Marseille : les trésors de la grotte Cosquer engloutis par la montée des eaux

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Écrit par Pauline Guigou (avec AFP)

Alors que la réplique de la grotte Cosquer ouvre ses portes au public samedi 4 juin à Marseille, archéologues et scientifiques continuent de plonger sur le site. La montée des eaux menace d’immerger la grotte. Et ses derniers secrets.

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Depuis l’officialisation de sa découverte par le plongeur scaphandrier Henri Cosquer en 1991, ils ne sont que quelques privilégiés, scientifiques et archéologues, à pouvoir y pénétrer.

La grotte Cosquer est nichée dans une calanque de Marseille, à 37 mètres de profondeur, et il faut remonter un boyau long de plus de 116 mètres, avant de déboucher sur cette caverne, de 2.500 m2, en grande partie immergée.

Luc Vanrell, un archéologue qui a passé plus de 30 ans de sa vie à étudier Cosquer, parle de "choc esthétique" qui marque une vie.

Sous les yeux des plongeurs, sur les parois sèches, se dévoilent gravures et dessins du Paléolithique supérieur.

Les parois ornées de la grotte témoignent de la variété des animaux présents sur le site: chevaux, bouquetins, bovidés, cerfs, bisons et antilopes saïga, mais aussi phoques, pingouins, poissons ainsi qu'un félin et un ours... Au total 229 figures de 13 espèces sont représentées. 

Soixante-neuf pochoirs de mains rouges ou noires et trois empreintes involontaires de mains, dont celles d'enfants, ont été également répertoriées, ainsi que plusieurs centaines de signes géométriques et huit représentations sexuelles masculines et féminines.

L'art pariétal menacé

Une richesse graphique et inégalité qu’il faut inventorier. C’est tout l’objectif des dizaines de missions archéologiques qui s’enchaînent depuis trente ans.

En été 2011, Luc Vanrell et son équipe tirent la sonnette d’alarme : le niveau de la mer est monté de 12 cm de manière très brutale, et continue sa progression de quelques millimètres chaque année. Une montée des eaux due au réchauffement climatique, mais aussi à la pollution marine, qui menacent l’art pariétal.

C’est donc une véritable course contre la montre qui se joue. Il s’agit pour les scientifiques , de cartographier numériquement en 3D les parois de la grotte, où quelque 600 "entités graphiques" ont déjà été répertoriées.

"Notre objectif fantasmé serait de faire remonter la grotte à la surface", sourit l'un des plongeurs, Bertrand Chazaly, responsable des opérations de numérisation. "Finalisée, notre grotte Cosquer virtuelle, d'une précision millimétrique, sera un outil de recherche indispensable pour les conservateurs et archéologues qui ne peuvent accéder physiquement au site." ajoute-t-il. 

"A l'époque, on était en pleine glaciation, le niveau de la mer se trouvait 135 mètres plus bas et le littoral 10 km plus loin", raconte l'archéologue Michel Olive, chargé de l'étude de la grotte au service régional de l'archéologie (DRAC).

"L'entrée de la grotte, légèrement en hauteur et exposée plein sud, faisait face à une vaste plaine couverte de graminées et protégée par les falaises, un lieu extrêmement favorable pour l'homme préhistorique", dit-il.

Encore de nombreuses énigmes

Des hommes et des femmes ont fréquenté cette grotte pendant des millénaires, "entre 33.000 et 18.500 avant le présent". Les archéologues s’accordent pour dire qu’ils n’y vivaient pas.

Ils évoquent un sanctuaire ou un lieu de réunion, voire d'un "site d'extraction de mondmilch (aussi appelé lait de lune, NDLR), cette matière blanche des parois utilisée pour des peintures corporelles ou les peintures et gravures", explique Michel Olive.

De nombreuses énigmes hantent encore les archéologues : les chasseurs-cueilleurs domestiquaient-ils leurs chevaux ? C’est ce que laisse à penser la longueur des crinières représentées. Confectionnaient-ils des vêtements, comme le laisse supposer l'empreinte fortuite d'un matériau tissé sur une paroi ?

La grotte Cosquer a su garder ses secrets pendant des millénaires, elle pourrait les enfouir à jamais, en seulement quelques décennies.