LFI : comment le député marseillais Manuel Bompard est devenu le numéro 2 du parti en quelques années

Manuel Bompard a été intronisé jeudi à la tête de la France insoumise. Discret, voire secret, le député des Bouches-du-Rhône, élu dans l'ancienne circonscription de Jean-Luc Mélenchon à Marseille, a un parcours de militant engagé.

Officieusement, il avait repris les rennes de la France insoumise (LFI) depuis le retrait d'Adrien Quatennens, mis en cause pour violences conjugales. Depuis jeudi, c'est officiel : le député de Marseille prend sa suite à la tête de LFI.

Une décision prise à l'unanimité par la nouvelle équipe dirigeante. C'est à dire sans les principales figures du mouvement, comme Clémentine Autain et François Ruffin.

Le bon petit soldat

Âgé de 36 ans, ingénieur de formation, Manuel Bompard est dédié à sa cause, celle d'une transformation politique radicale de la société, mais aussi à Jean-Luc Mélenchon dont il est un disciple obéissant. "Mélenchon décide, Bompard exécute" : c'est ainsi que le politicien est vu depuis des années. Au sein de la Nupes, il est connu autant pour son rôle d'exécutant que pour son côté bosseur.

"C'est un très très gros travailleur et un passionné de politique. Je me demande ce qu'il pourrait faire d'autre. Il fait partie des meilleurs. Chacun son style, lui c'est stratège", analysait le socialiste Pierre Jouvet dans les colonnes du journal Libération.

Scientifique dans l'âme 

Au départ pourtant, rien ne prédestinait Manuel Bompard à embrasser une carrière politique. Né à Firminy dans la Loire, il a grandi dans la Drôme avant de s'installer à Toulouse.

A la maison, la politique se cantonne aux débats "parfois houleux" pendant les repas de famille. Qu'à cela ne tienne, cela ne l'empêche pas d'écouter du rap français du "matin au soir", notamment le groupe IAM. Brillant à l'école, l'insoumis cartonne au bac. Il décroche la note maximale en mathématiques et un 19/20 en physique. Il opte ensuite pour des études scientifiques et devient ingénieur, chercheur "spécialisé dans l'intelligence artificielle".

Premiers pas en politique

Le déclic se produit en 2005 lors du référendum sur l'Europe où il vote "non". L'engagement en politique est proche. Deux ans plus tard, lors de la Présidentielle, le jeune homme glisse à deux reprises le bulletin de la socialiste Ségolène Royal dans l'urne. Manuel Bompard fait le grand saut en 2008 lorsqu'il adhère au parti de gauche de Mélenchon. Lors des Européennes en 2014, Bompard et Mélenchon apprennent à travailler ensemble. Depuis, ils ne se quittent plus.

Considéré comme le bras gauche de Jean-Luc Mélenchon, dont il a dirigé les campagnes présidentielles de 2017 et 2022, Manuel Bompard a été l'un des artisans de l'accord historique entre les partis de gauche, créant ainsi la principale force d'opposition au sein de la nouvelle Assemblée nationale.

Lorsqu'il a "confié" son poulain aux Marseillais en mai, à l'occasion des élections législatives, Jean-Luc Mélenchon l'a qualifié de "figure parmi les plus éminentes de la nouvelle génération".

C'est génial de bosser avec un gars qui fait des maths à ce niveau-là parce qu'en deux secondes, il vous fait les additions, les soustractions et le reste !

Jean-Luc Mélenchon

Les électeurs marseillais le plébiscitent lors de ce scrutin : avec 73,92 % des voix, il terrasse Najat Akodad de la majorité présidentielle qui ne séduit que 26,08 % des électeurs. En 2017, Jean-Luc Mélenchon avait enregistré, lui, un score de 59,85 %. 

Logements insalubres, manque de logements sociaux ou de transports en commun... dans une circonscription où le seuil de pauvreté dépasse 40 %, les chantiers pour le nouveau député sont nombreux. Mais ses nouvelles responsabilités au sein de LFI vont-elles lui permettre de s'y consacrer pleinement ?

"Je viens à Marseille une fois par semaine, toutes les semaines. On attend d'un parlementaire de faire ce travail de lien avec sa circonscription", assurait Manuel Bompard fin octobre.

"On risque de voir se reproduire le même schéma qu'avec Jean-Luc Mélenchon : un député absent de sa circonscription, retenu à Paris, qui ne viendra sur le Vieux-Port que pour poser sur la photo", analyse un fin observateur de la vie politique marseillaise.

L'Histoire montrera si, sur ce point, Manuel Bompard se différencie de son mentor.