Témoignage. "Elle nous a fait vivre un enfer" : coups, gavage alimentaire, brûlures... Iskander, victime de violences intrafamiliales, raconte son calvaire

Publié le Écrit par Mélanie Philips et Jean-François Giorgetti

Iskander Chekhab et sa sœur jumelle, aujourd'hui décédée, ont été recueillis à l’âge de trois mois par un couple marseillais dans le cadre de la kafala, une procédure d’adoption spécifique aux droits musulmans. Il accuse ses parents adoptifs de violences répétées, plus particulièrement de la part de la mère. Récit d’une enfance martyrisée.

Coups, gavage alimentaire, brûlures, Iskander Chekhab a subi des violences physiques et psychologiques crachats, moqueries, humiliation – de la part "de cette femme que l’administration appelle [sa] mère". Avec sa sœur jumelle, décédée à l’âge de sept ans, dans des circonstances restées inconnues, ils ont été recueillis par un couple de Marseillais, dans le cadre de la kafala, une procédure d'adoption spécifique au droit musulman. Cet homme et cette femme ont été condamnés le 14 février par le tribunal correctionnel de Marseille à des peines de prison pour maltraitance.

"Communément et séparément, elle nous a fait vivre un enfer. C’était une forme de déshumanisation complète, qui fait que n’importe quel enfant qui aurait vécu – et qui vit encore – des choses pareilles, ne peut pas parler et est réduit au silence, souligne Iskander. Puisque le but d’un tortionnaire, c’est de réduire un enfant au silence, de manière à ce qu’il ne dise rien et qu’il soit en quelque sorte complice de ce qu’il lui arrive. Alors qu’en réalité, il n’est rien d’autre qu’une victime."

"Cette maîtresse a eu l’humanité qu’il fallait pour dénoncer"

"Pourquoi moi ? Pourquoi tout ça ? Pourquoi toujours ?" Ces questions, le jeune homme se les est posées. Mais elles restent sans réponse. "C’est une appétence pour le sadisme, la perversion, et on le voit dans les yeux de la personne. En tout cas, moi, je le voyais dans les yeux de cette femme : elle adorait ce qu’elle faisait, elle en voulait encore plus", se souvient Iskander. Il se souvient des fois où sa "mère" pouvait sauter sur son ventre à pieds joints, "comme un enfant pourrait sauter sur un trampoline". 

Il n’y avait pas d’emploi du temps pour les tortures, pas d’horaire prévu, pas d’heure de début, ni de fin.

Iskander Chekhab, victime de violences intrafamiliales

Rapidement, l’école remarque des signes de maltraitance et fait un premier signalement. Alerte restée sans suite. "J’aurais aimé que quelque chose advienne de ces signalements-là, qui étaient déjà abjects. Ça n’a pas été le cas", regrette Iskander.

Puis à l’âge de sept ans, il arrive à parler à son enseignante. "Parler est un bien grand mot. Je me suis simplement effondré en disant 'elle me frappe'. Cette maîtresse-là a eu l’humanité qu’il fallait pour dénoncer", raconte le jeune homme, la voix remplit de reconnaissance. C’est donc à ce jeune âge qu’Iskander entre dans la machine administrative et judiciaire. Le soir même du signalement, il est placé dans un foyer d’urgence. Puis jusqu’à sa majorité, il sera ballotté de foyers en familles d’accueil. "Je suis reconnaissant d’avoir rencontré, à mes 14 ans, une personne qui me considérait comme un adolescent et non pas comme un dossier ni un numéro."

Onze ans et demi d'instruction

L’instruction a duré onze ans et demi. "Durant ces années, j’ai eu le temps de grandir, d’avancer sur le droit chemin d’un monde autre que celui de la violence. Mais c’est extrêmement compliqué d’essayer de se concentrer sur un avenir, tout en traînant ce boulet derrière soi", raconte le jeune homme. Le 14 février dernier, ses tortionnaires ont été condamnés à des peines de prison par le tribunal correctionnel de Marseille et ont fait appel.

S’il est fier aujourd’hui, que ces "gens-là" aient été condamnés, Iskander regrette que la justice n’ait pas fait son travail plus tôt. "Ce n’est absolument pas évident, pour un adolescent de 13/14 ans, de savoir qu’il a porté plainte contre des gens qui l’ont torturé, maltraité, qui ont fait en sorte qu’il décède et que, de manière inévitable, la justice a mis ce dossier dans un placard et l’a refermé, raconte-t-il avec amertume. Et ça, c’est un sentiment de honte, et un sentiment où la justice donne, consciemment ou inconsciemment, raison à mes bourreaux. J’ai tendance à comprendre ces victimes qui n’ont jamais parlé et ne le feront jamais."

Malgré les mots forts qui viennent directement de son cœur, Iskander est toujours resté résilient et a toujours refusé de se laisser abattre. "Mon rêve c’est d’arriver à laisser, une bonne fois pour toutes, à laisser tout cela derrière moi."

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