"Pourquoi voler de l'aide alimentaire ?" : le président de l'association Conscience réagit au cambriolage de son local

Les bénévoles de l'association Conscience dans les quartiers Nord de Marseille ont eu la désagréable surprise, dimanche, de trouver leur local cambriolé. 35 colis alimentaires destinés à des familles démunies ont été dérobés. "Nous n'avons jamais refusé d'apporter de l'aide à qui le demande", s'indigne son président Amine Kessaci.

Sa déception est teintée d'amertume. Dimanche après-midi, accompagné de quelques bénévoles, Amine Kessaci a découvert le tout nouveau local de l'association Conscience fracturé et cambriolé. Parmi les objets dérobés, une tour d'ordinateur, la liste des 200 bénéficiaires mais surtout 35 colis de produits de première nécessité destinés à des familles en difficulté. Pour Amine Kessaci, le jeune fondateur de Conscience, c'est l'incompréhension : "Nous n'avons jamais refusé de donner un colis à quiconque, il suffit de le demander. Nous sommes là pour faire de notre mieux et aider les gens, c'est injuste." 

"Ecœuré, scandalisé, dégouté. Nous essayons avec peu de moyens de faire changer les choses."

Amine Kessaci, président de l'association Conscience

L'association s'était installée début mars, grâce à un coup de pouce municipal, dans ce tout nouveau local situé au cœur du quartier de Saint-Jérôme, à deux pas de la cité de la Renaude, où vivent de nombreuses familles démunies.

La richesse des quartiers 

Ce qui frappe en écoutant Amine Kessaci, c'est d'abord sa détermination, son discours clair, sa sérénité, à la lumière de son jeune âge. Et puis son parcours de vie. Le 19 décembre 2020, Amine a perdu son grand frère et deux de ses amis, retrouvés calcinés près d'une autoroute aux Pennes-Mirabeau.

Dans une vidéo publiée sur Facebook en 2021, il évoquait son histoire, avec un sang-froid exemplaire. "54 personnes ont été retrouvées dans l'année 2020 tuées, calcinées, démembrées. Ce fléau est dû au trafic de stupéfiants."

"Mon frère n’a pas fait les bons choix mais ce n'est pas sa faute. Il est passé d'écoles en écoles, il s'est retrouvé à la rue." Le 4 mai 2021, Amine, âgé de seulement 17 ans, donnait vie à son association Conscience, "pour essayer de dire à qui veut bien l’entendre que dans nos quartiers, il y a de la richesse."

Sa propre histoire a nourri ses convictions. Il dénonce "la hausse de la criminalité" à Marseille, "l'inactivité de l'Etat" dans des secteurs où "la précarité atteint des sommets."

Né à Frais-Vallon, quartier du Nord-Est de Marseille situé dans le 13e arrondissement, il y a fait ses premiers pas et effectué un bout de sa scolarité. Une partie de sa famille y réside toujours. 

22 antennes dans toute la France 

Depuis deux ans, l'association Conscience a fait des petits dans toute la France. Elle regroupe aujourd'hui 1800 adhérents dans 22 antennes. Alors pour Amine pas question de se laisser intimider : "Nous ne nous décourageons pas pour autant", dit il. "Nous allons nous retrousser les manches pour réunir de quoi faire les colis manquants." Une combativité inépuisable qui vaut à Amine Kessaci d'avoir été désigné en janvier 2023 parmi les 35 leaders positifs les plus engagés de sa génération.