Quatre questions sur le projet de ligne à très haute tension de 400 000 volts entre le Gard et Fos-sur-Mer

Une ligne électrique à très haute tension de 65 kilomètres de long pourrait voir le jour entre Jonquières-Saint-Vincent, dans le Gard, et Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône.

615 km2, 48 km de long et 14 km de large entre le parc des Alpilles, la Camargue et le Marais de Viguierat : le périmètre où le gestionnaire d'électricité RTE envisage de déployer une nouvelle ligne à très haute tension a été dévoilé, jeudi 16 novembre à Arles, en présence de représentants des collectivités territoriales, d'acteurs économiques et d'associations environnementales.

À ce jour, 60 % de la consommation électrique de la région est assurée par deux artères structurées dans les années 70-80 au départ de la commune de Tavel, dans la Vallée du Rhône. Selon RTE, cette nouvelle ligne doit permettre de répondre à l'augmentation de la consommation d'électricité, qui pourrait presque doubler d'ici 2030.

Quelles sont les grandes lignes du projet ?

Le gestionnaire de réseau de transport français prévoit de créer une nouvelle ligne aérienne de 400 000 volts entre le poste électrique de Jonquières-Saint-Vincent, dans le Gard, et celui de la zone industrielle de la Feuillane, à Fos-sur-Mer.

D’environ 65 km, cette ligne doit permettre d'acheminer jusqu'à 5 000 mégawatts, l'équivalent de la consommation annuelle de cinq millions de personnes. Les pylônes généralement utilisés pour ce type de lignes sont hauts de 45 et 60 mètres, précise le dossier de présentation et de proposition d’aire d’étude du projet. Le coût est estimé à 300 millions d'euros. 

Quel sera son impact sur l'environnement ? 

Si le tracé exact n'est pas encore défini, le projet va voir le jour dans un secteur qui concentre de nombreuses zones riches en biodiversité : la plaine de la Crau, les parcs naturels de Camargue et des Alpilles ainsi que le marais du Vigueirat. Jean-Luc Moya, secrétaire général à l'antenne France nature environnement (FNE) des Bouches-du-Rhône, questionne "les risques de perturber la circulation des oiseaux dans cette zone qui est aussi un corridor écologique important." Et s'interroge : "Est-ce qu'il n'y aurait pas la possibilité de produire cette énergie sur place, en tenant compte de l'impératif de diminuer notre consommation ?"

Le directeur du centre développement et énergie de RTE Méditerranée Christophe Berassen répond à France 3 Provence-Alpes que "les capacités des deux lignes qui desservent actuellement le secteur vont déjà être renforcées au maximum, et les prévisions pour renforcer la production d'électricité locale ne sont pas à la hauteur des besoins que nous anticipons à horizon 2030 : la consommation régionale d’électricité pourrait presque doubler", notamment pour décarboner la zone industrielle de Fos-sur-Mer, qui abrite entre autres le site ArcelorMittal, parmi les plus polluants de France. 

Pourquoi ne pas plutôt enfouir la ligne ?

Plusieurs alternatives ont été envisagées, comme la création de liaisons souterraines. Mais cette dernière option a été écartée, en raison de son coût d’investissement important (entre 3 et 4 milliards d’euros, selon le dossier de présentation et de proposition d’aire d’étude du projet) et parce que "ce type d'infrastructure n'a pas été jugé adapté pour un projet de cette ampleur", résume Christophe Berassen.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Après cette première présentation, une concertation publique aura lieu avec les habitants du territoire "au cours du premier trimestre de l'année 2024", conclut Christophe Berassen. Elle doit permettre de "trouver les solutions les plus adaptées avec les acteurs locaux". L'association France Nature Environnement attend "la présentation de l'étude d'impact" pour donner un avis étayé sur le projet. La déclaration d'utilité publique doit avoir lieu à horizon 2025, avant de commencer les travaux en 2027-2028.