Marseille : une étude démontre une flambée des prix non justifiée des médicaments anticancéreux

Une étude conduite par l’Institut Paoli-Calmettes (IPC) révèle que l’explosion des prix des médicaments anticancéreux ne correspond pas à leur niveau d’efficacité, jugé moyen pour la plupart. L’étude a porté sur une période de 13 ans, jusqu’en 2017.

© Anne-Christine Poujolat/AFP

C’est une étude qui va faire grand bruit. Ces dernières années, les innovations en matière de traitement du cancer ont suivi une courbe de prix ascendante inquiétante. A terme, notre système de sécurité sociale pourrait en partir, et entraîner un accès inégal aux soins.

Le centre anti-cancer Paoli Calmettes (IPC), a conduit une étude portant sur les relations entre le prix et le bénéfice thérapeutique des nouveaux médicaments anticancéreux en France, sur la période de 2004 à 2017.

L’étude a été publiée dans l’European Journal of Cancer. L’équipe de recherches était dirigée par le chercheur américain Marc Rodwin, et Patricia Marino, chercheur à l’IPC.

4600 euros par mois de traitement

Le Professeur Anthony Gonçalves, Chef du Département d'Oncologie Médicale à l'IPC est l'un des auteurs de l'étude.

"L’objectif de cette étude était de savoir s’il existe une relation entre le prix et le bénéfice que ces médicaments induisent en terme de survie, de qualité de vie", explique l’oncologue. "Car les industriels expliquent que les médicaments sont de plus en plus chers car ils sont de plus en plus sophistiqués et efficaces".

Pour exemple, le coût moyen d’un traitement anticancéreux enregistré entre 2004 et 2017 est de 4600 euros par mois.

"Vous imaginez, ce sont des traitements administrés sur des périodes prolongées, de plusieurs mois, voire de plusieurs années", poursuit le Pr Gonçalves. Ca fait très rapidement des traitements de 50000 euros par an. Et il y a de grandes variations. Certains médicaments valent plus de 20000 euros par mois".

Le groupe d’études a ciblé 36 médicaments préconisés dans le traitement de cancers, excepté le cancer du sang.

En se fiant à des indices établis par l’Europe et par la Haute Autorité de Santé (HAS) en France, les chercheurs constatent que les prix ont augmenté de 50 % en l’espace de 13 ans.

Pourtant, la HAS a établi que 71% de ces médicaments n’ont qu’un bénéfice thérapeutique modeste. Les chercheurs font le constat suivant : la corrélation entre le prix et le bénéfice thérapeutique est lui aussi modeste.

Ils vont même plus loin, et comparent le prix des médicaments anciens aux prix des nouveaux.

"Nous constatons alors qu’il n’y a aucune corrélation. C’est-à-dire que l’augmentation du prix du traitement, par rapport à ce qu’il se faisait avant n’est absolument pas justifiée par une augmentation d’efficacité".

En d’autres termes, ça n’est pas parce que c’est nouveau que c’est mieux.

Des négociations opaques

Comment sont fixés les prix des médicaments sur le sol français ?

Le Comité économique des produits de santé (CEPS), est chargé de fixer le prix. Et il entre en négociation avec l’industriel pour pouvoir établir le prix.

"Il s’opère une négociation peu transparente, pour ne pas dire opaque, au terme de laquelle le prix sort", précise le co-auteur de l'étude..

Aux Etats Unis, même les malades qui ont des assurances privées, doivent en général payer quelque chose, et ils s’endettent.

"La première cause de faillite personnelle chez les Américains est due à l’endettement pour les traitements", poursuit l’oncologue et chercheur.

"En France, les malades ne s’en rendent pas compte, et c’est heureux, c’est la sécurité sociale qui paye. Il s'agit d'une question brûlante car l'augmentation explosive du prix des médicaments du cancer exerce une pression croissante sur l'équilibre de notre système de sécurité sociale et va finir par menacer l'accès de chacun aux vraies innovations thérapeutiques". 

Pour les auteurs, les autorités devraient s’interroger sur cette question de rapport prix/efficacité des médicaments anticancéreux.

"De nouvelles règles permettant d'établir des prix justes et équitables sont à examiner", conclut le Pr Gonçalves.
 
 

 

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