Trois bonnes raisons de voir le film "Paul Ricard, un enfant de Marseille"

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Écrit par Florence Brun .

Qui aurait pu prédire que Paul Ricard donnerait un jour son nom à l’un des plus grands groupes d’alcool au monde ? En 1932, le jeune marseillais met au point et commercialise un pastis qui sera la première pierre d’un véritable empire. Eric Bitoun raconte la saga de cet entrepreneur hors normes, qui n’aura de cesse de bâtir tout au long de sa vie. Voici trois bonnes raisons de regarder ce film.

1. Parce que c’est d’abord le portrait d’un passionné aux multiples facettes

"Il était curieux de tout" résume sa fille Michèle qui témoigne longuement dans le documentaire. Curieux de tout... et génial touche-à-tout pourrait-on ajouter. Car derrière le succès de l’entrepreneur visionnaire, se dévoile un homme aux multiples facettes : apprenti laborantin, peintre, commercial, cinéaste, mécène, défenseur de la nature…

Né en 1909 dans le quartier de Sainte-Marthe - auquel il restera très attaché - Paul Ricard est le fils d’un négociant en vin, figure paternelle qui comptera beaucoup dans sa vocation. Avide d’apprendre, il abandonne le lycée en seconde, se voyant davantage comme un autodidacte. "Il voulait être peintre mais mon grand-père lui disait : l’art ne nourrit pas son homme, travaille et puis après tu feras ce que tu voudras !" raconte Michèle Ricard.

Le voici donc qui fait ses premiers pas dans l’affaire paternelle – sans être payé - tout en fréquentant un temps les Beaux-Arts. Puis son grand intérêt pour la chimie et son esprit créatif vont le conduire sur le chemin du succès : à 22 ans, dans une petite pièce de la maison familiale, il met au point, patiemment, ce pastis qui fera sa fortune.

"Il voulait être artiste, il sera artiste mais dans un autre univers, avec sa marque et tout ce qu’il va pouvoir créer autour de son produit pour l’animer et pour le rendre incontournable" analyse Jean Watin-Augouard, historien des marques.

Sa passion pour la peinture - "la rivière de sa vie" selon sa fille - ne le quittera jamais. Mais le chef d’entreprise aime aussi le cinéma, dont il fera un excellent outil de communication. Il créera son propre studio de tournage et produira même plusieurs films, comme "La caraque blonde" (dont il écrit le scénario), "Porte d’Orient" ou encore "Honoré de Marseille" avec Fernandel…

Paul Ricard, c’est également un passionné de la Camargue. Amoureux de ces grands espaces sauvages, il achète en 1939 le domaine de Méjanes. Episode peu connu, le film raconte comment, pendant la seconde Guerre Mondiale, il s’y reconvertit en riziculteur avec tout son personnel. Parallèlement, il œuvre dans l’ombre en aidant les réseaux de la Résistance en Ardèche où il a acheté une source d’eau minérale…

Défenseur de l’environnement, il achète après guerre l’île des Embiez : avec Alain Bombard, il y crée en 1966 un institut océanographique. Ce sera aussi un laboratoire de recherche où des scientifiques œuvrent toute l’année pour la protection de la mer.

Même après avoir démissionné de son poste de PDG en 1968, Paul Ricard restera un bâtisseur infatigable, se consacrant notamment à l’aménagement de ses îles, à son aérodrome du Castellet, à la création du circuit automobile qui porte son nom...

2. Parce que c’est le récit d’une success story

Près d’un siècle après sa création, le pastis Ricard est omniprésent dans tous les bars et restaurants du pays. Pour beaucoup de consommateurs, la marque cristallise à elle seule l’image du "petit jaune" et reste indissociable d’une certaine idée du sud. Comment a-t-elle su aussi bien s’imposer ?

C’est ce que l’on découvre dans ce documentaire. Dès 1932, le succès du produit est fulgurant et dépasse la concurrence.

Pour l’historien des marques Jean Watin-Augouard "la singularité de ce pastis, c’est qu’il combine plusieurs ingrédients : le réglisse qui vient d’Abyssinie, des plantes qui viennent de Marseille et la badiane étoilée qui vient de Chine. Ce sont ces trois ingrédients, avec cinq volumes d’eau et surtout beaucoup de soleil ( !) qui vont former la singularité du pastis Ricard. Deuxième singularité, il va donner son nom à sa marque et ça va être véritablement une caution pour rassurer les consommateurs. Troisième ingrédient incontournable : la vente. Paul Ricard dira toujours à son équipe « faites-vous un ami tous les jours ! » Et donc il va tester son produit partout, il va le faire consommer dans tous les lieux où l’on peut consommer une boisson anisée".

Autre explication, avancée par l’historien Didier Nourrisson : "Paul Ricard crée son entreprise en la dotant tout de suite d’un slogan en quelque sorte impérialiste : «Ricard, le vrai pastis de Marseille»! Et ça va être un triomphe, parce que Marseille dans les années 30 est un port, une grande ville qui peut faire venir facilement tout un tas de produits, y compris coloniaux, y compris de l’arrière-pays (je pense aux plantes servant à la fabrication du pastis). Et dans cette ville qui est à la fois industrielle et commerciale, vous avez un réseau de débitants de boissons très important et une population consommatrice. Donc tout cela va jouer au bénéfice de Ricard."

En dépit des aléas de l’histoire et des législations successives encadrant la consommation d’alcool, l’entrepreneur saura habilement rebondir et s’appuyer sur des stratégies de communication et de marketing efficaces. Films, sponsoring, produits dérivés… "Lors du retour du Tour de France après la guerre, c’est lui qui le premier crée une caravane. Lors des soirées à la fin de chaque étape, il fait intervenir des chanteurs : Darcelys, Charles Trenet, Annie Cordy" rapporte Jean Watin-Augouard.

3. Parce qu’il regorge d’archives rares et étonnantes

Paul Ricard se racontant à son petit-fils ou se confiant à un journaliste, Darcelys chantant son hymne au pastis Ricard sur le Vieux-Port, Fernandel trinquant avec Mireille Darc, Orane Demazis en tournage en Camargue… De véritables pépites, souvent issues d'archives privées, jalonnent ce documentaire et s'ajoutent aux nombreuses photos de famille, extraits de films ou affiches publicitaires.

Des archives au service d’une fresque qui entremêle la couleur d’une époque, la vie souvent romanesque d’un homme hors normes et la fabrication d’une imagerie devenue légendaire.

A travers ce récit, c’est aussi l’histoire d’une grande partie du 20ème siècle que l’on peut lire en filigrane. Car la marque Ricard aura accompagné une Guerre Mondiale, la décolonisation, les Trente Glorieuses, la crise économique et tous les grands mouvements de la société et des modes de consommation...

 

Paul Ricard, un enfant de Marseille

Un film de 52 mn de Eric Bitoun

Une coproduction France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur / Skopia Films

Diffusion jeudi 8 décembre à 23h05 sur France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur

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