Marseille : sur le campus de Luminy, les étudiants bravent les interdits lors de fêtes clandestines

 Le temps d’une soirée, ils viennent oublier la crise actuelle et décompresser autour d’une bière ou d’un cocktail fait maison. Les soirées clandestines se multiplient sur le campus de Luminy à Marseille pour les étudiants en mal de sociabilité. 

Le jeudi soir sur le campus de Luminy à Marseille, c'est la fête.
Le jeudi soir sur le campus de Luminy à Marseille, c'est la fête. © DR

Une enceinte, des copains de classe et des tables de pique-nique, voilà de quoi faire une soirée.

Comme chaque jeudi soir à Luminy, les étudiants sortent de leurs chambres universitaires pour se retrouver en douce, après le couvre-feu.

Ils sont d’abord une dizaine, puis une cinquantaine, jusqu’à parfois 200.

Le temps d’une soirée, ils viennent oublier la crise actuelle et décompresser autour d’une bière ou d’un cocktail fait maison.

A chaque retrouvaille, les sourires éclatent et les cris de joie résonnent sur le campus.

« C’est le premier soir où je vais voir du monde cette semaine », se réjouit un étudiant.

« Je vais essayer de profiter de ce moment pour voir des personnes autres que mon chat et mon hamster ».

Dans la foule, tous les témoignages se ressemblent.

La plupart est là pour lutter contre la solitude et la morosité du contexte actuel.

Entre quelques pas de danse, ils nous confient : « Pour réussir, c’est important de faire du sport, de se vider la tête, mais surtout de voir du monde et d’échanger. Et ça c’est quelque chose qui est complètement levé. On n’a plus de travail en groupe, quelque fois on peut même plus aller en cours. On nous demande d’être assis 10 heures sur l’ordinateur, c’est complètement impossible. On a l’impression, en tant qu’étudiant, d’être toujours hors la loi dès qu’on se regroupe, alors qu’on veut juste de l’interaction sociale. »

Une transgression devenue vitale

Transgresser les règles pour lutter contre l’isolement, c’est ainsi que les habitants du campus voient les choses. Une insouciance, dont la plupart sont conscients.

Parmi la foule d’étudiants auto-déconfinés, l’un d’entre eux regrette de  devoir en arriver là : « C’est notre dernière année à la fac, sans soirée. On rate le week-end ski, on rate plein d’évènements qui auraient pu marquer notre jeunesse. On se retrouve à passer des soirées clandestines dehors. On n’a pas de chauffage, on a rien du tout ».

Sous la lueur des réverbères du campus, quelques rondes de danse sont improvisées. Quand la baffle portative crache le tube musical de l’année, la foule de jeunes universitaires s’égosille en cœur.  Bras dessus, bras dessous, la communion est totale. Si la scène peut rappeller les soirées d’avant le Covid-19, elle ne dure que jusqu’à une certaine heure.

La fête est finie

Il est 23h quand la première alerte est donnée : « Police ! » s’exclame un fêtard. Les forces de l’ordre seraient en train d’entrer sur le campus. Le cortège prend alors instantanément la direction de « La chaufferie ».

C’est le nom donné à un bâtiment désaffecté du site, situé en plein cœur du parc national des Calanques.

Un bunker  avec une vue imprenable sur Marseille, devenu provisoirement une boîte de nuit improvisée.

Les étudiants savent que la soirée touche à sa fin.

« On assume », s’exclame une jeune participante.

Pour quelques minutes de gagnées, ils profitent des derniers instants d’insouciance avant de se faire rattraper par la loi.

Une heure plus tard, une quinzaine de policiers a déjà encerclé le bâtiment.

« Police ! Personne ne bouge ! », hurle un homme avec un casque et un bouclier.

Cette fois, la fête est finie. Les gardiens de la paix plaquent au sol les étudiants qui tentent de s’échapper.

Certains parviennent malgré tout à prendre la poudre d’escampette à travers le maquis.

Le jeu du chat et de la souris dure ainsi une petite heure encore.

Les chiens de policiers aboient, les amendes pleuvent. Certaines interpellations sont plus musclées que d’autres. Plusieurs étudiants seront blessés.

Bilan de la soirée : trois interpellations et 24 verbalisations. Peut-être le prix de la transgression… ou en tout cas, le prix d’un souvenir étudiant en temps de Covid.

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