Aix-en-Provence, le Relais des possibles au chevet des femmes victimes de violence

Illustration - Présenté en 2005 par le ministère de la Justice, un film de sensibilisation pour renforcer la lutte contre les violences au sein du couple. / © REMI OCHLIK / MaxPPP
Illustration - Présenté en 2005 par le ministère de la Justice, un film de sensibilisation pour renforcer la lutte contre les violences au sein du couple. / © REMI OCHLIK / MaxPPP

Les femmes victimes de violences conjugales, sous emprise, ont parfois du mal à demander de l'aide. A Aix-en-Provence, le Relais des possibles accueillent ces femmes et leurs enfants qui ont fui leur domicile. Mais la structure est petite et les séjours de plus en plus longs. Rencontre.

Par GB

Elles ont souvent vécu un long parcours, fait de coups au corps et de bleus à l'âme. Avant de trouver le courage de fuir. C'est le cas de Lucie*. Après onze années passées sous l'emprise de son ex-mari, elle a trouvé la ressource pour s'échapper.

En mai dernier, à bout des violences, Lucie quitte son domicile avec ses deux enfants. L'accent est fort, le français difficile, mais les mots traduisent ce jour-là, la peur du quotidien. "C'était des violences physiques et psychologiques et aussi économiques, puisque si je le quittais, je me retrouvais sans rien".

Ma carte était bloquée, les comptes fermés

"C'était bien organisé, bien calculé, bien dosé surtout", explique-t-elle. "Pour l'argent, je n'avais jamais plus que ce dont j'avais besoin, rien pour être libre économiquement". 

Lucie décide de tenter sa chance. Elle quitte cet homme qui la domine, rattrapée dès le lendemain par son emprise. "J'ai voulu acheter de la nourriture pour mes enfants, mais ma carte était bloquée, les comptes fermés, j'avais rien, j'ai vendu quelques affaires...". C'est là que Lucie a cherché un refuge. 

Sous emprise, un long "parcours du combattant" 

C'est une structure invisible à l'œil des passants. Dans un quartier paisible d'Aix-en-Provence, le Relais des possibles est le dernier endroit où les femmes qui ont subi des violences conjugales ou familiales peuvent venir trouver refuge avec leurs enfants.

Avec ses psychologues et éducateurs spécialisés, Lucie y entame une reconstruction personnelle, sociale et professionnelle. Mais les places sont rares, quatre logements à peine et la prise en charge nécessite souvent un suivi de plusieurs années.

"C'est un espace protégé qui permet de travailler du singulier, puisqu'elles sont dans des logements autonomes mais sur un terrain collectif, ce qui permet aussi d'avoir une vie un peu affective avec les autres", explique Fabienne Ringue, directrice du Relais des possibles.

Femmes de notaires ou de médecins, enseignantes, hors de tout profil type, la violence conjugale n'épargne aucun milieu social.

Penser que la loi va les protéger, cela ne va pas de soi

Pour celles qui ont connu un parcours plus précaire, à la violence s'ajoute d'autres problèmes. Certaines d'entre elles ont été séquestrées pendant longtemps, n'ont jamais vécu seules. Il leur faut donc retrouver le chemin de l'autonomie.

"C'est un long parcours du combattant parce qu'elles n'ont pas appris à gérer leur vie au quotidien, parce que leur mari ne le leur permettait pas, détaille Fabienne Ringue, et là il y a un vraiment un apprentissage pour se rassurer, se faire confiance, dire on peut le faire, parce que ces femmes ont été broyées sur cette question là."

Difficile également de saisir la justice. Lucie se souvient du jour où elle a porté plainte contre son mari, où il a fallu justifier sa décision, "la gravité des faits reprochés à [son] mari". Son audition ensuite devant ces mêmes policiers où il a tout nié en bloc.  

"Ces femmes sont terrorisées et penser que la loi va les protéger, cela ne va pas de soi", explique Fabienne Ringue.

"Il y a la problématique du père qui a le droit de voir les enfants, c'est la loi, mais souvent cela devient un enjeu entre je prends l'enfant mais j'en profite pour savoir où tu es, pour continuer ce harcèlement."
Depuis le début de l'année, plus de 130 féminicides ont eu lieu en France, selon le collectif féministe #NousToutes, plus que durant 2018. Tous les deux jours et demi une femme meurt à la suite de violences conjugales, selon le ministère de l'Intérieur. 

Chaque année en France, 201 000 femmes en moyenne se déclarent victimes de violences conjugales. Cette problématique est devenue cause nationale en 2010. Le gouvernement doit dévoiler le 25 novembre -journée pour l'élimination des violences faites aux femmes- ses propositions concrètes sur le sujet.
 

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus