Marseille : des mini croisières "à visée électorale", le procès d’Henri Jibrayel renvoyé

Le procès de l'ancien député socialiste des Bouches-du-Rhône a été renvoyé sans que soit fixé une nouvelle date pour l'audience. Henri Jibrayel devait être jugé devant le tribunal correctionnel de Marseille pour détournements de subventions.
Le procès d’Henri Jibrayel, ancien député socialiste des Bouches-du-Rhône, une nouvelle fois renvoyé.
Le procès d’Henri Jibrayel, ancien député socialiste des Bouches-du-Rhône, une nouvelle fois renvoyé. © Nicolas Vallauri / MaxPPP
Le 2 avril au matin, les portes du Palais de Marseille sont fermées. Le procès d’Henri Jibrayel, ancien député socialiste des Bouches-du-Rhône, n’aura pas lieu. L’affaire est renvoyée sine die. 

La justice reproche à l’homme politique des faits d’abus de confiance et de prise illégale d’intérêts. L'affaire porte sur une période de janvier 2011 à décembre 2012.

C’est la quatrième fois, en l’espace de six mois, que le procès de l’élu des quartiers Nord de Marseille est renvoyé.

Comme tous les secteurs d’activité, la justice n’a pas échappé à l’effet confinement. Elle a été prise de court par les mesures sanitaires, entrées en vigueur pour limiter la pandémie du coronavirus.

Quatre mini croisières pour 70.000 euros

Tout a commencé par une lettre anonyme adressée en mars 2011 au procureur de la République de Marseille. Elle dénonce les agissements d’associations proches d’Henri Jibrayel et de son entourage.

En cause notamment, l’organisation et le financement de mini croisières, sur deux ferries de la compagnie maritime SNCM, pour "les petits vieux" habitant la circonscription du parlementaire. 

Ces quatre odyssées, autour des îles de Porquerolles à bord du Napoléon Bonaparte et du Danielle Casanova, se sont déroulées en mai 2011 et juin 2012, pour un coût estimé à plus de 70.000 euros. 

Ce montant a été réglé par trois associations, dont deux étaient dirigées par son assistante parlementaire, décédée au cours de l’enquête.

Plus de 20.000 personnes âgées ont été ainsi invitées par le député.
Archives. Le Napoléon Bonaparte et le Danielle Casanova, deux navires de l'ex compagnie SNCM, sur lesquelles les mini croisières Jibrayel étaient organisées.
Archives. Le Napoléon Bonaparte et le Danielle Casanova, deux navires de l'ex compagnie SNCM, sur lesquelles les mini croisières Jibrayel étaient organisées. © Serge MERCIER / MaxPPP
Henri Jibrayel était aussi conseiller général des Bouches-du-Rhône. Aujourd’hui, l'homme est conseiller départemental.

Selon la justice, il serait intervenu de nombreuses fois pour que les subventions soient versées à ces trois associations. D’où sa mise en examen pour prise illégale d’intérêts en décembre 2014. 

Le détournement des sommes versées aux structures associatives par la collectivité entraîne la mise en examen pour abus de confiance

D’après l’accusation, l’ancien député était le gérant de fait des trois associations. Les structures étaient intimement liées à l’activité politique de l’élu.

Opérations à visée électorale

Les magistrats qui ont rédigé l’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel, démontrent que l’enquête a mis en lumière "un système visant à détourner des subventions, via des associations de quartier n’ayant aucune autonomie, dans le but de financer des opérations à visée électorale".
 

N’oubliez pas de voter pour moi !

L’information judiciaire révèle que ces croisières étaient présentées par les présidents des associations "comme des cadeaux de M. Jibrayel".

Selon le dossier de l'accusation, l'homme politique avait indiqué être le seul à demander des subventions pour les personnes âgées et prononçait à chaque manifestation des mots qui voulaient dire : "N’oubliez pas de voter pour moi !"
 

Je ne suis pas un voyou ni un voleur !

Contacté par téléphone mercredi 27 mai, Henri Jibrayel reste sur ses positions depuis le début de cette affaire.

"Je ne suis pas responsable de ces associations qui prenaient leurs décisions en leur âme et conscience", affirme-t-il.

"Je suis étranger aux faits qui me sont reprochés. Je suis serein. J’attends une relaxe. J’ai confiance dans la justice de mon pays. Je ne suis pas un voyou ni un voleur !"

Renvoyé devant le tribunal correctionnel en compagnie d’un président d’une association, Henri Jibrayel encourt au maximum cinq ans de prison et 500.000 euros d’amende.

Pour le moment, aucune date de procès n’a encore été fixée.
 
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