Rafle de Marseille en 1943 : un arrière petit-neveu souhaite installer une pierre commémorative pour ne pas oublier

Publié le Mis à jour le

Du 22 au 24 janvier 1943, la rafle du Vieux-Port de Marseille déporte des milliers de personnes. Parmi eux, la famille Bacri. Des Juifs séfarades morts dans le camp de Sobibor en Pologne. D'abord tombée dans l'oubli, leur histoire refait surface grâce aux recherches d'un descendant.

Le 22 janvier 1943, des policiers français frappent à la porte du 7 rue Molière à Marseille. Abraham Bacri, son épouse Eléonore et leurs enfants William et Renée sont emmenés de force au camp de Drancy puis déportés dans le convoi numéro 52.

Ils mourront deux mois plus tard en Pologne dans le camp d'extermination de Sobibor. Pendant près de 79 ans, l'Histoire a oublié leur existence, jusqu'à ce que Xavier Martin fasse des recherches sur ses ancêtres.

Une histoire qu'il raconte aussi (en anglais) sur Twitter

"Il y avait un mystère dans ma famille sur la période 42-43 et sur mon arrière-grand-oncle. J'ai trouvé ça étrange et j'ai fait appel à un généalogiste qui a mené son enquête. L'hypothèse de la rafle s'est confirmée".

Plusieurs mois d'investigation seront nécessaires pour retrouver l'histoire de la famille Bacri. Des Juifs séfarades établis en Algérie depuis plusieurs siècles et arrivés à Paris après la Première Guerre mondiale.

Blessé durant le conflit, Abraham reçut la médaille commémorative de la Grande Guerre et la médaille de la victoire.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, juste avant la défaite de la France, le père de famille emmène sa femme et ses enfants à Marseille pour échapper à l'armée allemande. Puis vint le 22 janvier et cette dénonciation qui les conduisit à la mort 2000 kilomètres plus loin.

Cette révélation est un choc pour la famille. "Quand la Shoah devient personnelle, c'est effrayant", raconte Xavier Martin, arrière-petit-neveu.

"Pour le reste de ma famille c'est difficile à réaliser et à accepter. Elle ne savait pas ou a décidé de ne pas en parler".

Les questions surgissent alors : "Qu'est-ce qu'il s'est passé il y a 80 ans pour qu'une haine soit aussi forte et mène des gens à commettre un génocide ? On parle de 12.000 policiers français lors de cette rafle des quartiers Saint-Jean et Opéra. Qui sont ces gens ?"

Une "Stolpersteine" pour la mémoire

Aucune réponse à ce jour. Mais l'essentiel est ailleurs. Xavier Martin connait enfin la vérité sur ses ancêtres. 

Et pour leur rendre hommage, il prépare une demande à la mairie de Marseille pour poser une Stolpersteine au 7 rue Molière, pour commémorer les quatre membres de sa famille, à l’occasion du 80e anniversaire de leur disparition l’an prochain.

Ces pavés en béton ou en métal de dix centimètres sont posés dans le sol devant le dernier domicile d'une famille pour honorer la mémoire des victimes du nazisme

Pour ne pas oublier ces noms. Pour témoigner de ce qu'il s'est passé il y a presque 80 ans.

Mais aussi pour lancer un message à de possibles arrières petits-cousins "puisque l'on n'a jamais retrouvé Simon, le troisième enfant d'Abraham et Eléonore Bacri".