Plan de lutte contre les violences conjugales : "ce n'est pas à la hauteur de l'électrochoc promis"

En clôture du Grenelle, le Premier ministre a présenté les principaux points de son plan de lutte contre les violences conjugales. Les associations jugent nettement insuffisantes ces mesures et les moyens annoncés.

Manifestation contre les violences faites aux femmes à Paris le 23 novembre.
Manifestation contre les violences faites aux femmes à Paris le 23 novembre. © DOMINIQUE FAGET / AFP
121 femmes sont mortes en 2018 en France sous les coups d'un conjoint ou d'un ex-conjoint. Dans 65 % des cas, ces violences conjugales avaient été signalées à la police.

Face à ce terrible constat, les associations qui aident les victimes attendaient beaucoup du plan annoncé par le gouvernement.

La prévention passe par l'éducation

Espoirs déçus pour Jean-Pierre Lanfrey, le président du Relais des possibles qui héberge des femmes victimes de violences, à Aix-en-Provence. 

"Je ressens une colère rentrée car cela se fera à moyens constants et ces mesures ne feront pas bouger quoi que ce soit de la réalité, explique-t-il. Il faut premièrement de la prévention et cela veut dire des mesures d'éducation, et deuxièmement des moyens humains".

"Tout est bon à prendre mais nous voulons entendre qu'il y aura plus de professeurs référents dans l'Education nationale. Les gendarmes font des efforts et des formations mais ils ne sont déjà pas assez nombreux pour assurer les tâches de protection et de sécurité.... Il faut mettre le paquet pour avoir des résultats."
La marche contre les féminicides prévue à Marseille a dû être annulée en raison de la météo, elle s'est transformée en rassemblement sous l'Ombrière du Vieux Port.
La marche contre les féminicides prévue à Marseille a dû être annulée en raison de la météo, elle s'est transformée en rassemblement sous l'Ombrière du Vieux Port. © FTV
"Ce n'est pas à la hauteur de l'électrochoc promis, réagit de son côté Marie-Paule Grossetête, présidente de Osez le Féminisme 13.

Elle juge ainsi insuffisante la création, d'ici 2021, de 80 postes supplémentaires d'intervenants sociaux dans les commissariats et gendarmeries. Chargés d'accueillir les femmes victimes de violences, ils viendront compléter un dispositif qui compte actuellement 271 agents.

"80 intervenants sociaux, c'est bien, mais ça ne suffira pas, il y a déjà un déficit d'intervenants sociaux dans les gendarmeries, une dizaine rien que dans les Bouches-du-Rhône", note-elle. "Les chiffres sont dérisoires face à l'ampleur du problème", approuve le président du relais aixois.

Pour Osez le Féminisme 13, il y a un manque de moyens mais aussi de formation des agents chargés de l'accueil des victimes. 

"Il faut des personnes qui savent accueillir la victime avec bienveillance. C'est très difficile de savoir écouter la victime, elle ne va pas toujours dire les choses ou elle va le faire de manière détournée en parlant des enfants. C'est un métier." 

Du saupoudrage

"Depuis deux ans, les plaintes affluent, mais 80 % des plaintes ne sont pas suivies d'une mise à l'écart de l'auteur des violences, s'indigne Marie-Paule Grossetête. On demande des preuves excessives aux victimes, il faut changer la prise de plainte. Ces mesures ne feront pas baisser le nombre de conjoints violents qui restent dans la nature". 

"Il y a de bonnes choses dans ce plan mais c'est du saupoudrage, regrette-t-elle. 1000 places d'hébergement créées en 2020, ça c'est du concret, mais il faut pérenniser tout cela. 360 millions d'euros... on attend de voir comment ils seront dépensés". 

Une femme meurt tous les deux jours en France de violences conjugales. Sur sa page Facebook, le collectif "Féminicides par compagnons ou ex" détaille les 138 cas recensés depuis le début de l'année.Les associations qui oeuvrent quotidiennement sur le terrain auprès des femmes victimes de leur conjoint espéraient bien plus de ce premier Grenelle lancé le 3 septembre alors que le Gouvernement a fait de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles une grande cause du quinquennat






 
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