coiffés. Le visage est assez beau, des traits réguliers, mais le teint livide et des cernes sous les yeux. Il n'a rien d'un débile, ni d'une brute".

L'historien Jean-Yves Le Naour a dressé le portrait d'Hamida Djandoubi dans "Le dernier guillotiné", il le décrit en ces termes : " cet aîné d'une famille de huit enfants subit les coups et les brimades de sa mère à Tunis durant toute son enfance. A 19 ans, il quitte son pays. Il est décrit comme un garçon doux, docile, travailleur et honnête qui a du succès auprès des femmes, il a la jambe broyée par un motoculteur en 1971"

A son procès Hamida Djandoubi va d'ailleurs notamment déclaré :"C'est depuis ce jour-là que par moment, je me rends compte que je ne suis pas normal. J'en ai voulu à tout le monde, et en particulier aux femmes".

A l'hôpital, il rencontre Elisabeth Bousquet, 19 ans. Très vite, leur idylle vire au sordide. Hamida Djandoubi bat Elisabeth et la prostitue contre son gré. En mai 1973, elle porte plainte contre lui, mais la procédure n'aboutit pas. Quand Elisabeth retombe sur Hamida plus d'un an après, le jeune homme forme un ménage à trois avec deux jeunes filles qu'il séquestre et prostitue. Sous les yeux de ses deux prisonnières, il la torture et finit par l'étrangler dans un cabanon de Lançon-de-Provence.

Le 25 février 1977, Hamida Djandoubi est condamné à la peine de mort. Il se pourvoit en cassation, sans succès. Près de six mois plus tard, le 10 septembre, il est réveillé peu avant 04H00 du matin pour son exécution. Il met sans un mot sa prothèse de jambe avant d'être conduit sans résistance jusqu'à un préau de la prison marseillaise des Baumettes. Un de ses avocats Me Jean Goudareau raconte : "Il y a un silence particulièrement angoissant, et pourtant il y a près de 30 personnes autour du condamné. Tout cela dure près de 40 minutes. C'est évidemment trop long et insupportable"

Attablé pour boire un verre de rhum et fumer deux cigarettes, Hamida Djandoubi ne laisse aucun mot sur la feuille mise à sa disposition. Hamida Djandoubi se voit refuser une troisième cigarette par le bourreau, qui s'impatiente. On lie alors prestement ses mains avec une cordelette, on coupe le col de sa chemise, avant d'avancer la guillotine dans la cour. Quelques instants plus tard, il est mort.

Après Christian Ranucci en juillet 1976, pour l'enlèvement et le meurtre d'une fillette, et Jérôme Carrein en juin 1977 pour l'enlèvement, le viol et l'assassinat d'une autre fillette, Hamida Djandoubi est le troisième condamné exécuté sous le septennat de Valéry Giscard d'Estaing qui s'était pourtant dit hostile à la guillotine pendant la campagne présidentielle de 1974.

C'est sous la présidence de son successeur François Mitterrand, par la loi du 9 octobre 1981, que la peine de mort sera abolie en France. En février 2007, le président de la République Jacques Chirac fait inscrire dans la Constitution française que "nul ne peut être condamné à la peine de mort".

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