Congrès mondial de la nature : cette action "spectaculaire" d'Extinction Rébellion contre la BNP qui n'a pas eu lieu

Des activistes d'Extinction Rébellion et d'autres collectifs avaient préparé mardi 7 septembre une action de désobéissance civile "massive". Leur cible : la BNP Paribas à Marseille, sponsor du Congrès mondial de la nature. Sauf que... Histoire d'une action de com ratée.

"Inédite", "spectaculaire", "massive"... l'action secrète d'Extinction Rébellion prévue ce mardi matin, en marge du Congrès mondial de la nature, promettait beaucoup. Au programme : 150 activistes réunis pour le blocage et la dénonciation d'un acteur majeur de la dégradation du climat et de la biodiversité. Beau teaser. 

Les journalistes phocéens se retrouvent à 6h30 "précises" au métro Joliette, point de rendez-vous indiqué dans un SMS lacunaire. Il ne fait pas encore jour, les commerces commencent doucement à frémir et les premières terrasses se déploient. Un membre d'Extinction Rébellion, "Verduron" de son nom de code, est au rendez-vous et nous fait patienter. Beaucoup. Longtemps.

Le secret a fuité

Une heure et un petit café plus tard, Verduron obtient des infos au téléphone. La police serait au courant. L'action inédite a déjà du plomb dans l'aile. Mais rien n'est perdu. "On se réorganise". Soit, la surprise n'en sera que plus réussie.

Notre guide nous achemine finalement à une centaine de mètres de là, place d'Arvieux... devant les locaux de BNP Paribas et de la Société Générale. On chauffe. Sur place, des dizaines de personnes sont déjà réunies, dans le calme. Rien de très spectaculaire pour l'instant.

La chute est brutale. L'action tant attendue n'aura pas lieu, du moins pas tout de suite, nous annonce Cyprien, militant XR. "On n'est pas des martyrs, c'est trop risqué". L'opération coup de poing a fuité et les force de l'ordre sont au courant. Effectivement, une dizaine de policiers sont dans les parages.

BNP Paribas, sponsor du Congrès et "championne du greenwashing"

Le lieu de rendez-vous n'est pas anodin. Les membres d'Extinction Rébellion, Amis de la Terre ou encore ANV-COP21 ont ciblé la banque BNP Paribas, actuel sponsor du Congrès mondial de la nature, pour dénoncer le greenwashing dont elle serait la reine et son empreinte carbone "écocide".

"C'est le premier financeur des énergies fossiles en Europe", martèle Lorette Philippot, chargée de campagne Finance privée aux Amis de la Terre. 

"On a encore un énième rassemblement pour parler climat et biodiversité, avec de nouvelles promesses d'Emmanuel Macron, mais on est face à un manque d'action criant", développe l'activiste qui qualifie le Congrès de l'IUCN de "poudre aux yeux". 

"Ce sommet démontre l'hypocrisie du gouvernement car tous les lobbies sont invités à influencer les décisions qui y sont prises", poursuit Lorette. 

"La France a un incroyable boniment"

En attendant l'action "massive" qui se fait décidément beaucoup désirer, les militants poursuivent leur dénonciation en installant une petite saynète, "La finance a un incroyable boniment", version parodique de l'émission de télévision "La France a un incroyable talent". 

La star du jour, la BNP, fait son spectacle devant un jury composé d'Emmanuel Macron, Bruno Le Maire, Cargill et Société Générale. Au programme : quatre boniments, dont "la fin des investissements et des financements relatifs à l'industrie du tabac". 

Incarnée par un membre d'Extinction Rébellion, la BNP déroule un sketch ponctué de rires jaunes et d'applaudissements du public. 

"Vous êtes le champion du Greenwashing", "Je pense à vous pour 2022", commente le Jury. La BNP, déclarée vainqueur du concours, finit en jetant des billets sous les clameurs des spectateurs. 

Après cette démonstration, on attend toujours l'opération choc. Mais les militants restent dans le flou et cultivent le mystère. Les activistes, assis par terre, se mettent en rond pour discuter. Le suspens est à son comble.

Tentative de blocage échouée

A 8h30, du mouvement, enfin. Le flot prend la direction des nouveaux locaux de BNP Paribas, un peu plus loin sur le boulevard de Dunkerque. Les militants se mettent à courir.

"BNP, la banque d'un monde qui meurt", crient les activistes. Mais les forces de l'ordre sont partout. A chaque entrée. Le cortège passe par l'arrière du bâtiment, également sous surveillance policière. Ils s'allongent et continuent de scander leur message.

Un peu plus loin, des bruits de ferraille. Des personnes ont tenté de dresser des échelles contre la paroi de l'immeuble. Les policiers ont rapidement mis fin à leur entreprise. Fidèle à leur réputation, les militants ne montrent aucune violence. 

Cernée par la police, la troupe finit par se retrouver place Henri Verneuil, en face des locaux de la BNP.

L'action tant attendue n'a pas pu aboutir. Le blocage total, la banderole géante...  les rumeurs prometteuses n'ont pas pu être mises en œuvre. Pour l'instant.

"On travaillait dessus depuis des mois", lâche Cyprien, à quelques mètres des locaux de la banque. "Vous ne pourrez jamais être plus déçus que nous"

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